Le constat n’est malheureusement pas reluisant. Les festivals internationaux au Burkina Faso sont mieux organisés que ceux de la diaspora à l’international.
Sans généraliser car il y a quelques évènements en Europe qui commencent à sortir du lot. Mais la diaspora burkinabè a de la peine à se faire valoir sur le territoire européen. Conséquence ; certains organisateurs d’évènement se rabattent au Burkina pour chercher des finances. Résultat : Quand ils viennent donc chercher l’argent au Faso, non seulement ce n’est pas suffisant mais il est mal orienté.
Malheureusement, dans une logique d’ingénierie culturelle en France, il y a certains concepts qui sont proscrire dans l’organisation d’un concert. En plein spectacle, on interrompt le concert pour qu’un sponsors monte sur la scène avec deux hôtesses pour parler. Certes c’est normal pour certains, car il a misé son argent. Mais dans une logique d’industrie de spectacle dans le sens propre un terme, la donne est biaisée.
Il est impératif pour des évènements de la diaspora de faire appel à la fois à l’expertise locale en France et celle venue du Burkina Faso. Il y a des techniciens burkinabè qui vivent aujourd’hui en Europe. Il est important de les approcher et par patriotisme, ils pourront comble à certaines défaillances techniques.
En ce qui concerne la recherche des finances, il faut veiller à trouver d’autres niches de financement (Plus loin dans cet article, j’ai développé ma thèse en donnant des exemples). L’argent ne se trouve pas au MCCAT (Ministère de la Communication, de la Culture, des Arts et du Tourisme), mais bien ailleurs. Il est aberrant qu’on organise un évènement de la diaspora en Europe et venir demander des financements au MCCAT au Burkina Faso. Pire même, certains se font inviter à ces activités alors qu’ils ne sont pas du domaine. Ils sont pris en charge (transport, hébergement) par le financement de l’Etat et consciencieusement, certains ne rentrent même plus au Faso. C’est une sorte voilée d’immigration clandestine.

C’est pourtant dans le territoire d’accueil qu’il faudrait chercher des sources de financement. L’association qui organise l’activité par exemple en France, en Allemagne ou ailleurs, est régie sur le droit français. Les financements doivent venir de la mairie et des organes structurelles de ces pays-là. Les communautés comme : Haïti, Madagascar, Roumaine, Vietnam, Sénégal, RDC etc. procèdent de cette façon. Pôle Emploi devenu France Travail (pour le cas de la France), donne des subventions aux associations pour ce genre d’évènement. Il suffit simplement d’en faire partie. Ils accompagnent les demandeurs d’emploi dans leur recherche, ils aident les entreprises et les associations dans la réalisation de leur projet etc.

Un exemple banal : Comment peut-on organiser un évènement dédié à la communauté burkinabè en France. L’organisateur burkinabè repars dans son pays le Burkina Faso pour chercher de l’argent et revenir en France pour l’organiser uniquement avec les Burkinabè ? C’est une ostracisation de l’industrie du spectacle. Avec cette organisation amateure, on stagne et par ricochet, on n’avance pas. On se cantonne dans nos petites foires, petites caravanes, petits évènements, petites kermesses, petits stands…Cela réduit notre champ d’action à l’international et ça devient sectaire et opaque, exclusivement réservé à notre communauté qui est pourtant minoritaire dans le monde.

Comment des évènements burkinabè à l’instar du Festival International AFROBEAT de Jean-Marie ZOPITO peut quitter Ouagadougou et venir en Europe trouver des partenaires financiers, bailleurs et revenir au Faso organiser le festival ? Tandis que ceux qui résident en Europe n’arrivent pas à le faire dans leurs évènements en Europe. Il y a donc une sorte de paraisse et un goût de la facilité quelque part. On ne peut pas être en Europe et ne pas arriver à monter de vrais projets et une véritable industrie du spectacle qui va pouvoir mobiliser les gens en Europe. Les projets de la diaspora ne doivent seulement pas être destiné à une seule communauté. Certes, il faut valoriser la culture burkinabè mais cela n’a pas un véritable d’impact international. Bien au contraire, ça nous limite et réduit dans notre communauté. Car on se retrouve entre nous entrain de valoriser notre propre culture que nous connaissons déjà parfaitement. Normal que plus tard, nous n’arrivons pas à imposer nos artistes sur les scènes internationales. Malheureusement, beaucoup font venir des artistes pour les cantonner dans la communauté Burkinabè. A quel moment nous allons intégrer notre intégration sur le plan international ? Certains arrivent néanmoins à sortir du lot : Je pense au récent concert d’anthologie de SMARTY qui a eu lieu au Casino de Paris. Une idée d’un ivoirien qui a mis à contribution la communauté burkinabè. Le festival OWL Afrofestival à Bielefeld de Malick Koutou, le pétillant ingénieur culturel Will Sanwidi qui monte de grands projets en Europe ou encore le Festival « Les Deux Terres » de Issa Aimé Ouédraogo à Cannes, le festival Benkadi de la jeune Fatou Malia qui n’est pourtant pas destiné à l’industrie du spectacle mais plutôt à caractère humanitaire. Le Festival Faso Dan Fani par exemple devrait être un bon levier de l’industrie du spectacle et de la mode. Cette association ACBF est pourtant aux portes de son succès. Un besoin de réorganisation, de transparence et de leadership européen s’impose.

Les associations de la diaspora sont de droit français pour celles qui sont en France ou dans les pays européens où elles résident. Elles doivent pouvoir lever les fonds français. Pour une structure étatique burkinabè qui reçoit un projet culturel installé en Europe, elle doit être financé en fonction de ce que cette association a pu lever comme fonds dans son pays d’accueil. Mais l’Etat ne doit pas être le seul et le principal bailleur. Bien au contraire, il doit être minoritaire.

L’idéal pour ceux qui organisent les festivals dans la diaspora serait se rassembler toutes les communautés autour de l’évènement. Et non de se recroqueviller sur un festival des noirs dans une ville en France ou ailleurs. Il faut plutôt pouvoir rassembler toutes les communautés avec un plateau artistique homogène. Même si l’objectif est de rassembler les fonds pour aider le Burkina. Il faut tenir compte de toutes les communautés. La mairie dans ce cas, va acter sachant que c’est une association de droit français qui organise un festival international dirigé artistiquement par un professionnel avec des acteurs africains et non africains. C’est ce que j’appelle de l’ingénierie internationale car le premier bénéficiaire sera l’Afrique en général et Burkina Faso en particulier. Savoir promouvoir nos artistes dans des festivals internationaux organisés par les burkinabè au profit du Burkina Faso. C’est ça qu’il s’agit !

Evidement le processus n’est pas aisé car tout part de l’approche, du contact avec les autres et de l’audace. Il faut nouer des contacts avec les responsables des mairies, participer aux autres évènements. Il faut se faire connaître dans d’autres regroupements culturels. Ainsi, les préjugés vont se dénouer. Participer aussi à d’autres grands festivals etc. Malheureusement, il est quasi impossible de voir un professionnel culturel de la diaspora assister à d’autres grands concerts en Europe. Les burkinabè sont presque inexistants dans d’autres évènements culturels.

Il serait préférable d’être attentif et planificateur. Un exemple :
Pour un promoteur évènementiel de la diaspora, il doit accepter les critiques et les suggestions. Faire des bilans et observations après chaque évènement. Les failles qui ont été signalées, l’année prochaine prière de les corriger. A la limite prendre un calepin ; noter les actions à mener, les besoins et les niches de financement, le budget prévisible, les personnes ressources à rencontrer etc. C’est le début d’une véritable ingénierie culturelle. Il faut aussi et surtout être présent dans les évènements culturels des autres gratuits comme payants. Il y a plusieurs évènements professionnels en Europe. Il faut pendre le temps de s’y rendre. Il y a même des petites mairies en Europe qui organisent des mini journées culturelles avec des ingénieurs de son, des régisseurs, (intermittents de spectacle) qui ne sont pas chers. Des jeunes stagiaires y travaillent avec qui vous pouvez nouer des contacts. Ensemble, ils peuvent vous donner des idées etc.
En Gironde par exemple, il existe l’agence L’IDDAC (Institut Départemental de Développement Artistique et Culturel) de la Gironde dont les missions sont entre autres ; l’accès de tous aux pratiques artistiques et culturelles, le soutien à la création et à l’économie de la culture et l’ingénierie culturelle et les ressources territoriales. En payant par exemple 180 euros par an, vous pouvez louer sur programmation, toute une régie complète (Sono, lumière, scène et même les chaises). Il y a beaucoup d’avantages en Europe mais nos compatriotes du domaine ne vont pas fouiner. Il y a des formations, des échanges, des partenariats etc. l’ONDA (L’Office Nationale de Diffusion Artistique de France) est ouvert à tous les acteurs culturels désireux monter et se faire accompagner. Des formations régulièrement s’y déroulent. Ils possèdent même des personnes qui sont disponibles à travailler dans votre projet bénévolement.
La diaspora doit rompre définitivement avec l’amateurisme évènementiel. Faire le distinguo entre l’ingénierie culturelle et les foires et kermesses. Travailler surtout de façon professionnelle et honnête avec une ouverture sur le monde. Car l’ingénierie culturelle n’est pas du social encore moins un fonds de commerce pour arrondir ses fins de mois et saisir cette opportunité pour inviter sa famille à s’installer en Europe.
Hervé David HONLA







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