Le 5 septembre 2026, à 16 heures, les Ateliers Maaneere, à Tanghin, ont accueilli le vernissage de l’exposition « Murmures » de l’artiste plasticienne, chanteuse et performeuse Yago Makamsa.
Jusqu’au 25 septembre, l’artiste invite le public à entrer dans un univers où les blessures intimes se transforment en couleurs, où les silences deviennent matière et où la création apparaît comme un acte de libération.
Il y a des visages que l’on ne regarde pas, mais que l’on écoute. Des regards qui semblent porter les traces d’histoires jamais racontées. C’est dans cet espace intime, entre douleur, résilience et reconstruction, que s’inscrit « Murmures », la nouvelle exposition de Yago Makamsa.

À travers ses toiles, l’artiste donne une forme à ce qui, longtemps, est resté enfoui. Les couleurs deviennent alors le langage d’une parole intérieure. Chaque œuvre semble porter une émotion, une blessure, mais aussi la force nécessaire pour continuer à avancer.
Pour Yago Makamsa, le titre de l’exposition renvoie à ces paroles que l’on garde en soi jusqu’au jour où elles deviennent trop lourdes à contenir. « Murmure pour moi, c’est des mots qu’on a longtemps murmurés et qui ne sont pas sortis. Mais à un moment donné, quand on a un trop-plein d’énergie, un trop-plein, on a envie de faire sortir. »
La création devient ainsi un exutoire. Ce qui ne peut être dit avec des mots trouve une autre voie : la peinture, la performance, les pleurs, les rires ou encore la bonté. « Ça peut sortir par des pleurs, ça peut sortir par de la bonté, ça peut sortir par des rires », explique l’artiste.
Le murmure n’est donc pas synonyme de faiblesse. Il est cette parole contenue qui cherche finalement à retrouver sa liberté.
L’exposition rassemble plusieurs œuvres dont les titres évoquent autant des expériences individuelles que des réalités collectives : « La Renaissance », « Éclosion », « Nos empreintes qu’on laisse », « Nos racines qu’on doit maintenir », ou encore « L’Oppression ».
À travers ces différentes créations, Yago Makamsa explore les étapes d’un cheminement intérieur : tomber, résister, se reconstruire, renaître et continuer à avancer malgré les regards et les difficultés.
L’artiste évoque également cette progression collective, cette nécessité de ne pas avancer seul : « Nous avançons en trio, comme nous pouvons avancer, je dirais en trio joyeux. ». Les œuvres deviennent alors des espaces de dialogue entre l’artiste et le public. Chacun peut y reconnaître une part de son propre vécu, une blessure, une renaissance ou encore une aspiration à la liberté.
« Mes créations sont mes enfants »
Au-delà de l’expression artistique, Yago Makamsa revendique profondément son choix de créer. Elle compare d’ailleurs ses œuvres à des enfants qu’elle refuse d’abandonner. Son message est clair : continuer à créer malgré les injonctions, les difficultés et les transformations de la société. « On me dit de rejeter mon enfant, on me dit de rejeter mes créations — parce que mes créations, c’est mon enfant —, on me dit d’arrêter parce que le temps a changé. Et moi, je ne veux pas rejeter mon enfant, moi je ne veux pas arrêter de créer. »
À travers cette déclaration, l’artiste affirme la nécessité de préserver son geste créatif, mais aussi de croire en la capacité de l’art à transformer les vies. « Je veux simplement qu’à travers mes œuvres, une vie change », affirme-t-elle.
Une phrase qui résume peut-être à elle seule l’ambition de « Murmures » : faire de l’art non seulement un espace d’expression personnelle, mais également un vecteur de transmission et de transformation.
Yago Makamsa assume également pleinement son statut d’artiste professionnelle. Plasticienne, chanteuse et performeuse, elle explique que l’art constitue aujourd’hui son activité principale.
Une réalité qui soulève une question récurrente dans le milieu culturel burkinabè : peut-on réellement vivre de son art ? Avec humour, l’artiste répond : « Aujourd’hui, au Burkina Faso, tout le monde souffre, hein ? Tout le monde souffre ! ». Derrière le rire se dessine pourtant une réalité bien plus sérieuse : celle des artistes qui continuent de créer dans un contexte économique difficile, avec la conviction que leur travail possède une valeur qui dépasse la seule dimension financière.
Le vernissage a également été marqué par une performance artistique venant prolonger le propos des œuvres. Le geste, le corps et la présence collective ont permis de donner une dimension vivante au message de l’exposition. À travers cette performance, l’artiste appelle à la solidarité, à la transmission et au lien entre les êtres. « Nous devons nous donner la main », insiste-t-elle.
Comme une invitation à ne plus rester isolé face aux blessures, mais à transformer les épreuves individuelles en une force collective.
« Murmures » est finalement une exposition qui ne cherche pas simplement à être regardée. Elle cherche à être ressentie. Les toiles parlent de douleur, mais elles parlent surtout de ce qui vient après la douleur : la renaissance, l’éclosion, la persévérance, les racines que l’on préserve et les empreintes que l’on laisse derrière soi.
Aux Ateliers Maaneere, Yago Makamsa transforme ainsi ses silences en couleurs et ses blessures en créations. Et peut-être est-ce là le véritable murmure de l’exposition : même lorsque la vie nous fissure, quelque chose en nous continue de vouloir éclore.
L’exposition « Murmures » est ouverte au public du 5 au 25 septembre 2026 aux Ateliers Maaneere, à Tanghin.
N’douonmou Aïda












Laisser un retour à ce sujet
Vous devez vous connecter pour publier un commentaire.