Willyame Zida: « L’art est à la fois une expression, une mémoire et une mission »
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Willyame Zida: « L’art est à la fois une expression, une mémoire et une mission »

Formé à la bande dessinée et au cinéma d’animation, l’artiste plasticien burkinabè Willyame Zida, alias Maître Will, forge au fil des années un parcours artistique remarquable. Lauréat du 2ᵉ prix en peinture à la Semaine Nationale de la Culture 2026, il multiplie les projets majeurs, notamment avec l’exposition Traces Vives et sa participation à la Biennale Internationale des Arts Naïfs de Ouagadougou. Ce mercredi 20 mai 2026, votre presse culturelle Oxygène Mag est allée à la rencontre de cet artiste aux multiples inspirations.

Vous êtes né en Côte d’Ivoire et avez grandi avec une passion précoce pour le dessin. Quels souvenirs de votre enfance ont le plus influencé votre parcours artistique ?

Mon enfance en Côte d’Ivoire a profondément nourri mon parcours. Très jeune, j’aimais observer les scènes du quotidien : la vibration des couleurs, la texture des tissus et la vérité des expressions autour de moi. Ce sont ces premiers souvenirs visuels qui ont éveillé mon imagination et développé ma passion pour le dessin. Votre formation en bande dessinée à l’association Fouhala Films, puis en cinéma d’animation à l’Institut Imagine, semble avoir marqué votre univers visuel.

En quoi ces expériences ont-elles façonné votre manière de créer ?

Ces formations ont été cruciales pour structurer ma narration visuelle. Auprès de Fouhala Films et de l’Institut Imagine, j’ai appris l’art de raconter des histoires à travers l’image, de maîtriser le mouvement et de transmettre des émotions brutes. C’est ce sens du récit et de la dynamique que l’on retrouve fortement dans ma manière de composer mes toiles aujourd’hui.

Votre travail mélange aujourd’hui réalisme et surréalisme avec une grande attention aux détails. Que cherchez-vous à transmettre à travers cette fusion artistique ?

Je cherche à créer un pont, un dialogue entre le réel et l’imaginaire. Mes œuvres parlent des émotions humaines, des réalités sociales contemporaines, tout en laissant une totale liberté d’interprétation au public. Le surréalisme me permet d’aller au-delà des apparences.

Vous pratiquez plusieurs disciplines : illustration, portrait, pyrogravure, lithographie ou encore bande dessinée. Quelle place occupe cette polyvalence dans votre identité d’artiste ?

Pour moi, la polyvalence est fondamentale. En tant qu’artiste multidisciplinaire, chaque technique de la lithographie à la bande dessinée devient un nouveau terrain d’exploration et un mode d’expression unique. Cette diversité enrichit mon travail global et agit comme un carburant pour ma créativité.

Après plusieurs distinctions au concours P’Art’Age Bobo, vous avez remporté en 2024 le 1er prix de peinture au GPNAL pendant la SNC. Qu’a représenté cette reconnaissance dans votre carrière ?

Ce premier prix au Grand Prix National des Arts et des Lettres (GPNAL) en 2024 a été une immense reconnaissance. Il est venu récompenser plusieurs années de travail acharné, de recherches graphiques et de persévérance. Cela m’a donné une grande confiance pour la suite.

Justement, grâce à une bourse de la fondation Bade-Wurtemberg, vous avez poursuivi vos études en Allemagne à l’Académie nationale supérieure des beaux-arts de Karlsruhe. Comment cette expérience internationale influence-t-elle votre vision de l’art africain contemporain ?

Découvrir l’environnement de l’Académie de Karlsruhe a considérablement élargi mes horizons. Cette confrontation avec d’autres approches artistiques occidentales ne m’a pas éloigné de mes racines ; au contraire, elle m’a poussé à valoriser encore plus intensément les identités et les patrimoines africains dans mes créations. L’année 2026 s’annonce particulièrement intense pour vous.

Vous venez de décrocher le 2ᵉ prix en peinture à la SNC 2026, vous participez au projet « Traces Vives » avec la Galerie Kanudya (de Bobo à Ouaga), et vous exposez aux ateliers Maaneeré pour la Biennale Internationale des Arts Naïfs de Ouagadougou. Comment vivez-vous cette incroyable dynamique ?

Je la vis avec beaucoup de gratitude et d’énergie ! Le 2ᵉ prix à la SNC 2026 en arts plastiques est une belle confirmation. En parallèle, l’aventure « Traces Vives » a débuté par une résidence de création intense à la Galerie Kanudya de Bobo-Dioulasso pendant la SNC OFF, et l’exposition est désormais déportée à la galerie Kanudya à Tampouy (Ouagadougou). Quant à la Biennale des Arts Naïfs aux ateliers Maaneeré, c’est une vitrine formidable. Tout cela s’enchaîne, mais c’est le fruit d’une recherche constante. Au cœur de cette actualité, il y a une œuvre réalisée en 2025 : Les tisseuses de la patrie (Encre de chine, teinte et acrylique sur toile, 80x80cm).

Pouvez-vous nous parler de l’histoire derrière cette toile et de votre rapport au Faso Danfani ?

Le Faso Danfani est bien plus qu’un simple textile pour moi ; c’est le « pagne tissé de la patrie ». C’est un tissu traditionnel emblématique du Burkina Faso, chargé d’une histoire profonde, symbole de fierté nationale et levier économique. À travers cette œuvre, j’ai voulu célébrer un véritable langage visuel. Ses motifs géométriques et ses couleurs forment un code social transmis de génération en génération. Je voulais rendre hommage à tout le cycle de vie qui entoure ce tissu : de la fileuse qui prépare le coton, aux tisseuses qui lui donnent sa forme, jusqu’à celles qui le diffusent. Ces femmes sont les gardiennes d’un savoir ancestral. En mêlant l’encre de chine et l’acrylique, j’ai voulu montrer comment elles transforment le coton en une mémoire vivante. Chaque fil de cette toile raconte une histoire où s’entremêlent notre héritage, notre dignité et notre avenir.

Quel rêve aimerais-tu réaliser dans ta carrière artistique ?

Mon plus grand rêve, c’est que mon art voyage partout dans le monde, qu’il marque les esprits et qu’on s’en souvienne longtemps. Je veux créer des œuvres qui racontent notre histoire, qui mettent en valeur nos cultures et qui donnent envie aux jeunes de croire en leur propre talent. J’ai aussi envie de faire évoluer mon univers à travers la peinture, l’illustration, les ornements liturgiques et différents projets culturels. Mon but est de participer à de grandes expositions et de collaborer avec des artistes à l’international.

Ton mot de la fin ?

Pour moi, l’art est un moyen d’expression, une mémoire et une véritable mission. Chaque création permet de partager une émotion, une idée ou un morceau de notre identité. Je dis un grand merci à tous ceux qui me soutiennent de près ou de loin. Et si j’ai un message pour les jeunes artistes, c’est celui-ci : croyez en vous, soyez disciplinés et n’arrêtez jamais de créer, même quand c’est difficile. C’est à force de passion, de patience et de travail que les rêves finissent par se réaliser.

Par sa maîtrise technique et sa sensibilité thématique, William Zida s’impose comme une figure incontournable de la jeune garde des arts plastiques au Burkina Faso. En érigeant les traditions comme le Faso Danfani en sujets de réflexion universels, il prouve que l’art contemporain africain tire sa plus grande force de sa mémoire. Un artiste à suivre de très près, entre Karlsruhe et Ouagadougou

N’DOUONMOU Aïda

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