REMA 2025 : L’édition des panels instructifs
Edito Live Tapis Rouge

REMA 2025 : L’édition des panels instructifs

La huitième édition des Rencontres Musicale Africaines (REMA) ont baissé les rideaux le samedi 18 octobre dernier au Palais des Sports de Ouaga 2000 à 5h25mn par le dernier concert de l’artiste burkinabè Reman. Il ressort que cette édition a surtout brillé par la richesse des débats tant au niveau du contenu, des intervenant et de l’affluence.

 

Le site du Palais des Sports

Au regard d’énormes travaux qui sont en cours au niveau du rond-point des Héros nationaux, c’est l’esplanade du Palais des Sports de Ouaga 2000 qui a abrité toutes les activités de cette huitième édition. En dehors de la cérémonie d’ouverture qui a eu lieu dans la salle Canal Olympia Yennenga Ouaga 2000 en présence d’une pléiade de partenaires institutionnels, les artistes et professionnels de la musique ; le reste des activités s’est déroulé au Palais des Sports. Un site immense qui aura permis au comité d’organisation de circonscrire toutes leurs énergies en un seul et même lieu.

Néanmoins, le redéploiement sur cet espace n’aura pas été qu’une balade de santé. Bien au contraire ; le public n’étant pas habitué à invertir ces lieux, s’est déplacé timidement. La logistique également éprouvait des difficultés à s’installer. Electricité, câblages, chapiteaux, rue marchande, animation…tous ces dispositifs se sont mis en place à partir du deuxième jour et même le troisième. Pourtant, selon l’avis de nombreux festivaliers, ce site serait le bastion idéal des REMA.

Présence effective des professionnels

Une Rencontre musicale en Afrique sans la présence ses professionnels serait une gabegie totale. Leur assiduité et surtout leurs interventions dans divers domaines, allant de la création, de l’interprétation à la production, en passant par la diffusion et la promotion étaient, on ne peut plus importantes. Ils sont venus des quatre coins de la planète. Nadège Tubiana par exemple de Trace Africa aura été d’un apport capital dans ces REMA et notamment dans les différents panels et pricipalement sur les « Opportunités et ressources pour favoriser l’innovation dans les industries musicales et culturelles ». L’utilisation par exemple de l’intelligence artificielle pour la création musicale a été largement abordé tout au long des panels et dans les séances d’incubation. Sans oublier le rôle régalien de nos jours des plateformes de streaming qui facilitent l’accès à un vaste catalogue, malheureusement sous-exploités en Afrique francophone. Le Promoteur des REMA, Alif Naaba a présenté brillamment une vaste étude panafricaine faite sur les 10 pays du sahel, en vue de constituer une véritable cartographie de notre l’industrie musicale africaine. C’est à travers le panel portant sur la « Cartographie synthétique de l’innovation et de la créativité dans les pays du Sahel » que de nombreux professionnels présents tels que Didier Awadi du Sénégal, Blick Bassy du Cameroun ou encore le malien Mohamed Doumbia, Directeur Exécutif de l’African Culture Fund (ACF), se sont surtout appuyés, pour susciter les débats et surtout énoncer des propositions tangibles. Notamment la prise de conscience des Hommes d’Etats Africains sur les questions de l’industrialisation de la musique africaine ; « Nos pays n’ont pas encore compris que la musique est un levier de développement… » affirme le Directeur de la Cour du Naaba Alif Naaba. Ce qui a surtout été amplifié par des intervenants comme Mory Koné du MALI et du Directeur des Rédactions d’une chaine burkinabè Youssef Ouédraogo. Ils sont amplement revenus sur le contenu des créations des œuvres de nos artistes. « …Le contenu musical africain est extrêmement diversifié. Il inclut la musique traditionnelle et des genres modernes populaires. Nos jeunes doivent faire l’effort d’inclure sous toutes ses formes, leur identité culturelle dans leurs créations… » a affirmé Youssef Ouédraogo.

La distribution des œuvres musicales africaines a fait l’objet d’une formation particulière au sein de l’espace des REMA le 17 octobre dernier. Nombreux sont ces acteurs culturels qui ont vigoureusement intervenu sur ce volet dispensé par les deux formateurs Jean Yves et Vali Sylla. Il se sont longuement appesantis sur l’utilisation des plateformes digitales et les mécanismes de monétisation, afin de mieux gérer les droits que cela engrange.

2B Francky du Cameroun

Le camerounais 2B Francky, lauréat aux showcases

L’autre grande attraction majeure lors de ces REMA 8 était les Showcases qui se sont déroulés les 16 et 17 octobre dernier. Une dizaine d’artistes africains ont rivalisé de talent sur la scène avec en face un jury. Jury pour la simple raison que cette activité est aussi un concours de musique « Jeune Talent » avec à la clé un Prix de 1000 Dollars offert par l’Ambassade du Brésil au Burkina Faso. C’est le bantou du Cameroun 2B Francky qui aura été impressionnant aux yeux du Jury. Il succède donc au sénégalais Diyane Adams lauréat en 2024. Ce qui n’a pas surtout empêché de saluer les performances héroïques des jeunes artistes burkinabè comme : Kid Boss (Burkina Faso), Zoh Cataleya (R.C.I), Sahel Roots (Mali), Francky FP (Burkina Faso)…

Tanya, impériale sur scène!

Le Burkina s’illustre aux REMA PLAY

Chaque année, l’ultime journée des REMA a toujours été l’attraction majeure. Généralement c’est l’occasion pour tous les mélomanes, les passionnés de la musique vivante, les férus des animations foires des derniers jours et surtout les professionnels de l’industrie du spectacle, de déployer toutes leurs compétences et savoir-faire. Cette année le rendez-vous a été une fois de plus respecté.

Sous la houlette de l’ingénieur de son, le très réputé Oubda Eliézer, le site des REMA s’était transformé en une gigantesque soucoupe musicale. Plus de 5 000 âmes avait assiégé l’espace attendant impatiemment le lancement des hostilités qui a commencé à 21h. Toksa, DJ Neptune, Yo Maps Sindika, Afrotronix, Meta and the Cornerstonnes, Kedjevara, Tanya et Reman sont les artistes qui ont bénéficié de cette grande scène cette année.

L’artiste ivoirien SINDIKA

En ouvrant le bal, l’artiste burkinabè Toksa plaçait déjà le curseur haut, pour ensuite apprécier avec stupéfaction la performance XXL du groupe sénégalais Meta and the Corner Stones. Son compatriote Didier Awadi est bien-sûr monté sur la scène pour rehausser l’éclat du spectacle. D’autres artistes burkinabè ont fait preuve d’efficience et de professionnalisme sur cette scène. Tanya aura été la seule femme des REMA PLAY 2025 a représenté valablement la gent féminine. Une performance irréprochable teintée de fusion et de communion festive avec son public. L’artiste burkinabè le plus en verve du moment, REMAN donc pour qui, la plupart des mélomanes ont fait le déplacement, n’a pas déçu l’auditoire, encore moins l’équipe technique qui l’a accompagné jusqu’au petit matin à 5h. Preuve que la musique burkinabè est aujourd’hui portée par une jeunesse audacieuse très attachée à ses valeurs culturelles endogènes. Du live pur et dure avec une forte dose d’africanité dans une ambiance bon enfant.

Où sont passés les principaux concernés ?

C’est sous le thème « Sahel, nouvel imaginaire créatif » que s’est achevée cette 8èédition des REMA dans un environnement délocalisé. Ce qui a déconnecté les nombreux bénévoles au niveau des  tâche qui les incombaient, mais surtout leur nombre pléthorique n’a pas permis au comité d’organisation de mieux diligenter et suivre leurs actions terrains. Des insuffisances notoires se sont ressentis dans le timing, la disposition de la logistique aux heures convenues. Plusieurs évènements ont commencé aux heures décalées. Certains débats étaient plus moins bien cordonnés par le seul modérateur des panels. Des improvisations et des sujets qui ne sont pas souvent liés directement au thème principal ont entaché la cohérence des interventions.

Le volet sportif notamment le football a été une des innovations qu’il faudrait reconduire

Malheureusement, il faut surtout noter l’absence criarde des « professionnels » burkinabè de l’industrie musicale. Les jeunes artistes et leurs staffs qui évoluent dans l’informel ont brillé par leur absence. Pourtant ces REMA et les modules qui ont été présentés étaient directement liés à leur profession actuelle avec toutes les nouvelles transformations technologiques. Dommage que les artistes jeunes ne soient pas venus. Ce n’est pas parce qu’on ne fait pas partie des artistes programmés aux shows spectacles, qu’on ne doit pas assister aux formations, panels et autres rencontres professionnelles. Surtout qu’il y a toujours des professionnels de la musique africaines célèbres qu’on n’a pas l’occasion de rencontrer et d’échanger malgré de multiples approches non concluantes via les adresses numériques.

Une restriction de l’information aura aussi été un frein dans la diffusion plus large des informations inhérentes aux REMA. La majeure partie des visuels et infos étaient directement et exclusivement réservée sur les pages et site des REMA Officiel, la Cour du Naaba… et même sur les pages du promoteur. Pourtant, leurs adresses ne sont pas aussi suivies par les burkinabè et les acteurs clés de l’industrie. Il serait préférable de partager (vidéo, infos et autres captures nécessaires) sur des plateformes, des influenceurs et des personnes ressources les plus suivies au Burkina Faso. Les partenaires internationaux sont certes accrochés aux adresses des REMA, mais le public burkinabè se réfèrent surtout aux personnalités influentes du monde de la culture et du showbiz burkinabè. Elles devraient aussi avoir la primeur des vidéos avant et post activités des REMA.  Le site des REMA cette année n’a pas été suffisamment animé. Absence totale des DJ locaux sur le site pour mettre de l’ambiance dans la journée. Les animations étaient absentes jusqu’à 22h, qui était l’heure de lancement des scènes ouvertes. Le site des REMA n’a pas été aménagé scrupuleusement des semaines à l’avance, ce qui a surtout retardé beaucoup d’activités et des coupures régulières.

C’est REMAN qui baissé les rideaux des REMA 8

Dans une perspective de matérialisation des échanges fructueux et pragmatiques qui sont régulièrement faites lors des panels, avec des personnalités musicales africaines de référence, il serait souhaitable que les recommandations qui ont été faites, connaissent des suites concrètes. Notamment une rencontre formelle chaque année des professionnelles africains de la musique avec le gouvernement burkinabè. D’abord avec le Ministre de la Communication, de la Culture, des Arts et du Tourisme, ensuite le Premier Ministre et enfin une audience avec le Président du Faso. A l’image de ce qui s’est fait avec les footballeurs, les professionnels du cinéma etc. Le secteur de la musique africaine mérite aussi de telles audience à la fois locales et internationales, pour exposer les doléances, présenter les résultats des études et envisager des solutions idoines.

Car, aucune décision culturelle et surtout musicale sur le plan panafricain, ne pourrait être prise sans le quitus et une volonté politique.

 Hervé David HONLA

 

 

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