SNC Bobo 2026 : Repenser l’accès au Marché de l’Art contemporain africain ‎ ‎
Regards

SNC Bobo 2026 : Repenser l’accès au Marché de l’Art contemporain africain ‎ ‎

Dans le cadre de la Semaine Nationale de la Culture (SNC) 2026 à Bobo-Dioulasso, le Fonds Africain pour la Culture (ACF) a réuni artistes, experts et acteurs culturels autour d’une table ronde consacrée à une question essentielle : comment faciliter l’accès au marché de l’art contemporain africain ? ‎ ‎

Animée ce jeudi 30 avril 2026, la rencontre a rassemblé des figures majeures du monde artistique africain, notamment Suzanne Christelle Ouédraogo/Songa, Abdoulaye Konaté, Sidiki Ki et Barthélémy Toguo. Tous ont partagé leurs expériences et leurs visions autour des défis liés à la structuration, au financement et à la professionnalisation du secteur. ‎ ‎ ‎Au fil des échanges, un constat s’est imposé : l’Afrique regorge de talents. Les artistes créent, innovent, s’imposent progressivement sur la scène internationale. Mais derrière cette vitalité, le marché reste encore peu structuré. ‎ ‎Les opportunités existent, mais elles sont souvent dispersées.

Beaucoup d’artistes évoluent seuls, sans véritable accompagnement. Les galeries sont encore peu nombreuses, les réseaux restent limités, et les débouchés économiques ne sont pas toujours accessibles localement. ‎ ‎ ‎

Suzanne Christelle Ouédraogo/ Songa, Directrice des RIPO (Rencontre Internationales des Peintures de Ouagadougou)

Dans sa communication, Suzanne Christelle Ouédraogo/ Songa, Directrice des RIPO (Rencontre Internationales des Peintures de Ouagadougou) a apporté un éclairage en insistant sur la notion d’écosystème artistique. Pour elle, il ne s’agit pas d’un concept théorique, mais d’une réalité concrète qui influence directement la vie des artistes. ‎ ‎Un écosystème artistique, c’est tout ce qui entoure l’artiste : les galeries, les institutions, les critiques, les collectionneurs, les plateformes de diffusion. Mais surtout, c’est la qualité des relations entre ces acteurs. ‎ ‎Quand ces liens sont solides, les opportunités circulent, les carrières se construisent, et la création s’inscrit dans la durée. À l’inverse, lorsque ces connexions sont faibles, tout devient plus difficile : les artistes restent isolés et peinent à vivre de leur travail. ‎ ‎ ‎ ‎

L’un des messages clés de cette table ronde est clair : structurer l’écosystème est une nécessité stratégique. ‎ ‎Structurer, ce n’est pas enfermer la création, mais lui donner les moyens d’exister durablement. Cela passe par ‎le renforcement des liens entre artistes, galeries et institutions ‎La création de cadres collectifs (réseaux, associations, plateformes) et ‎le développement d’un marché local solide ‎ ‎ ‎L’objectif est de faire en sorte que la valeur créée en Afrique puisse aussi profiter au continent, au lieu de se déplacer uniquement vers l’extérieur. ‎ ‎ ‎Des initiatives montrent déjà que cette structuration est possible. Des villes comme Lagos ont réussi à créer de véritables dynamiques autour de l’art contemporain, avec des événements majeurs et des réseaux actifs. ‎ ‎

Barthélémy Toguo, Artiste plasticien

Au Burkina Faso, les Rencontres Internationales de Peinture de Ouagadougou (RIPO) illustrent aussi cette évolution. Lancées en 2006, elles ont su évoluer malgré les difficultés pour devenir aujourd’hui une véritable plateforme d’échanges, de formation et de visibilité pour les artistes. ‎ ‎Au-delà d’une simple exposition, les RIPO offrent un espace de rencontre, de réflexion et de professionnalisation. Elles participent à construire des ponts entre les artistes et le marché. ‎ ‎

KI SIRIKI, Sculpteur Burkinabè

Créé en 2018 à Bamako, le Fonds Africain pour la Culture se positionne comme un acteur clé de cette transformation. Porté par des artistes eux-mêmes, dont Abdoulaye Konaté, Sidiki Ki et Barthélémy Toguo, il vise à soutenir le développement du secteur culturel africain. ‎ ‎Son ambition est ‎d’accompagner la professionnalisation des artistes ‎et encourager l’investissement privé africain dans la culture. ‎ ‎ ‎À travers ses actions, le Fonds veut contribuer à écrire de nouveaux récits pour le continent et affirmer la place de l’Afrique sur la scène culturelle mondiale. ‎ ‎

Abdoulaye KONATE, Artiste plasticien malien

Cette table ronde aura permis de poser les bases d’une réflexion essentielle : l’avenir de l’art africain ne dépend pas seulement du talent des artistes, mais aussi de l’organisation du système qui les entoure. ‎ ‎À Bobo-Dioulasso, les échanges ont montré une chose : les idées sont là, les initiatives existent, et la volonté est réelle. Il reste maintenant à renforcer les connexions, à structurer les dynamiques et à créer des opportunités durables. ‎ ‎

Car au fond, derrière chaque œuvre, il y a une histoire… mais pour qu’elle voyage et qu’elle vive, il faut tout un écosystème pour la porter. ‎ ‎

N’douonmou Aïda

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