Directeur de la photographie, producteur et entrepreneur culturel ivoiro-burkinabè, Abdoul Aziz Diallo est Diplômé de l’ISIS-SE, il a travaillé sur des productions majeures comme « Cacao », « Invisibles », « Black Tea » et « Le Grand Déplacement ». Fondateur de Ciné Lumière, une société spécialisée dans la fourniture d’équipements cinématographiques, il est également engagé dans la structuration et la transmission au sein de l’industrie audiovisuelle africaine. Présent au 79è Festival de Cannes, nous sommes allés le 23 mai 2026 à sa rencontre, pour qu’il nous parle de son parcours, de son métier de directeur de la photographie, du cinéma africain, ivoirien et burkinabè en particulier, des conditions de sa venue à Cannes et ses projets. Un entretien exclusif et bourrés de témoignages.
Lisez plutôt !
Au regard de tout ce qu’on raconte sur vous et au regard de votre cursus et votre parcours dans le monde l’audiovisuel africain en général et Burkinabè en particulier ; on vous présente comme l’avenir du cinéma africain. La preuve nous sommes au festival de Cannes et vous vous êtes le seul technicien cinéaste africain invité VIP à ce 79è Qu’est ce qui justifie cela ?
Merci pour cette perche que vous me tendez afin de partager mes réflexions sur l’industrie du cinéma africain et notamment sur ce beau pays le Burkina Faso qui m’a donné tout ce que je mérite aujourd’hui. Je suis un pur produit du cinéma burkinabè. Je suis un ancien étudiant de l’Institut Supérieure de l’Image et Son, Studio Ecole (ISIS-SE). Nous avons écrit les belles lettres de cette école. Je me rappelle au FESPACO, nous avons eu le grand prix des meilleures Ecoles Ecole de cinéma lors de notre fin d’études en 2012. A mon avis, c’était déjà un évènement annonciateur de quelque chose. Quand je rentrais à l’ISIS-SE dans le métier de l’image, j’étais déjà sûr que j’allais réussir dans ce département cinématographique.
J’étais prédestiné à réussir dans cette filière, car dans ce métier, on n’atteint jamais la perfection. Il faut travailler deux fois plus dur. C’est ce que je faisais car il n’y a jamais de la perfection dans ce métier d’autant plus qu’il faut régulièrement se remettre à niveau grâce à l’avancée des nouvelles technologies de l’image. Surtout j’avais un père qui ne croyait pas trop à mon choix de carrière, car il était un financier. J’ai dû à la fois le persuader mais aussi le désobéir en l’informant en guise de bénédiction. Par la suite, il m’a donné ses bénédictions et il a été mon mentor et mon guide. Pourtant, il pensait que j’allais faire du droit. A sa grande surprise, je faisais, en même temps le droit à l’Université de Ouagadougou et l’image à ISIS. Pour après finalement rester dans l’image.
Aujourd’hui je vous avoue que j’ai eu la chance d’étudier dans la meilleure école de cinéma d’Afrique avec les plus grands professeurs et enseignants de cinéma du continent et de la planète. Certains venaient de L’Europe, de l’Asie, du Burkina, de l’Amérique etc. Dans ma classe, à l’époque, nous n’étions que deux : Lionnel du groupe OBC le rappeur qui est en Allemagne et moi. J’ai eu l’opportunité de faire un stage de trois mois à Paris sur une série. Le fait de faire un stage en Ouzbékistan, en Hollande, à Paris ou ailleurs certes c’est bon. Mais j’ai tout appris au Burkina Faso grâce à la bonne volonté de mes formateurs et de mes camarades. Ça me permet de voir ce qui se passe dans d’autres pays et surtout le matériel performant que je trouve dans ces pays. Ce stage m’a surtout ouvert des possibilités sur le plan professionnel. Ce stage m’a permis de travailler avec différents réalisateurs burkinabè.
Mon premier long métrage, je l’ai fait avec un réalisateur burkinabè Issiaka KONATE. C’était l’une des références du cinéma burkinabè à l’international. Tout comme mon professeur, le regretté Paul DJIBILA, qui était l’un des pionniers de la photographie en Afrique qui m’avait aussi coopté pour faire partie de l’équipe afin que je fasse son film à sa place. Mon professeur qui me dit de le remplacer et moi qui venait de finir l’école, j’étais à la fois étonné et anxieux ! Quand j’ai accepté, dites-vous bien que dans mon équipe, j’étais le plus jeune et n’avais que les professeurs de l’ISIS dans tous les postes. Il y avait Thierry KAFANDO aussi décédé qui était Chef machinerie, l’un des meilleurs en Afrique, L’électricien Hassan Maiga, une référence qui a bossé avec les grands réalisateurs africains. Il y avait Lassina Sérébié qui était l’ingénieur de son extrêmement bourré de talent et professeur à L’ISIS. Bref j’étais bien encadré et j’avais de la chance malgré le stress qui m’avait envahi au départ. Nous avons passé un beau tournage et le film a été sélectionné officiellement au FESPACO. C’était une grande fierté pour moi. C’est le résultat d’un enchainement d’efforts continus. Je n’ai pas baissé les bras, j’ai plutôt essayé de franchir les obstacles comme un athlète dans une course de haie.
Nous sommes au Festival de Cannes, c’est magnifique. Mon rêve un jour, c’est de me tenir au sommet des marches du tapis rouge avec une équipe de production, un réalisateur, des acteurs et moi ; entendre mon nom dans le micro : « Abdoul Aziz DIALLO, Directeur de la Photographie de ce film qui est en compétition officielle au Festival de Cannes ! ». Je sais qu’on va y arriver !
Pourquoi avez fait uniquement une fixation sur la direction photo au lieu de vous lancer dans la réalisation comme les autres de votre génération ?
C’était une passion juvénile. Quand j’étais tout petit, j’étais un fan d’appareils photos. A chaque fois que mon père se procurait un appareil, j’essayais de le manipuler, de prendre des photos instantanées. Immortaliser une image à travers une photo m’a toujours fasciné depuis ma tendre enfance. Bien que mon père au départ, ne voulait pas que je fasse de la photographie mon métier. Un vrai paradoxe ! Je suis né en Côte-d’Ivoire et mon oncle était caméraman au Palais de la Culture dirigé à l’époque par Sidiki BAKABA. J’accompagnais toujours mon oncle dans les cérémonies de mariage, baptême etc. à chaque fois mon père lui remettait la caméra pour aller filmer. Bizarrement mon père ne s’y connaissait pas dans les manipulations des appareils que lui-même il achetait. Après mes études primaires en RCI, on affecte mon père au Burkina. C’est en classe de première au Faso, lors du choix des filières que j’ai vraiment commencé à balbutier.
Parallèlement, je jouais au basket au Lycée, mais grâce à un ami Alain KABORE, devenu ingénieur du son, il me conseilla d’aller m’inscrire à l’ISIS où il fréquentait. Dès que je me présente à l’école, je n’ai même pas hésité sur ma filière, pendant que les autres de ma génération avaient choisi la réalisation, moi j’avais opté pour l’image.
Après les études, vous auriez choisi d’aller vous installer en République de Côte d’Ivoire. Pourquoi ce choix ?
Dès que j’ai fini l’école, j’ai reçu un coup de fil du réalisateur burkinabè Kolo SANOU. Il m’a confié à Jade Production dirigé par Souleymane OUATTARA, qui était à la recherche d’un cadreur. C’est ainsi que je commence à bosser dans cette structure spécialisée dans la communication pour le développement. Grâce à Jade Production, j’ai beaucoup voyagé dans les pays du continent. J’ai passé deux années riches en enseignements et en expériences surtout avec un matériel modeste, mais il fallait être ingénieux pour présenter des œuvres de qualités et différentes.

Quand je n’avais pas de tournages, je faisais des films avec Boubacar DIALLO, un réalisateur avec qui, j’ai beaucoup travaillé et que j’apprécie beaucoup. Nous avons fait « La Vila Rouge », des séries « Fabiola », « La fugitive » etc. C’est au bout de ma deuxième année, que j’ai commencé à avoir de nombreuses sollicitations et en toute convivialité, j’ai quitté la boite pour aller découvrir autre chose. En partant, je leur ai confié mon assistant Stéphane qui était aussi très dynamique. Certes, j’ai pris des risques de partir car, il n’y avait d’assurance, de projets concrets. Bref, j’avais peur de voltiger. Mais heureusement, j’ai eu l’opportunité de faire un stage de trois mois grâce à Irène TASSEMBEDO, à Paris avec le soutien de l’Ambassade de France. Je reçois une bourse qui me permet d’être logé et défrayé à Paris pendant trois mois de tournage. J’en profite pour tisser un beau réseau et le jour où je termine mon séjour en France ; à l’aéroport à Ouagadougou, mon téléphone sonne. C’est la légende Idrissa OUEDRAOGO qui était au bout au fil.
Le lendemain, il me prose un projet où il souhaite m’inclure. Finalement j’ai pu bosser sur sa dernière série avant qu’il ne nous quitte, qui s’appelle « DJARABI ». Une série qui n’est jamais sortie. Je profite d’ailleurs de votre micro pour lancer un appel. Qui pourrait avoir les rushs de ce film ? J’aimerai bien qu’on sorte cette série pour sa mémoire.
Je ne regardais jamais l’argent pour bosser avec les gens. Je voulais simplement avoir de l’expérience. Après avoir fini la série d’Idrissa, Philippe LACOTE tourne une partie du film « Run » au Burkina sur le pic de Sindou et me fait appel. Il était prévu que je bosse uniquement sur les prises de Sindou, mais, l’équipe a souhaité que je continue avec elle pour la suite en Côte d’Ivoire. Après moults hésitations, je décide de rester car j’avais pris des engagements avec d’autres productions. C’est finalement le producteur Sekou TRAORE qui m’a fait partir en Côte d’Ivoire en qualité de deuxième assistant caméra dans le film de Mamane : « Bienvenu au Gondwana ». Tout se passe dans de magnifiques conditions entre Yamoussoukro et Abidjan. En toute sincérité, j’étais fier de participer à la réalisation de ce film. Chaque tournage, je gagnais une nouvelle conférence. A la sortie de ce projet à Abidjan, j’étais heureux d’avoir bossé dans la convivialité et le partage avec toute l’équipe, sans exception.
Parallèlement, j’économisais de l’argent de mes tournages pour acheter du matériel de cinéma. J’en ai aujourd’hui, les meilleurs qu’on trouve sur l’industrie de l’audiovisuelle. J’ai racheté beaucoup de matériels performants à l’issue de certains tournages. Tout un camion de matériels et des accessoires performants. Plus tard, une réalisatrice du nom de Anna Balo me propose un autre projet au moment où je m’apprêtais à rentrer au Burkina Faso. C’est une belle série policière que j’accepte en lui proposant subtilement mon matériel et mon équipe pour tourner. Nous avons donc fait plusieurs mois de tournage entre Abidjan et Jacqueville, mais malheureusement la série n’a jamais vu le jour.
Ce premier projet personnel à Abidjan a vraiment tout changé ! Beaucoup ont estimé que j’ai apporté un plus cinématographique à Abidjan. Malgré les séries et les films qu’ils faisaient là-bas, ils ont trouvé que j’étais plus axé sur les films d’auteur avec du contenu technique très différent des autres. Au-delà des belles séries comme « Ma Famille », techniquement, ils n’ont pas ce plus cinématographique. Finalement, on me propose plusieurs contrats : « Top Radio » ensuite « Invisibles » avec Alex Ogou…Progressivement, les choses s’enchainent.
Au départ, je vivais à l’hôtel et plus tard, au regard des sollicitations, j’ai opté prendre un appartement. Car j’étais beaucoup sollicité en Côte d’Ivoire malgré ma présence régulière au Burkina Faso pour des projets. Un domicile fixe pour un technicien c’est important. Il a besoin de repos et parfois de travailler chez lui. L’hôtel n’était pas idéal pour moi. C’est après le tournage de « Invisibles » que j’ai décidé de m’installer à Abidjan. Aujourd’hui ; je me retrouve face à vous ici à Cannes.
Sans être prétentieux, peut-on affirmer que vous faites partie de ceux qui ont « professionnalisé » le cinéma ivoirien ?
Je ne pourrais sincèrement pas affirmer. Mais ce que je peux vous certifier, nous sommes tous d’accord ; j’ai beaucoup impacté le milieu de cinéma et de l’audiovisuel en Côte d’Ivoire. « Invisibles » a été la première création originale de CANAL+ et c’était assez révolutionnaire pour un africain. Nous avons fait une symbiose cinéma et audiovisuel qui a eu un succès mondial. La série est venue au Festival de La Rochelle et elle a été la seule série africaine, depuis la création de ce festival à remporter le premier prix de la Meilleure série Francophone devant les séries canadiennes, belges, françaises etc. En somme : je ne suis pas le seul, c’est toute une équipe dynamique qui travaille à booster le niveau technique des productions ivoiriennes.
Votre expérience aussi vous aura permis d’acquérir et de révolutionner la logistique audiovisuelle dans la sous-région…
Je suis un gros égoïste ! J’ai commencé à acquérir du matériel pas pour le louer, mais parce que j’étais frustré de ne pas avoir le matériel qu’il fallait quand je devais faire des images. J’ai commencé à faire des économies et j’ai eu la chance d’avoir un parrain français qui m’a fait confiance en me permettant de prendre du matériel et payer de façon échelonner. Aujourd’hui, j’ai pu constituer un important parc de matériel de dernière génération. C’est ma fierté de voir les techniciens utiliser ce matériel avec dextérité.
Mon expertise m’a permis d’avoir des Kits qui sont complets. Les productions internationales de passage en Côte d’Ivoire louent aujourd’hui mon matériel pour travailler. Malheureusement, je n’ai pas ce côté businessman pour louer le matériel. Il m’est arrivé d’aider des écoles et je continue toujours à les aider quand ils ont des films à réaliser. Je les prête gratuitement le matériel quand je vois qu’ils sont entreprenants. Ensuite plus tard, je me suis dis qu’il faut je m’organise. C’est pour cette raison que je fais aujourd’hui de la coproduction en proposant aux jeunes mon matériel.

Justement, j’ai fait également le constat que vous êtes finalement rentré plus tard dans la production…
Je commencerais à vous parler d’une grande amie qui est membre du jury à cette édition du festival de Cannes qui s’appelle Angèle Diabang. C’est une réalisatrice, scénariste, productrice sénégalaise. Je dirais que par inadvertance, c’est elle qui m’a attiré dans la production. Je ne me voyais pas m’y lancer maintenant. Elle a fait un film intitulé « Une si longue Lettre » qui est l’adaptation du livre de Mariama Bâ. Elle a trimé pendant une douzaine d’années à écrire son scénario et surtout à trouver des coproducteurs sans aucun contrat ni accompagnement. Pratiquement découragée, elle a commencé à baisser les bras au niveau de la postproduction.

C’est donc là où je suis arrivé. Il y avait donc un fonds en République de Côte d’Ivoire appelé le FONSIC (Fonds de Soutien à l’Industrie Cinématographique) qui avait été créé par l’État. Ce fonds soutient la production, la promotion et la formation dans le secteur du 7e art. C’est un peu comme ça que je suis rentré dans la danse. Après moults tentatives avec ses collègues producteurs, notamment Nameïta Touré qui elle aussi avait déposé sa demande pour produire le prochain film « Le Testament » d’Adama Roamba qui sortira bientôt. Ensuite elle est allée voir Luis Marquez qui lui aussi avait déjà déposé à la même structure pour son projet « Les 3 Lascars ».
C’est après la suggestion de Nameïta Touré qui consistait à venir me voir afin que ma structure « Ciné Lumière » puisse coproduire son film. Effectivement quand j’ouvrais ma structure j’avais ouvert une fenêtre sur la production, formation, consultation etc. C’est ainsi que j’entre dans la danse ; on monte et on dépose le dossier. Quelques mois plus tard, nous sommes retenus pour recevoir un financement de 80 000 Euros (quatre-vingt mille) qui correspond à une aide à la post production. Tout a véritable changé !

Personnellement j’étais très soulagé à sa place car elle venait enfin de finir son film. Sachez que quand le film est sorti et je ne vous apprends rien, c’était un succès continental énorme ! C’est comme ça que je suis rentré dans la production avec « Une si longue Lettre » d’Angèle Diabang. A la suite de ce succès, je reçois pleine de demandes de production et coproduction des séries et longs métrages. Sincèrement je ne suis pas intéressé, car je préfère aller avec des personnes que je sens, au feeling avec des projets ambitieux. Je vous le dis à vous : produire les séries, sincèrement, ça ne m’intéresse pas ! Ce sont des tournages vite faits à la « fast food ». Je trouve que le cinéma est beaucoup plus important que ça. Je voudrais faire partie de cette génération qui pose des actes pour impacter l’environnement, l’avenir et le cinéma africain. Dans la production, j’ai commencé à bosser avec une association des jeunes en Côte d’Ivoire I.B.H.M qui a chaque édition, ils montent des projets pour défendre la culture. En 2025, c’était le projet « Patrimonialisation du cinéma ivoirien ». C’est dans les échanges que je leur ai proposé d’être partenaire en apportant toute la logistique pour réaliser des courts métrages pour eux. C’est en février 2026 que nous avons fait l’avant-première des sept films que nous avons tournés dans la ville de Bassam.
Je souhaite que les générations actuelles et à venir apprennent à faire du cinéma. Que l’on arrête de faire des longs métrages pour les faire passer en salle pour vite avoir l’argent. Le cinéma que j’aime n’est pas quelque chose de rentable pour moi en Afrique pour le moment.

Techniciens de cinéma burkinabè que vous êtres dans la chaîne de l’audiovisuelle en Afrique. Vous êtes présents sur presque tous les films en Afrique de l’ouest. Peut-on dire que vous travaillez uniquement pour les autres et non pour le cinéma burkinabè ?
Peu importe les pays où nous sommes, nous avons tous les mêmes manières de travailler. Nous allumons tous les caméras de la même façon. Ce qui diffère, c’est la manière dont nous transférons le message. Tout dépend de notre culture. Montrer une scène d’amour que je dois filmer, ma culture va me pousser à capter les images avec beaucoup de pudeur. Mais un français par exemple pourra filmer la nudité à fond.

L’autre différence aussi se trouve dans la production. Nous sommes dans un continent où avoir de l’argent pour ses projets, c’est très difficile. Moi je tire mon chapeau aux producteurs qui essayent de faire des choses sans relâche. Il y a eu une époque où nous avons tourné beaucoup au Burkina Faso. Nous avons eu une époque où nous avions eu les meilleurs techniciens de toute la sous-région. Aujourd’hui, nous sommes dans une dynamique de brassage, car nous acceptons de venir sur un projet pour former les techniciens de ces pays et plus tard, ce sont eux qui réalisent eux-mêmes leurs projets.
J’ai mal au cœur parce que, pendant un moment, le Burkina a stagné peut-être parce qu’on n’avait pas les moyens de réaliser des projets ambitieux. Personnellement, la façon dont je voyais le cinéma quand j’étais au Burkina, j’avoue que j’étais peut être impatient…c’est pour ça que je me suis exporté en acceptant le premier projet sur Abidjan. Ensuite j’ai tourné au Sénégal et ailleurs. Bref, j’ai vu d’autres manières de travailler et de fonctionner avec des énergies différentes, ce qui m’a permis d’introduire ces canaux-là et les choses avancent bien.

Est-ce que vous ne faites pas plus plaisir aux ivoiriens qu’aux burkinabè ?
Je dirai non ! C’est un débat récurrent et sachez que je suis le trait d’union. Mon père est burkinabè et ma mère est ivoirienne. Quand je suis en Côte d’Ivoire, je suis burkinabè, quand je suis au Burkina, on dit que je suis ivoirien. Ça me fait plaisir car je dis toujours que c’est ce brassage culturel qui m’a permis d’être celui que je suis aujourd’hui. Le fait d’avoir grandit en Côte d’Ivoire, mon ouverture d’esprit c’est certainement là-bas que l’ai prise. Venir ici au Burkina, mon humilité et le respect de son prochain, c’est également là-bas que je l’ai apprise. Donc en somme, ce brassage permet d’avoir Abdoul Aziz DIALLO qu’on connaît aujourd’hui. Je pouvais être un bon technicien, mais si humainement je n’avais pas un bon comportement, personne n’allait solliciter mes services et mes compétences. Par ailleurs, il faut aussi qu’on se dise la vérité !
Je suis un technicien par conséquent, j’ai besoin de travailler sur des projets sans distinction. Si un producteur sollicite mes services et qu’il voit qu’autour de lui, il n’y a personne qui peut faire son affaire, il décide de m’appeler, je vais bien-sûr partir. Je vis de cette passion qui est devenue mon métier principal. J’adore le cinéma, j’adore l’audiovisuel ! Là où je sais que je peux m’exprimer, honnêtement, je fonce ! Chez moi, il n’y a pas de frontière. Je travaille où le besoin se fait sentir quand on a besoin de moi et selon mes préférences. Probablement et très bientôt, je vais tourner sur le projet du maestro Abdoulaye DAO. Personnellement, je suis très content ! Cette fibre patriotique est toujours là et que je ne demande qu’à être exploitée.

Quel est le sentiment qui vous anime en ce moment ici au Festival de Cannes où vous êtes présents pour la première fois en tant qu’invité ?
(Rires…) Quand vous voyez ma mine actuellement, vous pouvez vous-même déduire ma réponse. Cela a dépassé le sentiment de fierté. C’est une reconnaissance ultime pour moi en tant que jeune. Parce qu’on parle du Festival de Cannes ! En tant que technicien, arrivé ici et non en tant que vacancier, mais invité par une grande structure qui est partenaire du Festival de Cannes, ce n’est pas de l’or mais du diamant ! Je me rends compte qu’on m’a choisi parmi les personnalités prestigieuses de ce 79è Festival de Cannes. C’est énorme pour moi !
Je suis en train de faire un Festival de Cannes inimaginable ! Je suis traité comme un VIP et quand je venais, je ne m’attendais pas à un tel accueil ! Je vois des gens faire la queue pour rentrer dans la salle, mais moi, je n’en fais pas. On vient me chercher en véhicule de luxe, j’ai monté plusieurs fois les marches, les photographes se ruent sur moi, je suis invité à des cocktails dans des espaces feutrés, notamment au niveau du « Salon des Ambassadeurs ». Dans la salle, je suis entouré de toutes les sommités du cinéma mondial. Je me retrouve donc ce petit ivoiro-burkinabè, ancien étudiant de l’ISIS avec sa moto circulant dans le froid de décembre de Ouagadougou, en train d’échanger avec les caïds de l’industrie cinématographique mondiale. Je rends simplement grâce à Dieu.

Je suis invité au Festival de Cannes grâce à ANGENIEUX et des rendez-vous à diner fusent de partout tous les soirs. J’ai appelé mon épouse à plusieurs reprises pour dire que : « les gens ici me prennent comme un patron ». Je réalise au final que ; si je suis ici à Cannes arpentant les salons feutrés, c’est grâce à mon travail que je suis arrivé là. Je me suis dit que le fait d’être venu ici à Cannes, ça veut dire qu’il faut que fasse encore plus d’effort. Car je souhaite que mon nom rentre dans les anales de ce festival.
Au sortir donc de ce festival de Cannes, comment comptez-vous capitaliser vos relations ?
J’ai tissé de magnifiques collaborations. Déjà avec ANGENIEUX qui m’a permis de rencontrer le Président Directeur Général. Ça va me permettre de renforcer mes activités au sein de l’association des techniciens de cinéma en Côte d’Ivoire et au Burkina Faso. Il y aura une collaboration qui sera mise en place. Nous n’allons pas se limiter uniquement dans le cadre du festival de Cannes. Je vais organiser avec ma société CINE LUMIERE, des masterclass où nous allons utiliser les dernières générations d’objectifs d’ANGENIEUX afin que nous en Afrique de l’ouest, nous puissions au moins s’en servir.

Parmi vos projets, il y a celui avec la célèbre réalisatrice Azata SORO. De quoi s’agit-il exactement pour terminer ?
J’aime faire des projets qui impactent. C’est à la suite du dernier FESPACO où j’avais eu la chance d’être appelé comme membre du Jury, que j’ai échangé avec Azata SORO. Elle m’a exposé l’idée d’un projet de court métrage. Immédiatement, je me suis intéressé à ce projet et depuis lors, j’ai décidé de produire ce film. Nous sommes en plein développement et pour le moment, je ne souhaite pas donner plus de détails. Mais c’est un projet que nous allons tourner dans des zones sahéliennes, désertiques. Quand je serai sur place, je pourrais mieux appréhender le sujet.
Il y a des projets comme celle d’Azata SORO et d’autres jeunes femmes qui sont tellement pertinents. Moi je souhaite les accompagner dans leur projet, en mettant tous les moyens qui sont à ma portée pour les aider. Car elles ont des vraies histoires à raconter !
Hervé David HONLA























Laisser un retour à ce sujet
Vous devez vous connecter pour publier un commentaire.