- Qu’est ce qui vous amène régulièrement au Festival de Cannes ?
Faire des déplacements dans évènements majeurs du cinéma international, c’est tellement important pour moi parce qu’on s’inscrit dans une vision de valorisation du patrimoine cinématographique burkinabè en particulier et africain en général. Je suis présent également dans une spirale qui gravite autour du respect des standards internationaux en matière d’industrie cinématographique. Ce sont des grands rendez-vous où il y a des ateliers de formations, des colloques, des masterclass, des rencontres be to be et surtout des séances de partage d’expérience. C’est donc très important pour moi d’être présent sur ces grands rendez-vous internationaux. Cette année par exemple, par anticipation, ma structure « Hors-Série Universal » est sur un nouveau projet que verra le jour dans les prochaines années.
- Venir au Festival de Cannes pour un producteur burkinabè que vous êtes, c’est tout de même dispendieux. Comment vous vous prenez pour être régulièrement présent dans ce grand rendez-vous ?
C’est de la préparation et de la vision. Les festivals se préparent sur une année et on ne se lève pas du jour u lendemain pour y participer. Je suis en coproduction avec des gros projets à l’international et par ricochet il y a donc des partenaires dessus. C’est aussi une forme d’investissement, car tous les partenaires qui sont sur le projet, nous les avons rencontrés dans d’autres évènements. Du coup ils comprennent l’impact d’un tel festival, l’impact de rencontrer des professionnels et il est donc normal de mettre des moyens consistants pour être présent en première ligne. Ouais, Cannes ce n’est pas évident car c’est beaucoup de coûts. Mais quand on fait le ratio par rapport à ce qu’on gagne comme collaborations, contacts et opportunités, ça vaut vraiment le coup. On se donne des moyens pour pouvoir être là pour se donner de la force pour les projets en cours.

- Vous êtes à cheval entre les Etats-Unis, l’Europe et l’Afrique. Est-ce que c’est un avantage ?
La raison est toute simple ; le monde est un village et c’est important pour nous de travailler sur l’international en montrant que l’Afrique possède une culture très forte. Nous avons notre histoire à présenter qui doit aller sur l’échiquier international. Montrer aussi que l’image biaisée qu’ils ont de l’Afrique n’est pas vraie. Nous avons des traditions et le fait d’avoir l’opportunité de travailler sur les trois continents, c’est un avantage. Je suis un ambassadeur possédant une double nationalité qui présente l’Afrique avec ses plus beaux apparats. Tout en sachant que les problèmes que vit l’Afrique, les continents le vivent aussi. Partout il y a des challenges avec des concepts et des mœurs différents. C’est ce mélange qui fait en sorte que nous puissions faire des projets qui vont intéresser toutes les autres communautés.
- L’œuvre « LALA» vous a donné des prix notamment au FESPACO en 2025. Avec beaucoup de recul, qu’est ce que ce film vous a apporté ?
« LALA » c’est une nouvelle carte de visite. Car le dernier film « Djikofè » que j’avais tourné sur le continent il y a douze ans, était en signature avec TV5 Monde pour la diffusion. Revenir avec « LALA », c’était important. Nous avions envie de raconter une histoire avec beaucoup de puissance. Au quotidien, nous vivons avec une certaine difficulté, mais tout le monde ne bascule pas vers la fragilité. Certains acceptent de garder leur dignité malgré la difficulté de la vie, ils gardent espoir. Je vous avoue que ce film a eu un écho favorable, notamment, nous avons été sacrés d’un prix spécial au FESPACO 2025. Nous avons fait une grande première das une salle à Paris qui a refusé du monde. Ce qui était aussi important, est que le film a pu impacter les gens au regard du feedback qui nous revenait. Ça montre que, faire un film d’auteur, c’est un engagement qui impacte notre vie et notre cinéma. Je reviens de la Guadeloupe où le film a été en compétition officielle avec une audience record. Nous nous inscrivons dans ce cinéma d’auteur pour repousser les limites.

- Vous êtes également sur un autre gros projet avec des grands acteurs européens et africains à l’image de la légende du cinéma africain Sidiki BAKABA. De quoi s’agit-il ?
Quand on décide de faire du cinéma, c’est un engagement. Après le projet de « LALA », nous sommes répartis avec ce challenge de faire une œuvre sur le plan international. C’est une grosse production entre les USA, l’Afrique, l’Europe et la Guadeloupe. C’est un projet de cœur car tous ceux qui sont venus sur cette aventure, ils se sont donnés corps et âmes. C’est un projet qui me parle. Le courage, la vulnérabilité, l’espoir et l’abnégation sont les vertus de ce film. C’est un beau casting avec la légende du cinéma africain Sidiki Bakaba. Avec ses 76 ans y compris son expérience, il s’est donné à fond dans son rôle avec la classe, du charisme et de la sagesse. Bref c’est une masterclass ! On s’est rencontré il y a plusieurs années au festival de Cannes, puis ensuite nous avons longuement échangé en ressoudant les liens. Dès que j’ai fini d’écrire le scénario, c’est à Paris qu’on s’est rencontré. Pour un premier rendez-vous de trente minutes, nous avons fait trois heures. Sidiki est une personnalité intemporelle qui qui est aussi considérée comme Denzel Washington en Afrique. La première question qu’il m’a posée : « Omar ; pourquoi c’est maintenant qu’on se rencontre ? ». Il m’a avoué en aparté qu’il a travaillé avec les plus grands réalisateurs au monde, mais avec moi, c’est bonheur car je lui aurais challengé ! A côté de lui, nous avons travaillé avec un grand acteur et un monument du cinéma de la Guadeloupe. Aussi avec des jeunes français qui ont une forte fan base sur les réseaux sociaux. Nous avons aussi bossé avec des célébrités monde des médias européens. L’idée c’est de changer de modèle économique et de diversifier les origines des acteurs et comédiens.

- Quand est-ce que le film verra le jour ?
Nous avons gardé ce projet dans la clause confidentielle car il fallait beaucoup de travail. C’était de longues séances de travail ; notamment de 9h du matin jusqu’au lendemain à 4h. Tout ce que je peux vous dévoiler, la sortie sera pour bientôt. Il y aura une avant-première dans une vingtaine de villes africaines, européennes et américaines. Mais rassurez-vous, vous aurez la primeur de l’info (Rires)…

- Comment voyez-vous l’industrie de la production en Afrique et au Burkina Faso face au marché international ?
La production cinématographique mondiale possède des codes que nous devons absolument connaître et nous y insérer. Il faut apprendre à avancer en produisant avec une vision prospective. Tout partira de la pertinence et de la puissance du projet. Il y a aussi des facteurs techniques qu’il faut prendre en compte. Il faut être très exigeant dans l’écriture, dans le tournage et bien sûr dans la direction artistique. En Afrique, de plus en plus, on voit des jeunes producteurs qui ont une forte vision et qui se préparent. Je suis convaincu que l’impact sera bientôt perceptible. Il faut persévérer et ne pas se relâcher car c’est un travail de longue haleine. Bref c’est une mission qu’il faut accepter avec ses contours. Il faut de l’audace et rêver grand en étant focus et concentrer sur son métier.
Hervé David HONLA




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