Le Prix de la Meilleure Création Sonore fondé par L’ONG La Semaine du Son dans la sélection « Un Certain Regard » sera décerné ici à Cannes le 23 mai prochain. Votre reporter est allé à la rencontre de Christian Hugonnet, Président de l’ONG La Semaine du Son. Il aborde sans langue de bois, l’importance du Son dans l’industrie cinématographique tout en portant n regard sur l’Afrique.
Lisez plutôt.

- Comment est née cette ONG « La Semaine du Son» ?
Nous sommes en ce moment à Cannes et nous sommes en train de travailler sur le prix de la Meilleure Interprétation sonore qui est beaucoup récente que la Semaine du Son. En effet, La Semaine du Son est une ONG qui est née en 2003 qui a pour but d’emmener une sensibilisation du sonore au niveau national et international. Parce que nous sommes dans un environnement où l’on ne fait que regarder le monde. On n’oublie qu’écouter, pourtant ça permet de mieux voir le monde. Nous travaillons sur l’enregistrement et sur tout ce qui touche la production du son. Nous travaillons aussi sur le cinéma parce qu’on sait qu’il y a dans le cinéma, un son qui déclenche l’image mais pas l’inverse ! Donc ce n’est jamais l’image qui amène le son, mais c’est toujours le son qui créé l’image. Comme dans la vie de tous les jours d’ailleurs.

On entend et on pense du regard ce qu’on vient d’entendre. C’est extrêmement très important de bien comprendre cela. Nous avons donc lancé avec Costa-Gavras, Janine Langlois-Glandier, en proposant à Thierry Frémaux en 2027, un prix qui récompense le réalisateur pour une dimension artistique sémantique, narrative apportée par le son. En somme, nous récompensons un réalisateur ou une réalisatrice pour avoir pensé à la qualité sonore. C’est parti en 2017 et c’est inscrit dans le cadre de « Un Certain regard » qui est une sélection officielle. Le premier film qui a été récompensé provient de la réalisatrice tunisienne Kaouther Ben Hania avec son œuvre « La belle à la meute ». Personne ne l’avait remarqué ce film ! Pourtant, le son était vraiment au rendez-vous et plus tard, sa carrière a vraiment été extraordinaire. Elle nous a toujours remercié car c’était sa première récompense.

- Avec la floraison des nouvelles technologies ; quelle peut encore être la place du son dans le cinéma ?
La qualité sonore doit être partout. Dans les ambiances sonores, dans les musiques…nous nous souhaitons que les réalisateurs se mettent à réfléchir au sonore en amont du film. Qu’ils puissent être un peu plus conscients que le film se construit sur le sonore. Autrement dit, il faut choisir des comédiens qui soient en harmonie avec les uns et les autres. Quand ont choisi une voix masculine, il faut choisir une voix féminine et tout ça se complète. Ça créé comme on dirait, une symphonie comme dirait Costa Gavras. C’est ça qui fait en sorte qu’on a envie d’aller voir un film et de regarder les images. Mais personne n’en est vraiment conscient. Nous avons les deux oreilles et on n’arrête pas d’écouter le monde parce que les oreilles n’ont pas de paupières. Donc on ne fait qu’écouter et on ne se rend pas compte que c’est le sonore qui nous porte le regard.

- Comment aviez-vous procédé pour coopter les membres du jury de cette édition ?
Cette année, nous avons un jury assez exceptionnel, parce que j’avais besoin d’avoir une personnalité de la FEMIS. Un jeune réalisateur qui a réalisé trois bons films qui s’appelle Vincent Maël Cardona. Il sait de quoi il parle quand il s’agit du sonore. C’est lui qui est le Président du Jury cette année. Il nous fallait un compositeur et j’ai trouvé Laurent Couson qui est aussi chef d’orchestre et compositeur de Lellouche. Il m’a toute suite dit qu’il s’engage. Il nous fallait aussi trouver une voix connue qui ne s’intéresse pas qu’au cinéma. Barbara Pravi auteure, compositrice et interprète était notre marraine le jour de la Semaine du Son de janvier à l’UNESCO. Il nous fallait aussi un géant du son, c’est pour ça qu’on a demandé à Jean-Luc Peart, ingénieur du son qui est la bonne personne. Ensuite nous avons demandé à Janine Langlois-Glandier, Présidente du Forum Médias Mobiles, ancienne dirigeante de la SFP, FR3, de l’INA et de Pathé de nous rejoindre dans cette équipe. Elle est avec moi depuis le début de cette aventure.

- Pourquoi vous avez décidé de vous focaliser sur la catégorie « Un Certain Regard » ?
Tout simplement parce que « Un Certain Regard » est une sélection de jeunesse. Autrement dit ; ce sont des gens qui sont à leur 1er ou 2è film et du coup, on leur donne les rudiments pour avancer. Moi je crois à l’avenir et je sais que le son c’est l’avenir de l’image. En propulsant cette jeune génération vers le sonore, on aura demain un son à sa juste place. C’était également l’avis de Thierry FREMAUX. En plus c’est une sélection internationale ce qu’on n’a pas d’ailleurs sur la sélection officielle. « Un Certain regard » qui couvre l’Afrique et tous les pays du monde.
- Quelle suite avait été réservé à la lauréate de l’édition précédente ?
L’année dernière nous étions sur le film américain « The Plague » réalisé par Charlie Polinger. Nous l’avions trouvé exceptionnel ! Ce film n’avait pas été du tout reconnu à Cannes et comme par hasard, il a été ovationné à Deauville et il va enfin être diffusé en France. Quand on est d’accord sur un film pour sa force sonore, on est sûr avec ce scénario qui fonctionne que ce film va marcher. Tous les films qu’on a récompensé jusqu’à présent ont fait des tabacs. Ce n’est pas un hasard ! Quand le son est au rendez-vous à travers des musiques bien placées, à travers des ambiances, à travers des pauses suffisantes, à travers des timbres de voix…quand tout ça est bien mis en place, le film fonctionne toujours très bien.

- Quelles sont vos attentes par rapports à ces films qui sont en compétition cette année dans la catégorie « Un Certain Regard» ?
Je souhaite d’abord que le son soit au rendez-vous avec nos critères d’évaluation en tant que membre du jury. Je veux être surtout surpris par les sons de qualité. Je veux être surpris par les ambiances sonores, par une spatialisation du son. J’attends des efforts qui soient faites sur le sonore. Qu’on ne mette pas le son à la fin du film mais plutôt en amont. Que les réalisateurs puissent se dire aujourd’hui « Vous avez pensé à ce film parce que nous avons pensé au sonore avant de l’avoir réalisé ».

- Terminons par une projection sur le futur, notamment avec la jeunesse. Quelle pourra être la place que les jeunes en Afrique donneront au son dans la réalisation de leurs œuvres cinématographiques ?
Les pays d’Afrique ont une avance sur nous les pays européens en ce qui concerne l’approche du sonore. C’est un continent qui possède le sens de la dialectique et la communication est importante en ce moment. L’oralité est importante et il faudrait que les jeunes comprennent que c’est un avantage considérable. Qu’ils commencent à construire leur film à partir de leur culture. Ne pas mettre en place l’image d’abord. Utilisez la culture de ce continent pour avancer sur un contenu intelligent. Surtout que les images viennent après. C’est une demande très importante que je formule. Tous les pays d’Afrique ont cette capacité à le faire. Aujourd’hui, si vous lancez un concours auprès des jeunes, à tous les mecs se ruent sur l’image ! Et après ils vont se poser la question sur ce qu’ils vont mettre comme son. C’est plutôt exactement le contraire qu’il faut faire ! Il faut révolutionner notre paradigme, il faut revoir les choses. Il faut penser son pour aller sur l’image. C’est aussi vrai pour la vie, car les gens devraient s’écouter beaucoup plus aujourd’hui, au regard de leurs différences. Malheureusement au niveau international, les jeunes ne s’écoutent plus, c’est dommage !
Hervé David HONLA



Laisser un retour à ce sujet
Vous devez vous connecter pour publier un commentaire.