Présente pour la énième fois au Festival de Cannes, Eléonore YAMEOGO affirme qu’à cette 79e édition, elle aura passé le meilleur festival de sa carrière. Suivons cette interview réalisée le 21 mai 2026 sur la Croisette, pour savoir les raisons.
- Finalement le cinéma et toi, c’est toute ta vie. Une fois de plus, tu es à nouveau à Cannes. Qu’est ce qui justifie régulièrement ta présence à ce festival ?
(Rires)…je viens au Festival de Cannes parce que, non seulement ça se passe à Cannes et je réside en France. C’est comme quelqu’un qui quitte Bobo-Dioulasso pour aller suivre le FESPACO à Ouagadougou. Mais parfois dans la tête de certaines personnes ; beaucoup pensent que c’est du snobisme. D’aucuns pensent que si l’on va à Cannes, c’est qu’on possède un film dans ce festival. Pourtant, à mon avis, c’est « the place to be ». C’est l’endroit qu’il faut être, surtout quand on a l’occasion de se déplacer. Moi par exemple, j’habite en France, je fais le déplacement parce que je rencontre beaucoup de communautés. Je vois le travail des autres et ça me donne aussi la force de faire des films qui vont voyager dans le monde. A mon avis, on ne fait un film pour sa communauté, on le fait pour qu’il voyage. Ici au Festival de Cannes, les films voyagent et on rencontre les cinéastes du monde entier. Le cinéma que je fais aujourd’hui est porté à l’international. Par conséquent, c’est un important pour moi de rencontrer divers réalisateurs, producteurs et bien sûr les distributeurs. Parce qu’ils manquent beaucoup surtout pour notre cinéma.

- Ce que tu ne dis pas également, c’est que tu es tout de même invitée par une structure de promotion cinématographique….
Je suis invitée par le CNC (Le Centre National de la Cinématographie Française). Je suis dans le catalogue des rencontres de productions francophones. Je suis là avec ma structure de production « HELLO VISION » pour assister à cette rencontre qui s’est passée vendredi 15 mai, où nous avons rencontré des producteurs canadiens, belges, français, luxembourgeois et quelques-uns de l’Afrique francophone.

- Qu’est ce qui est ressorti de ces échanges ?
Le but pour moi ici, c’est de trouver des coproducteurs sur mon projet à venir. Un projet qui a eu le soutien du Fonds Faso Film au Burkina Faso. L’idée c’était de trouver un coproducteur belge, canadien et français. Je peux affirmer que l’objectif est atteint, car je repars ici avec des confirmations verbales en attendant que le contrat soit signé dans les jours à venir. En somme, j’ai au moins trois producteurs qui se sont engagés sur ce projet.
- Quel est justement ce projet ?
C’est une histoire qui se passe à Casablanca, je porte mon regard d’une femme africaine sur l’Afrique d’en face, notamment l’Afrique blanche.

- Quel est le véritable problème que nos producteurs rencontrent lorsqu’ils recherchent une coproduction ?
Il est rare de nos jours de voir au Burkina Faso, nos producteurs qui ne sont pas réalisateurs. La majorité, c’est un métier qui est improvisé. Pourtant ; quand il faut se lancer dans une production à l’échelle internationale, il faut connaître les codes, car tu discutes avec des professionnels qui ont l’habitude de faire des grosses productions. Pour un producteur burkinabè qui discute avec une maison canadienne, française ou belge ; il faut savoir discuter et connaitre le sujet dans le fond et dans la forme. J’ai ma société que j’ai mise en place en tant que réalisatrice. Je fais porter ma structure par des jeunes qui travaillent avec moi. Mais dans les discussions avec les producteurs internationaux, le niveau n’est pas le même. Je pense qu’il y a nécessité de faire former les jeunes y compris les anciens. Nous ne maîtrisons pas vraiment et systématiquement toute la chaine de production. Malheureusement c’est assez courant de mettre sa structure en place, et immédiatement, on devient producteur parce qu’on fait ses propres films. Si l’on ambitionne de faire des films sur le plan local, c’est jouable. Mais si c’est sur le plan international, il faut être connecté et connaître tous les rouages du métier. L’essentiel n’est pas de monter un dossier de financement, mais de savoir où aller chercher de l’argent et comment accompagner un dossier sur le plan artistique. Quand je travaille avec un producteur, au-delà de ses capacités techniques, c’est l’aspect artistique qui m’intéresse. A mon avis, un producteur doit être avant tout un créateur.

- Concrètement quelle est la forme de coproduction que tu recherchais ?
Certes, j’avais reçu un financement louable au Burkina Faso, mais ce n’était pas suffisant pour faire e film. C’est la raison pour laquelle, je suis obligée de rentrer en coproduction avec d’autres structures vivant également en France. Ça devient pour moi légitime de chercher aussi des fonds en France à travers des structures françaises. Comme le projet également se passe au Maroc, il faut aussi que je travaille avec un producteur marocain. Soit il est producteur exécutif : C’est-à-dire que j’ai l’argent et je viens le voir et il organise le tournage. Ou alors il est coproducteur, il monte les dossiers pour aller chercher des financements et avoir des parts sur le film. Je suis en discussion pour les deux options : soit le producteur marocain sera exécutif ou coproducteur.

- Quelles peuvent les pistes à emprunter afin que nos producteurs burkinabè puissent un jour voir leur film retenu au Festival de Cannes ?
Dans le lot des films burkinabè, nous avons des films qui ont leur place à Cannes. Le moment n’est pas encore seulement venu. Il y avait une jeune réalisatrice rwandaise qui a présenté son premier long métrage cette année dans la compétition « Un Certain Regard ». C’est louable et encourageant pour les femmes et l’Afrique. Je me dis que la place est là ! Cannes donne cette possibilité à la diversité et c’est à nous de continuer à travailler et de proposer des sujets qui parlent au monde. Quand on fait un film, il ne faut pas avoir une vision simplement locale. L’esthétique du film est aussi important. Un sujet n’est pas un film, c’est surtout l’esthétique qui fait le succès d’un film. C’est la raison pour laquelle, il y a des films pour la télé et des films pour le cinéma. Si tu fais un film sans savoir s’il est TV ou cinéma, il ne faudra pas venir le proposer ici Cannes. Donc, il faut avoir une approche cinématographique en pensant d’abord l’esthétique du film avant la réalisation.

- Nous sommes à la fin du festival de Cannes. A titre personnel, quel est ton bilan et tes projets ?
Je vous avoue que c’est le meilleur de tous les festivals de Cannes auxquels j’ai participé ! Parce que je n’ai même pas eu le temps de faire une photo. C’est probablement vous qui me feriez la première photo après cette interview. C’est pour dire qu’un producteur délégué s’est positionné sur mon projet et nous avons passé tout le festival à travailler. A rencontrer les chaînes de télé, d’autres producteurs. Il y a une chaîne de coproducteurs sur mon projet et nous avons pu déjà mettre un travail en place. C’est déjà formidable ! C’est le dernier jour, je me sens épuisée mais très heureuse. Je reprends mon vol dans quelques heures sur Paris. Je repars donc très satisfaite et j’ai eu raison de faire ce voyage. Il ne faut pas seulement se limiter dans la tête même quand c’est très cher. Souvent il faut se donner les moyens et mettre la main à la poche pour atteindre ses objectifs. Il faut sortir l’argent pour attirer les producteurs. Après Cannes ; du 6 au 12 juin, je serai dans le jury du festival international au Maroc à Dakhla, vers la frontière de la Mauritanie.
Herve David HONLA



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