Pourtant, il pouvait vaquer aisément à ses hautes fonctions de cadre en informatique au siège de la Société Générale à Paris en France. Mais Abdoul Rachid CONGO s’est aussi engagé dans les mouvements associatifs en France pour dynamiser la diaspora burkinabè sur le plan culturel, intellectuel et social. Le Président de l’Union des Associations Burkinabè de France (UABF) a bien voulu répondre aux questions de notre reporter le 10 juin 2025 à Paris au quartier de la Défense. Il délit sa langue sur son engagement, les questions fondamentales de la diaspora et propose des solutions idoines. Entretien exclusif.
Au- delà de votre métier en qualité d’architecte en Informatique, qu’est-ce qui vous donne autant de volonté et d’abnégation à vouloir vous mettre au service de la diaspora burkinabè ?
Je suis engagé depuis une quinzaine d’années dans le milieu associatif et surtout sur des opportunités économiques que nous pouvons glaner çà et là pour nos compatriotes à l’extérieur comme à l’intérieur du pays. Mon engagement tire sa force depuis mon plus jeune âge. Car à un moment de ma vie, j’ai été malade, n’eût été les moyens modestes de ma famille qui s’est occupée afin que je retrouve la santé, je ne serais pas en train de faire cette interview avec vous. A partir de cet instant-là, je me suis dit que le reste de ma vie serait que du bonus ! C’est la raison pour laquelle j’ai décidé de mettre plus de la moitié de mon temps au service des autres. Notamment de ceux-là qui se trouveront dans des difficultés et ne pourront pas avoir cette chance que j’aie eue. Tout comme ceux qui sont à l’étranger qui ne pourront pas retrouver leur boussole et au-delà. C’est pouvoir les amener à s’intégrer socialement et économiquement au sein de la société. C’est l’objet de mon combat et c’est aussi là où je tire cette énergie.
Vous êtes au parfum des activités de cette communauté ici en France. Comment est-ce qu’elle est organisée ?
Essentiellement, notre communauté est pratiquement composée et structurée par des associations. La première vague d’association qui a vu le jour ici était à vocation régionale et ethnique. On a connu cette vague-là qui représente des provinces du Burkina Faso à l’instar des ressortissants du Sanguié, du Passoré, du Boulkiemdé, Le Koulpelogo, la Bourguiba, le Ganzourgou etc. Il y aussi des associations ethniques, telles que les Bissas, les Gourounssi, Les Gourmatché, les mossis etc. Ensuite il y a eu la vague des associations de développement qui est arrivée. Car à un moment donné, on s’est rendu compte qu’on ne contribuait que spécifiquement. Alors qu’on devrait passer à une autre échelle afin de contribuer pour notre pays. Dans les années 2004, nous avons vu le jour de ce type d’associations qui ont été créé par la création de l’Union des Associations Burkinabè de France (UABF). A un moment donné, il y a eu le besoin de créer cette fédération pour mener des actions de manière commune. Cette structure existe depuis une vingtaine d’années dont je le président en exercice. Néanmoins, il y a certains qui n’interviennent pas directement dans les associations mais qui agissent à titre personnel. Soit à travers des mobilisations de solidarité pour le Burkina ou des collectes de don.

Il y a eu à un moment donné ce printemps des associations d’obédiences politiques, ce qui causait beaucoup de remous au sein de la diaspora. Qu’en est-il aujourd’hui ?
Je vais faire une cartographique pour être beaucoup scientifique à votre question : De manière générale, la France est la capitale politique de l’Afrique, notamment les pays qui ont en commun la langue française. Tous les pays qui ont des structures politiques à l’étranger commencent leur implantation en France. Je confirme que les associations étaient politisées notamment le Burkina Faso, mais elles ne sont pas nées grâce aux politiciens. Mais la politique a su s’implanter au sein de plusieurs associations pour les accompagner dans la mise en œuvre de leur feuille de route. Il faut admettre que les associations ne vivent que de leurs cotisations et elles sont dites fragiles. Par conséquent, tout appui financier est toujours le bienvenu. Et aux vues de ça, il y a toujours des associations qui ont été amenées à soutenir certains partis politiques. En leur sein, on voyait aussi des émanations des personnes qui étaient indiquées comme des représentations des partis politiques ou même comme membre à part entière. En tout cas, on retrouvait difficilement dans ses associations des personnes qui n’avaient pas de sensibilité politique. Aujourd’hui avec l’avènement de la Transition et la mise en garage des partis politiques, cela a ouvert beaucoup les yeux aux organisations afin de pouvoir se réinventer. Il ne faut pas compter sur les partis politiques car elles sont changeantes. Aujourd’hui, il y a une prise de conscience sur ce sujet-là et beaucoup de personnes sont vraiment focus sur les besoins des populations premièrement et surtout sur les discours qui peuvent construire ensemble…
…Donc selon vous ; les partis politiques avaient apporté des clivages au sein des associations de la diaspora
Absolument ! Il était même souvent difficile pour notre union de prospérer en toute quiétude car on rencontrait des difficultés avec des associations qui voulaient passer des idées politiques. Pourtant selon la loi 1901 retenue ici, nos associations sont apolitiques et par conséquent, elles ne sont pas censées faire de la politique. Effectivement, il y a eu beaucoup de clivages, mais aujourd’hui, c’est état d’esprit est déjà révolu. Certes il n’y a plus la présence des partis politiques, mais c’est parce que les personnes ont pris conscience que ce sont des épiphénomènes.
Vous avez battu campagne pour être Délégué du Haut Conseil des Burkinabè de l’Etranger (HCBE), puis ensuite patatras ! Vous avez retiré votre candidature. Qu’est ce qui explique cela ?
En tant que Président de l’UABF qui regroupe plus d’une cinquantaine d’associations, lorsque l’information de la création du HCBE est arrivée, j’avais décidé personnellement de porter ma candidature car je trouvais que ce que je faisais n’était pas loin des actions demandées par le gouvernement concernant les Délégués bien qu’au sein de l’UABF. Je fais un ratissage plus large. Lorsque je me suis proposé en tant que Délégué, j’ai constaté qu’il y a eu un fort engouement autour de cette question du HCBE y compris au sein de notre structure. Des responsables des associations souhaitaient aussi se présenter. Un certain nombre de candidatures ont commencé à émerger et je faisais toujours le lien avec la mienne. Tous les candidats venaient tous de l’UABF ; à la suite de cela, je me suis dit : «… moi qui suis censé fédérer des associations, comment est-ce que je peux battre campagne contre mes propres membres ? » Je me suis dit que ce n’est pas très éthique et ça ne répondait pas aux valeurs que je porte depuis mon engagement. Je suis déjà à une position assez significative au sein de la communauté, il faut donc que je lève le pied et laisser aussi ces associations prendre aussi la place dans ce nouvel engagement. Je profite aussi pour vous dire que ma candidature a été suscité par un certain nombre d’associations membres de l’UABF. Mais j’ai préféré rester humble et je suis dit que l’essentiel est que d’autres puissent s’engager. L’essentiel est qu’ensemble, nous puissions travailler en toute intelligence dans une parfaire cohésion.

Vous avez lancé l’année dernière une grande rencontre à Paris à l’endroit des professionnels burkinabè évoluant dans l’entreprenariat. De quoi s’agit-il ?
Cette activité a fait écho à l’endroit où vous réalisez votre interview. Nous sommes au quartier « La Défense » à Paris et c’est ici que l’évènement a eu lieu. C’est le quartier des affaires de Paris et c’est là que je travaille. Je bosse au siège de la Société Général et c’est de là qu’est venue l’idée de ce projet. Je ne fais pas deux semaines sans rencontrer un Burkinabè qui travaille dans un grand groupe et qui est à des niveaux de décision dont on ne peut pas s’imaginer. Ne faisant que les rencontrer, avec un certain nombre d’amis, il fallait qu’on lance quelque chose. Parce que lorsqu’on discute, ils avaient l’impression de nous faire passer comme message ceci : « …qu’on ne faisait que de la Cuture au niveau de la communauté burkinabè en France. Il n’y avait pas véritablement de manifestations à caractère intellectuel ». Ils ont trouvé qu’ils pouvaient aussi contribuer autrement pour la Nation. D’où l’idée de créer le Forum de l’Emploie, de l’Entreprenariat de la Diaspora Burkinabè (FEED) qui signifie aussi par ricochet « Feedback » qui est un retour en arrière, comme pour faire le bilan et surtout checker toutes nos compétences. Nous sommes donc partis de ce constat et nous avons lancé la première édition qui avait pour but de mettre en lumière nos talents cachés dans nos domaines de compétence et partager nos expériences. Surtout aussi mettre en lumière les burkinabè qui ont été formé à l’étranger qui sont rentrés et qui arrivent à s’en sortir dans l’entreprenariat. Afin de donner un exemple à nos étudiants qui se forment en regardant leur modèle et vice-versa. Car aujourd’hui, il y a beaucoup de Burkinabè qui entreprennent par exemple en France mais qui n’arrivent pas à faire le pas. Parce qu’ils ont peur et qu’ils ne connaissent pas. C’était un des pans de ce forum qui a réuni plus de 300 personnes sur deux jours à Paris. Il y a eu des tables rondes, des conférences sur des sujets d’importance capitale, notamment : l’I.A (Intelligence Artificielle), la présentation des banques notamment la bancarisation de la diaspora. Comment peut-on choisir une banque ? Et quelles sont les types de recherches ? Comment investir au Burkina ? etc. Bref il y a eu une panoplie d’activités lors de la première édition du FEED. Nous avons fait la promesse de revenir cette année 2025 pour la deuxième édition avec une thématique qui va être beaucoup plus orientée sur les besoins premiers du Burkina Faso. Lorsqu’on veut entreprendre et qu’on rentre au pays avec une idées qui n’est pas une priorité pour le pays, ça sera vraiment compliqué. C’est pour ça que ce forum a été créé pour édifier les uns et les autres de la diaspora.

Quelles sont vos perspectives sur le plan associatif et professionnel ?
Au niveau l’UABF nous sommes toujours en train d’élargir notre panier de membre associatif parce que depuis le début de l’année 2025, nous avons eu cinq adhésions et nous sommes toujours en train de démarcher d’autres afin qu’elles nous rejoignent. Notre crédo c’est « l’union fait la force ». Plus on sera nombreux, plus on pourra poser des actions plus impactantes. Ce que j’ai dit lors de mon discours de prise de fonction en tant que Président de l’ACBF était que : « Si jamais nous avons des associations qui sont fortes au sein de l’UABF, l’union sera par ricochet forte ! ». Mais si elles ne sont pas fortes, on aura une union qui bande des muscles mais à l’intérieur, c’est une coquille vide. L’objectif c’est de démarcher le plus d’associations possible car nous en avons encore des dizaines qui ne nous ont pas encore rejoint. A moyen termes ; si monsieur Hervé David HONLA vient ici, que je puisse l’accueillir dans la MAISON DES BURKINABE DE FRANCE. Une maison qui sera portée par l’UABF. L’objectif est d’avoir un siège physique qui puisse accueillir toutes les personnes qui viennent pour les associations culturelles, intellectuelles, sociales, économiques etc. A long termes, on souhaiterait que l’union soit reconnue d’utilité publique à la fois en France et au Burkina Faso. De manière personnelle, je suis en train de réfléchir à faire une proposition sur un Fonds d’Appui aux Initiatives des Burkinabè de l’Extérieur (F.A.I.B.E). Parce que nous nous rendons compte que beaucoup de Burkinabè veulent investir au Burkina Faso. Depuis l’avènement de la transition, nous avons même des personnes qui ne sont pas burkinabè, qui demandent à venir investir au Burkina. Ils souhaitent qu’il y ait un canal, un accompagnement. En créant ce fonds, cela permettrait, non seulement aux burkinabè qui sont à l’étranger, de savoir que les plus hautes autorités ont pris des dispositions pour qu’il y ait un canal permettant à celles et ceux qui veulent entreprendre au Faso, de passer par cette plateforme afin d’avoir des facilitations administratives pour pouvoir s’implanter au Burkina. Et par ricochet, ces africains qui ont aimé l’audace du Président actuel du Faso et qui souhaitent l’accompagner dans ses missions de développement. Car jusqu’aujourd’hui, toutes les recherches montrent qu’il y a une fuite des capitaux. On envoie de l’argent mais cet argent n’est pas contrôlé. Pourtant c’est de l’argent qui est destiné d’abord à soutenir nos familles surplace. Mais on a aussi de l’argent qui a été envoyé pour des investissements qui n’ont pas été exécutés, soit qui ont été détournés à d’autres fins. Dans les prochains jours, je souhaite faire des propositions concrètes sur ce F.A.I.B.E. et remettre à qui de droit pour évaluer la pertinence de ce projet.
Un mot de fin ?
Je souhaite pour mon pays le Burkina Faso, le retour de la paix. Je sais que nos plus hautes autorités sont à pied d’œuvre. Je souhaite demander à ces fils et filles en particulier qui ont pris des armes contre leur propre pays de les déposer parce que ça ne sert à rien ! La vague qui vient d’être enclenchée-là, se serait avec vous ou sans vous ! Il n’y aura pas de demi-mesure ! J’invite aussi nos compatriotes burkinabè qui sont partout dans le monde, de ne pas hésiter à appuyer et à soutenir ce qui est en train de se passer au Burkina Faso. Car c’est historique !
Hervé David HONLA




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