Michel Ngue-Awane : « Libérez votre esprit du complexe d’infériorité hérité du colonialisme »
Regards

Michel Ngue-Awane : « Libérez votre esprit du complexe d’infériorité hérité du colonialisme »

À travers cette interview exclusive accordée à OXYGENE MAG, Michel Ngue-Awane revient sur un parcours marqué par l’engagement intellectuel, l’action citoyenne et une réflexion profonde sur l’avenir du continent africain. De son expérience au Burkina Faso à son combat pour la libération psychologique des Africains, l’auteur partage sa vision d’une Afrique capable de penser par elle-même, de valoriser son capital humain et de construire sa souveraineté à l’ère du numérique. Une conversation riche qui invite à repenser les fondements du développement africain et le rôle de chaque citoyen dans cette transformation.

  1. Votre parcours vous a conduit de Douala à Ouagadougou, où vous avez choisi de poursuivre vos études et votre engagement. Qu’est-ce qui a motivé ce choix, et en quoi le Burkina Faso a-t-il façonné votre vision de l’Afrique ?

Vous savez, mon choix d’étudier la philosophie à l’Université de Ouagadougou n’était vraiment pas un simple détour académique où on suit un cursus et on rentre chez soi. C’était une décision très consciente de m’inscrire dans l’histoire intellectuelle d’un continent entier qui était en quête de sens, de compréhension de lui-même et d’autonomie réelle. Et je peux vous dire aujourd’hui que le Burkina Faso est devenu bien plus qu’un simple lieu d’études pour moi. C’est devenu ma deuxième nation, le creuset absolu où ma conscience africaine s’est forgée, où j’ai appris à aimer l’Afrique avec les yeux ouverts et le cœur engagé.

Entre 1996 et 2000, j’ai eu le privilège extraordinaire d’être Promoteur et Secrétaire Général de Global Village Burkina, une organisation environnementale fondée par mon frère et son ami intime ainsi que bien d’autres amis. A mon arrivée, elle était embryonnaire et manquait vraiment de direction et d’actions concrètes J’y ai apporté du sang nouveau et des idées qui ont propulses l’ONG a l’échelle nationale et internationale. J’ai travaillé avec les fondateurs ainsi que d’autres camarades qui partageaient cette vision. Ce n’était pas un travail à temps partiel ou une activité qu’on fait en marge. C’était ma vie, mon engagement total. Je me souviens encore des visages de ces centaines de jeunes Burkinabés que nous avons formés, mobilisés et inspirés autour de la protection de l’environnement et de l’éducation sanitaire. Ces jeunes venaient de villages sans électricité, de familles sans moyens, et pourtant ils comprenaient que leur futur dépendait de leur engagement personnel.

Nous avons organisé un grand symposium international qui a réuni une ONG ghanéenne, l’Université Libre de Bruxelles et l’Université de Ouagadougou. Vous imaginez cela ? Des académiques, des activistes de terrain, des jeunes sans formation formelle qui débattaient ensemble comme des égaux. Nous avons aussi organisé un important symposium jeunesse sur la consommation durable à Ouagadougou, et je me souviens que les jeunes posaient des questions que les adultes ne se posaient pas. Ces initiatives montraient quelque chose que j’ai compris profondément à ce moment : les solutions aux défis africains pouvaient germer depuis l’Afrique elle-même, du sol africain, pas nécessairement importées de l’extérieur comme des produits finis.

C’est à cette époque précise que le Burkina Faso m’a enseigné une leçon que je n’oublierai jamais et que je porte chaque jour dans mes os. La pauvreté des ressources matérielles n’est jamais une fatalité, jamais une condamnation, face à la richesse inépuisable de l’engagement humain authentique. J’ai vu des jeunes sans moyens financiers traverser le pays en bicyclette ou à pied pour sensibiliser leurs communautés aux questions environnementales. J’ai assisté à des villageois pauvres qui comprenaient viscéralement, profondément, l’importance de préserver leur environnement une fois qu’on parlait à leur cœur, pas seulement à leur portefeuille vide.

En 1999, cette expérience accumulée, ces années de travail sur le terrain, m’ont conduit à devenir Jeune Conseiller auprès du Programme des Nations Unies pour l’Environnement. Dans cette fonction, j’ai voyagé dans plus de vingt-cinq pays africains pour des campagnes de sensibilisation environnementale qui me changeaient à chaque étape. Et pendant ce temps, j’ai contribué à un livre magnifique pour enfants appelé Pachamama Missao Terra 2, publié par Peace Child International en collaboration avec le PNUE. Ce livre unissait mon amour profond pour l’éducation des jeunes et ma conviction inébranlable que l’Afrique transformée commence par les esprits des enfants. Si vous changez la conscience d’un enfant, vous changez le cours de l’histoire.

Le Burkina Faso m’a appris quelque chose que les livres ne peuvent pas enseigner : l’Afrique n’attend pas passivement les solutions de l’extérieur. Elle les fabrique de ses propres mains quand on cultive consciemment la conscience et l’engagement réel. C’est une leçon que je porte chaque jour, que j’ai enseignée dans tous mes livres, et que je dois partager avec la jeunesse africaine d’aujourd’hui qui en a absolument besoin.

« Nous avons hérité une programmation profonde d’infériorité mentale »
  1. Vous défendez depuis plusieurs années le concept de « libération psychologique« . Selon vous, quels sont aujourd’hui les principaux blocages mentaux qui empêchent encore l’Afrique d’exploiter pleinement son potentiel ?

Si je devais vraiment identifier le blocage principal qui paralyse notre continent, ce blocage qui empêche l’Afrique de se lever et de marcher vers son propre destin, c’est ce que j’ai appelé dès 2015 le subconscient colonial dans mon premier essai. Et je dois insister sur quelque chose : ce n’est pas une théorie abstraite qu’on débat confortablement dans les salons universitaires avec du thé. C’est une réalité vivante, palpable, qu’on sent dans les os, que j’ai observée directement et constamment pendant mes années au Burkina Faso et à travers mes engagements dans une vingtaine de pays africains.

Nous avons hérité une programmation profonde d’infériorité mentale, comme un virus psychologique qui s’est transmis de génération en génération. C’est comme une voix intériorisée qui nous dit constamment, presque automatiquement : les solutions vraies viennent d’ailleurs, tu as besoin de validation externe pour exister, tes propres capacités créatives ne sont jamais suffisantes, jamais assez bonnes. J’ai vu des jeunes Africains extraordinairement brillants, je parle de véritables génies, de penseurs qui auraient pu changer le monde, qui doutaient d’eux-mêmes parce qu’une voix profonde leur disait que l’Afrique n’a rien à offrir, que nos solutions sont toujours inférieures à celles de l’Occident.

Aujourd’hui, à l’ère de la révolution numérique, ce blocage ancestral prend une forme nouvelle et encore plus dangereuse. Nous pensons collectivement, presque inconsciemment, que la technologie est étrangère à notre nature africaine, que nous sommes condamnés à la consommer passivement plutôt que de la créer et de la maîtriser. Les élites africaines, au lieu de transformer les universités en véritables laboratoires d’innovation bouillonnants d’idées, importent des solutions clés en main sans réfléchir à comment les adapter à nos réalités spécifiques, à nos contextes uniques, à notre histoire. Les jeunes Africains qui brillent, qui ont des talents extraordinaires, s’exilent par millions, pensant sincèrement qu’il n’y a rien pour eux sur le continent, que le vrai monde est ailleurs.

J’appelle cela la fuite déresponsabilisante des élites, et c’est un phénomène qui me préoccupe profondément. C’est quand ceux qui pourraient réellement transformer l’Afrique l’abandonnent, ce qui complète l’humiliation coloniale d’une manière que les colonisateurs eux-mêmes n’auraient jamais pu imaginer. Les colonisateurs partent, mais nous continuons à nous coloniser nous-mêmes mentalement.

Le deuxième blocage majeur, et peut-être le plus grave, est la déconnexion systématique entre nos dirigeants politiques et nos peuples sur une question fondamentale et existentielle : qu’est-ce qui crée vraiment la richesse dans le monde moderne ? Qu’est-ce qui fait que certaines nations prospèrent et d’autres restent enlisées ?

Nos gouvernants continuent à croire, comme dans les années 1960, que la richesse vient exclusivement de l’exploitation des matières premières. Le pétrole, les minéraux, les terres arables. C’est une vision qui était peut-être valide il y a cinquante ans, mais elle est complètement dépassée aujourd’hui. La réalité du 21e siècle est totalement différente. La richesse vient de l’éducation, de l’innovation, de la créativité et surtout du capital humain. Pendant que nous nous battions pour les ressources naturelles, le monde a changé radicalement sous nos yeux. Ceux qui prospèrent aujourd’hui, qu’ils soient en Asie, en Europe ou en Amérique du Nord, sont ceux qui maîtrisent l’information, la technologie et le savoir-faire.

Regardez l’Afrique réellement. Nous avons 1,4 milliard de cerveaux. Pensez à cela pour une seconde. 1,4 milliard d’esprits humains. C’est notre véritable gisement, plus riche que n’importe quel champ pétrolier ou mine de diamants jamais découvert. Et pourtant, nous continuons à traiter nos jeunes comme une ressource à exploiter, pas comme un capital à développer. Tant que nos gouvernants et nos élites n’ont pas vraiment compris cela dans leur chair, tant que nous continuons à croire que la vraie richesse vient de la terre plutôt que de l’esprit humain, nous nous appauvrirons progressivement en nous croyant riches. C’est une tragédie en deux actes.

  1. Votre œuvre littéraire forme un projet intellectuel en plusieurs étapes, allant de la décolonisation mentale à la souveraineté numérique. Quel changement concret souhaitez-vous voir chez un lecteur après avoir parcouru l’ensemble de vos ouvrages ?

Mon projet intellectuel en cinq étapes n’est pas une accumulation arbitraire de sujets que j’ai développés au hasard des années. C’est une architecture que j’ai pensée très consciemment et que j’ai construite avec intention pour transformer progressivement le lecteur africain à travers une progression qui a du sens profond. Quand vous parcourez mes ouvrages dans leur ordre précis, vous n’êtes pas en train de lire simplement une série d’essais ou des livres thématiques. Vous traversez une transformation intérieure programmée.

Vous commencez avec Above the Colonial Subconscious « Au-delà du Subconscient Colonial, l’Afrique Avance » qui débarrasse votre esprit des chaînes invisibles qui vous paralysent. Ensuite vous passez par Poor Land or Poor Mindserre Pauvre ou Esprit Pauvres » qui propose un modèle économique réellement enraciné en Afrique, pas importé d’ailleurs. Puis vient What If God Despised Africa « Et Si Dieu Détestait l’Afrique » qui réancre votre moral et votre responsabilité personnelle. Africa Beyond Its Soil « l’Afrique Au-delà son Sol » redéfinit profondément ce que sont vraiment vos richesses, ce qui vous appartient réellement. Et enfin Digital Africa « l’Afrique Digitale : Le Piège d’Une Recolonisation sans Armes ni Drapeaux » qui vous protège pour le futur, qui vous montre comment préserver votre souveraineté à l’ère des données et de l’intelligence artificielle.

Après avoir véritablement lu et digéré l’ensemble de ces ouvrages, je souhaite qu’un lecteur africain se pose une question qui devient irrépressible, qu’il ne peut pas ignorer : ai-je vraiment le droit de penser par moi-même et de créer des solutions africaines sans attendre la permission du reste du monde ? C’est une question simple mais elle contient tout. Et la réponse qu’il trouve, en fermant le dernier livre, doit être un oui catégorique, viscéral, non-négociable. Pas peut-être, pas probablement. Oui !

Ce changement n’est absolument pas purement intellectuel ou théorique. Je veux que vous passiez de spectateur passif de l’histoire africaine à acteur conscient, volontaire, de sa transformation. De consommateur passif de technologie importée à créateur de solutions numériques adaptées à votre contexte spécifique. De victime perpétuelle de circonstances à auteur véritablement responsable de votre propre destin et de celui de votre continent.

Concrètement, cela se manifeste par des actions tangibles et mesurables. C’est le lecteur qui ferme mon livre et lance un projet entrepreneurial dont il a rêvé depuis des années. C’est celui qui décide de s’engager dans la formation continue parce qu’il a compris que l’ignorance était un choix volontaire, pas une fatalité. C’est celui qui ose proposer une idée nouvelle sans attendre la validation externe d’une université occidentale ou d’un consultant étranger. C’est le jeune qui décide de rester en Afrique non pas par défaut, par manque de choix, mais par un choix conscient, délibéré, parce qu’il a compris que c’est ici, maintenant, sur ce continent que la révolution se fera.

Je mesure ce succès non par les chiffres commerciaux de ventes, bien que les critiques dans Le Messager et Mutations, les grands journaux camerounais, m’aient montré une résonance forte et authentiqué auprès des lecteurs africains, mais à travers les messages que je reçois de gens ordinaires qui disent simplement, honnêtement : maintenant je comprends. Maintenant j’ose. Maintenant je peux. C’est cela, le véritable changement que je cherche à catalyser chez chaque lecteur, chaque être humain qui prend un de mes livres.

  1. Dans votre livre Digital Africa, vous mettez en garde contre une « recolonisation sans armes ni drapeaux ». À l’heure où l’intelligence artificielle transforme le monde, quelles priorités les États africains devraient-ils se fixer pour préserver leur souveraineté numérique ?

Le piège dans lequel nous tombons tous, et c’est un piège très séduisant par sa clarté apparente, c’est qu’on nous propose des solutions d’intelligence artificielle pour l’Afrique, développées et contrôlées par les géants technologiques étrangers. Ils nous vendent cela comme du progrès inévitable, comme notre sauvetage technologique, comme si nous avions besoin d’eux pour exister. C’est exactement ce que j’ai nommé dans Digital Africa la recolonisation sans armes ni drapeaux. Au lieu de soldats et de bureaucratie coloniale oppressive, les armes modernes sont les données, les algorithmes et les infrastructures numériques. Si nous les concédons sans réflexion stratégique, sans planification, nous vivrons une forme de dépendance encore plus profonde que celle du 20e siècle, car elle nous privatisera même nos pensées et nos rêves.

Les priorités que les États africains doivent vraiment se fixer sont profondément interconnectées et exigent une volonté politique sans précédent. Aucune d’entre elles n’est isolée. Elles forment un système vivant et intégré.

D’abord, il faut absolument maîtriser et protéger nos données comme nous protègerions notre propre sang. Nos données ne sont pas des commodités à vendre au meilleur enchérisseur occidental comme on vend du coton. Elles sont notre capital humain chiffré, encodé, transformé. Nos habitudes de consommation, nos préférences réelles, nos comportements authentiques, nos innovations et nos rêves. Quand un Africain utilise Facebook ou Google, quand il cherche quelque chose sur internet, quand il achète quelque chose en ligne, il crée de la data qui vaut littéralement de l’or. En ce moment, cet or s’écoule hors du continent comme pendant l’époque coloniale. Ces données doivent générer de la richesse qui reste en Afrique, qui crée des emplois pour les Africains, qui construit les universités et les hôpitaux africains. Les États doivent légiférer strictement pour que les données générées par les Africains, sur le territoire africain, servent d’abord les Africains et pas les actionnaires de Silicon Valley.

Deuxièmement, il faut investir massivement, sans hésitation, dans la formation et la recherche locale en intelligence artificielle. C’est un investissement existentiel pour la survie de l’Afrique. L’Afrique dépense moins de 1% de son PIB combiné en recherche et développement. C’est un scandale absolu pour un continent avec 1,4 milliard d’habitants. Comment pouvons-nous espérer innover si nous ne finançons pas l’innovation ? Nous devons créer nos propres champions technologiques africains, nos propres entreprises africaines de développement d’IA, qui comprennent réellement nos défis spécifiques, nos contextes uniques. Cela signifie financer des laboratoires de recherche de classe mondiale, créer des incubateurs technologiques vivants, attirer les cerveaux qui se sont exilés en offrant des conditions compétitives et une vision.

« Comment pouvons-nous espérer innover si nous ne finançons pas l’innovation ? « 

Troisièmement, il faut adapter plutôt qu’importer servilement. L’IA développée à Silicon Valley ou à Shenzhen ne résoudra jamais les problèmes spécifiques d’un fermier burkinabé qui cultive dans un contexte de changement climatique dramatique, ou d’un patient camerounais dans un village sans électricité qui a besoin d’un diagnostic médical urgent, ou d’un étudiant sans accès internet qui veut vraiment apprendre. Nous devons utiliser l’IA pour résoudre nos problèmes réels, tangibles. Améliorer la productivité agricole avec des solutions adaptées à nos sols spécifiques et nos climats, diagnostiquer les maladies avec des données africaines et pas asiatiques, créer des systèmes éducatifs qui reflètent nos cultures et nos ambitions réelles.

Quatrièmement, il faut bâtir l’infrastructure numérique indépendante, autonome. Les serveurs, les clouds, les réseaux de communication doivent être aux mains africaines ou du moins fortement régulés pour protéger nos intérêts vitaux. Quand nos données dorment sur les serveurs d’une multinationale étrangère, nous ne sommes pas souverains. Point. C’est une question de survie existentielle pour l’Afrique. Cela exige des investissements colossaux, je l’admets, mais c’est le prix de la liberté réelle.

Enfin, il faut adopter ce que j’appelle le Panastructisme, cette philosophie africaine qui ne rejette pas la technologie mondiale mais la maîtrise, l’adapte et l’approprie pour nos propres fins, pour nos propres rêves. C’est dire clairement : oui, utilisons les outils que le monde a créés, mais pas selon les règles du monde établi. Selon nos règles africaines.

  1. Vous insistez sur le fait que la véritable richesse de l’Afrique réside dans son capital humain plutôt que dans ses ressources naturelles. Quelles politiques publiques jugez-vous indispensables pour transformer cette conviction en réalité ?

Pendant mes années au Burkina Faso avec Global Village Burkina et pendant que je formais des centaines de jeunes Burkinabè aux enjeux environnementaux et sanitaires, j’ai appris quelque chose de fondamental que j’ai compris dans tout mon être : aucune organisation extérieure, aucune ONG, aucun consultant, aussi brillant soit-il, aussi bien intentionné soit-il, ne peut réellement transformer les sociétés africaines de l’intérieur. Seul un investissement massif, systémique et volontaire dans le capital humain peut le faire. Et pourtant, quand je regarde comment les gouvernements africains gèrent leurs budgets, j’observe qu’ils continuent à traiter l’éducation et la formation comme un coût, une dépense à minimiser et à contrôler, pas comme un investissement existentiel dans l’avenir. C’est une erreur fondamentale, une cécité stratégique.

La première politique indispensable est une refonte radicale et urgente de l’éducation. Je ne parle pas du bachotage classique pour des examens nationaux, pas de la reproduction fidèle d’un modèle colonial importé d’Europe, pas de l’enseignement qui vise à créer des travailleurs dociles. Je parle d’une éducation qui enseigne vraiment à penser de manière critique et indépendante, à créer quelque chose de nouveau, à innover sans peur, à résoudre des problèmes réels. Les écoles africaines doivent cesser de former des travailleurs pour les usines occidentales et commencer vraiment à former des créateurs de valeur pour l’Afrique, des entrepreneurs, des penseurs. Cela signifie redéfinir complètement le curriculum, former différemment les enseignants, investir dans les technologies éducatives adaptées à nos contextes spécifiques, pas des copies de ce qu’on fait ailleurs.

La deuxième politique est un investissement massif en recherche et développement. C’est simplement inacceptable que l’Afrique consacre moins de 1% de son PIB collectif à la R&D. Si nous voulons créer, innover, transformer notre réalité, nous devons financer sérieusement la création et l’innovation. Les universités africaines doivent devenir des moteurs authentiques d’innovation, pas seulement des centres de transmission passive de savoirs morts transmis depuis des siècles. Quand un jeune Africain découvre quelque chose, cette découverte doit se transformer en entreprise viable, en produit commercialisable, en solution qui change les vies. Cela demande des laboratoires, du financement réel, des partenariats vivants entre les universités et les entreprises.

La troisième politique est la création d’écosystèmes entrepreneuriaux robustes et accessibles. Les jeunes Africains ont des idées brillantes, des innovations qui pourraient changer le monde, mais ils se heurtent à des obstacles systémiques massifs : accès difficile au financement, absence de mentors qualifiés, marchés fragmentés et difficiles à naviguer, réglementations opaques et changeantes. Les gouvernements doivent vraiment activer les leviers pour faciliter le chemin. Cela signifie créer des fonds d’amorçage accessibles, créer des espaces d’incubation physiques et numériques, former des mentors expérimentés et généreux, harmoniser les réglementations pour permettre aux startups africaines de croître et de rêver grand.

La quatrième politique concerne la gestion stratégique et intelligente de la migration. Nous regardons généralement la migration comme une fuite, une hémorragie, une perte d’énergie vitale pour le continent. C’est une vision passive et appauvrie. En réalité, c’est une opportunité extraordinaire mal gérée. Si nos talents partent, qu’ils partent en tant qu’ambassadeurs consciemment africains, avec des connexions qui continuent de servir le continent, pas de le vider. Les diasporas africaines, et je suis un exemple vivant de cela, ayant poursuivi mon engagement africain depuis le Royaume-Uni pendant des décennies, peuvent rapatrier des savoirs précieux, créer des réseaux transfrontaliers puissants, identifier des financements. Cela demande une politique volontariste et systématique d’engagement des diasporas, pas simplement des appels rituels quand il y a une crise.

La cinquième politique, souvent négligée ou minimisée, est la revalorisation systématique du travail créatif et intellectuel. En Afrique, créer une chanson, un livre, un logiciel, un nouveau produit est moins valorisé socialement et financièrement que de planter une récolte ou d’extraire un minerai. C’est complètement inversé et cela doit changer radicalement. Il faut créer un environnement culturel et économique où l’innovation, l’art, la technologie produites en Afrique sont valorisées localement d’abord, célébrées, deviennent des biens d’exportation fiers plutôt que des curiosités ou des cas sympathiques.

« Les universités africaines doivent devenir des moteurs authentiques d’innovation »
  1. Votre livre « J’accuse Dieu» interpelle par son titre, qui peut surprendre ou provoquer. Quel message souhaitez-vous transmettre à travers cette réflexion philosophique et spirituelle ?

Ce titre provoque intentionnellement, et c’est précisément ce que j’ai voulu faire. Ce n’est pas une accusation blasphématoire contre le divin, contre une force suprême. C’est une interpellation philosophique et spirituelle profonde qui me préoccupe depuis longtemps : comment concilier la foi en une guidance divine avec notre liberté et notre responsabilité humaine concrète et quotidienne ? C’est une question que j’ai vue paralyser d’innombrables Africains, y compris pendant mes années d’engagement au Burkina Faso et en Afrique de l’Ouest.

Pendant trop longtemps, j’ai observé des Africains brillants, des jeunes pleins de potentiel, des mères courageuses, des penseurs lucides qui attendaient passivement une intervention divine, une guidance céleste qui résoudrait leurs problèmes pendant que leurs vies se détérioraient lentement jour après jour. On entendait constamment : c’est la volonté de Dieu, Dieu verra, ce n’est pas le moment, Dieu a ses plans. Pendant ce temps, les enfants restaient sans école, les maladies ravageaient les familles, les opportunités s’évaporaient. « J’accuse Dieu » pose cette accusation directement et sans détour : si tu es vraiment Dieu, pourquoi ce silence face à la souffrance africaine ? Pourquoi n’interviens-tu pas ?

Mais voici le retournement que la méditation découvre progressivement à travers ses cinq parties. C’est là que le vrai message se révèle et transforme tout. Dieu n’a jamais été muet. Il nous a donné l’intelligence la plus puissante de la création et la liberté absolue d’agir. Ce que nous appelons le silence de Dieu est en réalité notre propre refus conscient d’écouter la voix de notre conscience. C’est notre peur, notre inertie, notre attentisme commode.

Le vrai message de « J’accuse Dieu » est une inversion finale qui transforme complètement la perspective. Nous ne devons pas accuser Dieu, nous devons nous accuser nous-mêmes de ne pas honorer le don extraordinaire de notre conscience, de notre capacité de raison, et de notre pouvoir réel de transformer le monde. C’est un appel à la responsabilité spirituelle et morale adulte. Ce n’est pas une négation de la foi, c’est au contraire une foi mature qui reconnaît que le divin se manifeste à travers nos actions, nos choix, notre engagement concret. C’est dire à la jeunesse africaine : Dieu t’a équipé pour la victoire. Maintenant c’est à toi d’agir.

« La jeunesse africaine d’aujourd’hui est submergée par l’ampleur réelle des défis « 
  1. Avant votre carrière d’auteur, vous avez été très actif dans les domaines de l’environnement, de la santé publique et de la sensibilisation citoyenne au Burkina Faso. Quel regard portez-vous aujourd’hui sur l’évolution de l’engagement des jeunes Africains ?

Entre 1996 et 2000, au Burkina Faso où j’ai vécu comme un citoyen engagé plutôt que comme un visiteur de passage, j’ai eu l’honneur extraordinaire de former des centaines de jeunes burkinabè. Ces jeunes n’avaient pas d’équipements sophistiqués, pas d’accès illimité à internet comme aujourd’hui, pas de certitude économique. Et pourtant, ils arrivaient aux formations avec une soif insatiable, une envie viscérale et authentique de changer les choses dans leur communauté, de participer réellement à la construction du Burkina Faso. J’organisais des symposiums jeunesse sur la consommation durable à Ouagadougou, et je voyais des jeunes porter des idées brillantes sur comment transformer leurs sociétés. Il y avait une connexion organique entre leurs rêves et leur engagement concret sur le terrain. C’était vivant, c’était réel, c’était inspirant.

Aujourd’hui, deux décennies plus tard, je vois une jeunesse africaine profondément transformée, et c’est un mélange complexe de progrès extraordinaires et d’inquiétude légitime. D’un côté, cette nouvelle génération est infiniment plus connectée au monde, plus consciente des inégalités globales, plus critique envers les narrations imposées. Un jeune camerounais peut aujourd’hui regarder un entrepreneur chinois innovant, un créateur technologique nigérian, un scientifique sud-africain et imaginer un modèle non-occidental de réussite. C’est un progrès immense que nous ne devions pas tenir pour acquis.

Mais d’un autre côté, je constate une certaine paralysie que je n’observais pas avant. La jeunesse africaine d’aujourd’hui est submergée par l’ampleur réelle des défis : le chômage structurel qui s’aggrave, les changements climatiques qui menacent les moissons, l’instabilité politique chronique, la migration qui semble impossible à la fois d’y aller et de rester. Et surtout, il y a une absence quasi totale de modèles de réussite. Les héros que propose la culture de masse sont étrangers, lointains, inaccessibles. Les histoires de réussite africaine existent mais ne sont pas systématiquement enseignées et célébrées dans les écoles.

L’engagement des jeunes existe toujours, mais il s’exprime différemment maintenant. Par les réseaux sociaux, par les mouvements de protestation, par les initiatives numériques éparses. Le problème profond est que sans une ancre philosophique claire, sans une vision systématique de ce que signifie bâtir une Afrique réellement libre et souveraine, cet engagement risque de se dissiper en protestation stérile ou en rêve d’exil. Les jeunes Africains ont besoin de savoir que leur engagement n’est pas une rébellion romantique contre le système, mais une participation consciente à la construction d’une alternative africaine viable et concrète. C’est précisément pourquoi j’écris encore, pourquoi je continue mon engagement, pourquoi je dois parler avec conviction.

  1. Vous êtes à la fois écrivain, consultant, conférencier et musicien. Comment la musique complète-t-elle votre combat intellectuel pour une Afrique consciente, libre et souveraine ?

La musique n’est pas pour moi un divertissement parallèle ou un luxe artistique détaché de ma vocation intellectuelle et consultative. C’est un langage alternatif et absolument complémentaire pour atteindre les esprits et les cœurs que mes essais, aussi rigoureux et détaillés soient-ils, ne peuvent pas toujours toucher dans leur totalité. Pendant mes années au Burkina Faso et dans ma décennie d’engagement en Afrique de l’Ouest, j’ai compris quelque chose de profond et incontournable : la transformation réelle passe par tous les registres de la conscience humaine—rational, émotionnel, spirituel, viscéral. Si je n’utilise qu’un seul registre, je ne touche qu’une partie fragmentaire de la personne.

Mes deux albums, « Kacti Kacti » sorti en 2021 et « Le Bien » en 2023, ne sont pas des curiosités d’artiste pluridisciplinaire qui essaie de tout faire. Ce ne sont pas des distractions ou des escapades artistiques. Ils fusionnent consciemment et délibérément les rythmes traditionnels camerounais authentiques, l’afro-pop contemporain vivant, et l’évangile spirituel avec des messages clairs de fierté africaine, de panafricanisme, de transformation spirituelle et de responsabilité collective. Quand quelqu’un écoute « Kacti Kacti » ou « Merci Seigneur », il reçoit un message qui entre en lui non par l’argumentation rationnelle mais par la vibration profonde, le rythme qui bouge les hanches, l’émotion pure. Dans mon deuxième album, vous avez une chanson titrée « Debout l’Afrique ». Je dénonce les mensonges coloniaux et demande aux Africains de se lever pour s’approprier de leur dessein et de leur liberté psychologique.

J’ai composé plus de 120 chansons à ce jour, et j’en ai 100 autres déjà écrites et enregistrées dans mon studio. Chacune est un cri du cœur sincère, une prière authentique, une invitation à éveiller la conscience africaine endormie. La musique parle au cœur tandis que l’écriture parle à l’esprit analytique. Une chanson peut faire bouger dix millions de personnes à travers les réseaux sociaux en quelques jours et les inspirer. Un essai complexe trouvera peut-être mille lecteurs profondément engagés mais réfléchis. Les deux sont nécessaires, indispensables. Ensemble, la théorie rigoureuse et le message musical créent une invitation holistique à la transformation : réveille-toi mentalement, spirituellement, corrélativement, sois libre.

Je considère que c’est un devoir fondamental que la plupart des penseurs africains négligent tragiquement : ne pas parler seulement aux élites éduquées, mais toucher les masses populaires avec un message d’espoir authentique et de pouvoir véritable.

  1. Vous avez développé le concept de « Panastructisme » ou « Afro-solutionnisme« . En quoi cette approche se distingue-t-elle des modèles de développement traditionnellement proposés au continent africain ?

Le Panastructisme, concept que j’ai développé dans Digital Africa et que j’appelle aussi l’Afro-solutionnisme, n’est ni un rejet technophobe inspiré par la nostalgie du passé ni une acceptation naïve et aveugle de l’ordre technologique mondial tel qu’il existe actuellement. C’est une posture consciente, stratégique et mature que l’Afrique doit absolument adopter : ne pas rejeter la technologie globale par principe, mais la comprendre profondément dans ses mécanismes et ses implications, l’adapter intelligemment et l’approprier pour nos propres contextes, nos besoins réels et nos valeurs africaines. Le Panastructisme aussi prône la mise sur pied des structure et systèmes propres à l’Afrique en trouvant des solutions africaines pour les besoins Africain et mondiaux. L’Afrique devrait exporter son système et son savoir-faire.

Pendant trop longtemps, les modèles de développement importés en Afrique nous ont forcé à choisir entre deux fausses alternatives qui nous emprisonnaient. Soit, nous rejetons entièrement la modernité, ce qui nous isole du monde et nous condamne au sous-développement. Soit, nous la copions servilement, ce qui nous soumet à jamais. Le Panastructisme refuse catégoriquement ces deux fausses alternatives qui nous réduisent en esclavage. Il dit quelque chose de radicalement différent : prenez la technologie mondiale—l’intelligence artificielle, le cloud computing, les infrastructures numériques ; comprenez-la profondément dans ses mécanismes et ses implications réelles, et construisez avec elle des solutions qui sont profondément, authentiquement africaines. C’est adapter intelligemment, c’est contextualiser, c’est créer une synthèse unique que personne d’autre ne peut créer que nous. Au-delà de la technologie, le Panastructime s’étend dans le domaine des systèmes politiques, éducatif, socio-économiques.

C’est aussi une critique acérée et documentée de ce que j’ai nommé « la fuite déresponsabilisante des élites africaines ». Ces dirigeants, ces décideurs qui importent systématiquement tout sans réfléchir. Le système éducatif français ou britannique tel quel, les technologies chinoises ou américaines sans adaptation, les modèles économiques du FMI sans questionnement. Ils ne réfléchissent pas réellement à la manière de les ancrer dans notre réalité spécifique, nos valeurs profondément africaines, notre histoire unique. Ils transforment l’Afrique en marché de consommation passif au lieu d’en faire un laboratoire vivant d’innovation. Le Panastructisme dit que cela doit changer radicalement dès maintenant.

Contrairement au mimétisme servile ou au rejet technophobe, le Panastructisme est une approche à la fois humble et fière. Humble car nous reconnaissons sincèrement que le monde a progressé technologiquement et que nous devons apprendre de cette progression. Fière car nous savons profondément que c’est à nous, Africains, de décider comment transformer ces outils au service de nos visions et de nos rêves spécifiques. C’est la différence fondamentale entre être colonisé intellectuellement et être un acteur consciemment engagé dans la construction du futur global.

« Mais ne perdez pas l’Afrique en vous. Ne devenez pas un déchet exporté »
  1. Si vous aviez aujourd’hui un message à adresser à la jeunesse africaine, confrontée aux défis du chômage, de l’exil et de la révolution numérique, quel serait-il ?

Voici mon message direct, forgé à travers deux décennies d’engagement authentique en Afrique, d’observation minutieuse et de participation réelle à la transformation du continent. Je l’adresse à chacun d’entre vous avec une conviction inébranlable.

Vous êtes nés au moment où l’Afrique devient le terrain géostratégique central des transformations globales, pas un simple spectateur passif qui subit l’histoire écrite par d’autres. Le 21e siècle ne sera pas déterminé en Europe ou aux États-Unis ou en Chine. Il sera déterminé par ceux qui maîtrisent la révolution numérique, les données et l’innovation. L’Afrique a 1,4 milliard d’habitants. C’est plus que toute l’Europe, plus que l’Amérique du Nord. Ce que vous choisissez de faire avec vos talents et vos énergies affectera le monde entier. Ne doutez jamais de cela. C’est une responsabilité énorme mais aussi un privilège extraordinaire.

Le chômage que vous affrontez n’est pas une fatalité, n’est pas une condamnation du destin. C’est une invitation à créer vos propres emplois, à être des entrepreneurs, à innover. Pendant que vous attendez qu’une corporation multinationale vous embauche et vous offre une stabilité illusoire, quelque part une jeune Africaine crée une application pour résoudre un problème local que personne d’autre ne voit et devient millionnaire en six mois. Ou un jeune entrepreneur camerounais crée une solution énergétique solaire pour sa communauté qui se propage à travers le continent et change des vies. Cela peut être vous. C’est réaliste, pas un fantasme ou une utopie.

 

L’exil que beaucoup d’entre vous envisagez peut-être un enrichissement extraordinaire si c’est un choix conscient et stratégique. Vous pouvez acquérir des compétences que seul l’extérieur peut vous donner, des réseaux internationaux, de l’expérience. Mais ne perdez pas l’Afrique en vous. Ne devenez pas un déchet exporté. Les plus grands transformateurs de l’Afrique du 21e siècle ne seront pas ceux qui l’ont abandonnée par dépit ou par opportunisme, mais ceux qui se sont exilés avec une mission claire et consciente : rapporter la connaissance, maintenir les liens authentiques, bâtir des ponts entre les mondes.

La révolution numérique ? C’est votre terrain de jeu, pas celui des Américains ou des Européens qui ont eu quinze ans d’avance. Vous avez des smartphones dans vos poches, vous avez accès à internet, vous avez des universités, même imparfaites. Utilisez ces outils extraordinaires pour imaginer des solutions à vos propres problèmes réels, pas pour consommer passivement les produits et les divertissements des autres. Un jeune camerounais peut apprendre l’intelligence artificielle gratuitement en ligne en trois mois intensifs, créer une startup avec deux amis, et transformer sa région. Un jeune burkinabè peut développer une solution pour l’agriculture climatiquement résiliente qui révolutionne le continent. Vous n’attendez rien de personne. Vous ne devez rien à personne.

Et voici peut-être le point le plus important, le plus urgent : libérez votre esprit du complexe d’infériorité hérité du colonialisme. C’est peut-être l’ordre le plus crucial que je vous donne aujourd’hui. Vous êtes les héritiers d’une civilisation millénaire, de peuples qui ont créé des empires sophistiqués, des universités de savoir, des cultures extraordinaires longtemps avant que l’Europe ne découvre la science moderne. Vous êtes les porteurs de solutions que le monde attend encore sans le savoir. Créez sans peur paralyse. Innovez sans attendre la permission. Prenez des risques conscients. La peur de l’échec est le vrai ennemi, pas la concurrence externe.

Et quand vous vous trouverez à une croisée des chemins, quand vous devrez choisir entre rester et partir, entre l’ambition personnelle et le service collectif, entre la consommation technologique passive et la création active, souvenez-vous de ceci simplement : l’Afrique a besoin de vous. Non pas dans cinquante ans quand vous serez à la retraite. Maintenant, avec votre jeunesse, avec votre énergie vitale, avec vos idées fraîches qui peuvent voir des choses que nous ne pouvons pas. Les infrastructures africaines ont absolument besoin de vos idées innovantes. Les enfants africains ont besoin de vos modèles de réussite authentique. L’économie africaine a besoin de vos innovations réelles.

Vous êtes la génération qui peut transformer le narratif africain. Vous pouvez être ceux qui disent non à la recolonisation numérique et oui à l’innovation africaine authentique. Vous pouvez être ceux qui transforment les ressources naturelles de l’Afrique en richesses humaines durables. Vous pouvez être ceux qui créent une Afrique consciemment libre, libre, et réellement souveraine pour la première fois dans l’histoire du continent.

C’est votre heure. Saisissez-la maintenant, sans hésiter.

Conclusion

Au fil de cet entretien, Michel Ngue-Awane défend une conviction forte : l’avenir de l’Afrique dépend avant tout de la transformation des mentalités, de l’investissement dans le capital humain et de la maîtrise des enjeux technologiques. Pour lui, la véritable indépendance ne se limite pas aux frontières politiques ; elle passe aussi par la souveraineté intellectuelle, économique et numérique. Un message qui interpelle particulièrement la jeunesse africaine, appelée à devenir non plus spectatrice, mais actrice du destin du continent.

N’Douonmou Aïda DAO

Laisser un retour à ce sujet