La 11è édition du festival de danse « Les Deux Terres » a baissé ses rideaux hier 4 juillet 2026 dans la salle MIRAMAR de Cannes avec comme pays invité d’honneur, le Burkina Faso. Organisée par la Compagnie Ténè, cette rencontre chorégraphique doit son succès dans la ville de Cannes grâce à son caractère fédérateur. L’Afrique et l’Europe se retrouvent chaque année sur une même scène.
Les arts en général et la danse en particulier possèdent une alchimie entre eux qui se manifeste par un langage universel et une expression corporelle consubstantielle. La danse en particulier est surtout ce moyen fondamental de connexion sociale et culturelle entre les peuples. Le festival de danse « Les Deux terres » initié il y a une douzaine d’année par le chorégraphe burkinabè Issa Aimé OUEDRAOGO illustre parfaitement cet état d’esprit.
Pensé et né dans la ville de Cannes en France, ce festival n’a jamais changé son objectif fondamental. Celui d’être un vecteur de lien social, de partage et d’intégration des peuples. Pour le cas de ce festival, deux continents sont principalement visés : l’Europe et l’Afrique. A chaque édition, le comité d’organisation mobilise les compagnies à travers les artistes danseurs, chanteurs et musiciens issus de ces deux continents qui partagent en commun le spectacle vivant. « Qu’on le veuille ou pas, nous devons accepter la relation aux autres, le point de vue des autres, la vision culturelle d’un monde commun pour permettre aux différents peuples de vivre en harmonie. La danse est donc un excellent moyen pour créer cette homogénéité culturelle entre l’Afrique et l’Europe, d’autant plus qu’ils partagent de nombreux points points communs du fait de leur proximité géographique » affirme Issa Aimé OUEDRAOGO, promoteur de ce festival. Basé en Europe, plus précisément à Cannes depuis une vingtaine d’années, le natif de Ouahigouya au Burkina Faso est un chorégraphe professionnel et fondateur de la compagnie Tènè.
En créant donc ce festival, Issa Aimé a immédiatement bénéficié de l’appui logistique et institutionnel de la Mairie de Cannes, car ce projet rentre en droite ligne avec leurs objectifs. « La culture participe à la construction d’une personnalité. C’est aussi ce qui permet d’échapper au déterminisme social et à un certain enfermement identitaire. Cette assignation identitaire est pour moi à l’opposé de l’idée d’appartenance à la communauté nationale fondée sur le partage de valeurs. Des valeurs qui sont au cœur de la tradition française républicaine, notamment l’unité culturelle dans la diversité des personnes et des origines. » Affirme David Lisnard, Maire de Cannes. Quoi donc de plus normal d’accompagner un tel projet. C’est la raison pour laquelle, sa représentante et conseillère municipale Claudia SOLIMANDO a brillé par sa présence cette année à cette 11è édition. Saluant par la même occasion l’audace et la volonté manifeste du promoteur. « Nous ne ménagerons aucun effort pour accompagner ce festival qui met en fusion l’Europe et l’Afrique dans sa diversité culturelle propre aux aspirations de la ville de Cannes » a-t-elle affirmé.

Une dizaine de compagnies africaines et européennes ont pris part à cette édition avec en toile de fond trois artistes plasticiens et une écrivaine qui ont présenté leurs œuvres d’une rare originalité. Les œuvres d’Eloise Mendez ont réhaussé l’éclat de ce festival grâce à sa collection de sculpture humaine et bestiale faites en pierre de marbre. La photographe professionnelle Nathalie Sternalski a illuminé les murs et cloisons de la salle d’exposition de Miramar par des photographies de corps de danseurs faites avec des matériaux du XIXe siècle.

L’artiste atypique Zack Herr Mann s’est distingué par ses œuvres picturales nocturnes orientées à la culture rock avec comme personnage de fiction, Linda Cluster. L’écrivaine béninoise Béa Dantondé Dandjo aura tiré son épingle du jeu en présentant sa toute nouvelle œuvre littéraire « CHEMIN FAISANT… » y compris les pagnes tissés venus tout droit de Cotonou et Parakou au Bénin.

Dans une effervescence digne d’un festival de danse pour cette ultime journée du 4 juillet, les compagnies invitées ont fait preuve de professionnalisme. La dynamique et infatigable danseuse Patricia LIONEL a ensorcelé en ouverture du spectacle, le public avec son solo contemporain créé par Issa Aimé Ouédraogo baptisé « Peut-être demain ». C’est une scène qui décrit avec lucidité les violences faites aux femmes, qui se soldent par une véritable émancipation de la femme. Une pièce qui met en lumière le talent de cette française qui ne jure que par la danse.

La présentatrice du festival, la très pondérée Ludmila Armandoni a tenu en haleine cette édition avec subtilité, dans une communication dénudée de toute mièvrerie. Une interaction magnifique à la fois avec le public, les artistes et les techniciens. Evitant de dominer la scène, elle mettait surtout en lumière les acteurs sans monopoliser ni la parole, ni sa présence.

La jeunesse n’a pas été en reste dans ce festival. Les jeunes de la Compagnie Unidanse ont bénéficié d’un tonnerre d’applaudissements après leurs prestations présentées de façon séquentielle. Quatre jeunes filles ont présenté quatre petites pièces contemporaines, toutes formées dans l’école de danse d’Agnès Martini.

Le chorégraphe ivoirien Stéphane DOUAN de la compagnie Lafissou d’Afrik a présenté un solo aphasique ou le silence perturbé par les battements violents des mains sur corps laissaient parfaitement percevoir la quintessence de ce thème « Parenthèse de sang ». Les stigmates des pratiques rituelles violentes suite à la disparition d’un enfant étaient le message diffusé par ce chorégraphe plein d’énergies.

Le véritable clou de cette dernière soirée a été indubitablement la prestation de la Compagnie Djelia créée par l’illustre chorégraphe burkinabè Karim KONATE. « Nous sommes surtout aussi venu de loin pour voir le spectacle de Karim Konaté. C’est un compatriote que nous aimons beaucoup. Nous entendons beaucoup parler de lui. C’est pour ça que nous sommes venus avec toute notre famille et les amis, afin qu’ils le découvrent la richesse de notre patrimoine culturel » affirme Sabine ILBOUDO présente à cette soirée avec son époux et de nombreux amis.

Au-delà de la danse qui est son domaine de prédilection, Karim KONATE a surtout créé la Compagnie Djelia en 2018, pour promouvoir la culture burkinabè et ses valeurs intrinsèques que sont ; le partage et la fraternité. Danseur et chorégraphe, il forme et dispense des masterclass entre l’Afrique, l’Europe, l’Asie, etc. La percussion et la musique mandingue font partie des socles de sa création. Qui l’aurait cru que ce jeune de la troupe Badema au Burkina Faso, ensuite formé avec Alassane Kango dans les années 1990 et surtout passé par l’Ecole de Danse Irène Tassembedo (EDIT) en 2009, sans oublier ses participations au festival Dialogue de Corps, devrait être la Guest star de cette 11è édition du festival de danse « Les deux terres » ici à Cannes ?

Présent sur la scène du festival « Les Deux Terres » avec une quinzaine de danseuses, Karim KONATE a présenté le ballet contemporain intitulé « Soundiata Keïta ». Une noble et mémorable histoire indélébile sur la « Charte du Mandé », une version originale de la déclaration des droits l’Homme, 500 ans avant la France. C’est avec fascination que le public a suivi religieusement et de bout en bout cette pièce. Ce qui aura d’emblée halluciné le public, ce sont les costumes des danseurs et le silence artistique de toute la création. La souplesse corporelle a été préféré en lieu et place de la robustesse des mouvements comme souvent observé dans certaines scènes où l’on évoque l’épopée de Soundiata Keïta. Plusieurs séquences savamment ont été exécutées par des danseuses professionnelles et amateures en toute souplesse.
Le plancher est resté silencieux durant toute la prestation laissant la place à une chorégraphie harmonieuse et des plans de scènes qui accrochent le spectateur. Mêlant musique traditionnelle avec flûte, balafon, djembé et kora, à la musique électronique, Karim KONATE est sorti du prisme du folklore endogène pour s’ouvrir aux autres tendances musicales afin de corroborer à la thématique générale du festival. « J’ai toujours été ouvert à la fusion mais tout en gardant l’essence même de notre histoire. C’est ce que j’appelle du contemporain. Ce n’est pas en restant renfermé sur notre culture que nous allons mieux la valoriser. Il faut s’ouvrir au monde tout en gardant nos valeurs. La fusion est un partage et non une dominance culturelle au détriment de l’autre. Raison pour laquelle, c’est toujours un plaisir pour moi de répondre aux sollicitations de mon ainé Issa Aimé Ouédraogo » affirme Karim KONATE. C’est par un tohubohu que le public a salué sa prestation majestueuse, marquant ainsi la fin des passages des compagnies de danse dans ce festival.

C’est une sorte de « pots-pourris » folkloriques que l’artiste Abdoulaye DEMBELE a clôturé cette édition. Accompagné des trois percussionnistes, le multi-instrumentiste burkinabè a invité le public à participer sur la scène et l’ambiance a immédiatement atteint son paroxysme. L’ensemble musical d’Abdoulaye a livré un spectacle à l’unisson qui a surtout permis de clore en beauté ce festival.

Sous le regard très averti du Consul Honoraire du Burkina Faso à Nice, M. Aicardi de Saint-Paul, parrain de cette édition, il a s’est réjoui de la notoriété que le promoteur Issa Aimé et son festival possède aujourd’hui sur la Côte d’Azur. « …Je ne suis pas du tout étonné de ce qu’est devenu Issa Aimé Ouédraogo sur la Côte d’Azur. Car dès le premier jour où on s’est rencontré, j’ai cru en lui. Nous lui avons offert les plus grandes scènes ici en France y compris lors de la Francophonie devant les Chefs d’Etats. Je suis surtout très heureux qu’il arrive grâce à la danse et surtout la culture à passer son message d’unité et de partage entre la France et Burkina Faso. Mon soutien pour la promotion de la culture africaine et burkinabè en particulier a toujours été sans concession. Grace à Aimé, la Culture et la danse burkinabè se portent bien ici sur la Côte d’Azur » déclare le Consul Honoraire.

Une édition qui s’achève en apothéose avec néanmoins quelques suggestions formulées par les festivaliers, notamment au niveau du vernissage. Le public se déplace massivement le jour du vernissage marquant l’ouverture du festival. Mais malheureusement 80% des visiteurs sortent de la salle Miramar au moment du lancement du spectacle. Refusant de s’acquitter du pass d’entrée, préférant plutôt se ruer sur la boisson et les somptueux plats offerts lors du vernissage. Certains ici en France les appellent les « piques assiettes ». Il serait judicieux de trouver une forme de contribution volontaire et aléatoire dans un chapeau pendant le vernissage afin de supporter certaines charges.
Par ailleurs le comité d’organisation devrait confectionner des badges pour l’équipe, le personnel technique, les invités et la presse, qu’ils porteront autour du cou, afin de faire le distinguo et de réguler les entrées.
Pour la prochaine édition, Aimé Issa OUEDRAOGO a affirmé qu’il souhaite… « le festival s’étende sur cinq jours afin d’aller dispenser des séances dans les écoles, les centres hospitaliers, les entreprises privées et publiques, les centres pénitenciers etc. c’est une doléance que nous souhaitons soumettre à la Mairie de Cannes. Je me réjoui que le festival cette année a enregistré une participation considérable du public, preuve que les actions que nous menons pour la cohésion culturelle entre les deux continents, commencent à porter des fruits ici à Cannes. Cette année, c’est le Burkina Faso qui a été pays invité d’honneur. Je me garde pour le moment de vous dévoiler le prochain pays invité d’honneur en 2027 »

C’est entre les feux d’artifices et le match victorieux de l’équipe de France en coupe du monde soldé par la victoire des Bleus face au Paraguay (0-1) que les portes de cette édition se sont fermées.
Hervé David HONLA








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