L’on se souvient que le gouvernement burkinabè avait récemment annoncé la création du Haut Conseil des Burkinabè de l’Etranger (HCBE), dans le but de maximiser la participation des Burkinabè vivant à l’étranger dans le processus de développement du Burkina Faso. C’est dans ce cadre que votre fidèle journal culturel OXYGENE MAG est allé par le truchement de son repoter présent à Paris le 9 juin 2025, rencontrer Aly Sy TRAORE, Délégué du HCBE. Ce logisticien de profession nous présente son parcours et nous dresse l’état des lieux de cette organisation en France.
Comment vous définissez-vous ?
Je suis logisticien de formation, j’habite en France et j’ai quitté le Burkina Faso à l’âge de 18 ans, en 2009 et après plusieurs années dans le monde associatif, la communauté a bien voulu m’accorder sa confiance en me désignant comme Délégué des Burkinabè au niveau du Haut Conseil des Burkinabè de l’Etranger (HCBE) pour la région Iles de France.
Votre parcours professionnel est impressionnant, affirment certains ici…
(Rires) J’ai commencé par un BTS en Gestion et Maîtrise de l’Eau. Après l’obtention de mon BTS, j’ai changé d’orientation pour m’inscrire à l’école d’ingénieur en Génie Industriel. Je possède un diplôme d’Ingénieur à l’Ecole des Mins de Saint-Etienne. Et de l’autre côté, j’ai choisi de faire une année d’étude supplémentaire pour faire un Master spécialisé en Logistique des entreprises. C’est vraiment ça ma spécialité. Plus tard, Je suis rentré dans le groupe Carrefour en 2017. Pendant trois ans j’ai eu à subir plusieurs stages d’immersion dans l’entreprise étant salarié bien sûr. C’est dans ce cadre-là que j’ai eu à mener des missions de projets, dans le transport de marchandises. Je suis également passé par le service planification et enfin j’ai terminé par la formation terrain où j’ai fait du management. J’ai eu à gérer plusieurs équipes. J’ai été responsable d’exploitation logistique, une tâche très sensible où je m’occupais de plus de 300 personnes dans le Sud de la France. Cela m’a permis d’avoir cette expérience managériale et humaine. Ensuite j’ai eu à occuper un poste de Responsable Méthode Process et Qualité dans un entrepôt de plus de 1000 personnes. A la suite de ça, on m’a confié la direction d’un entrepôt logistique en région parisienne de 21 000 m2 avec 200 personnes comme collaborateurs à gérer. J’ai ensuite géré malgré ma jeunesse, un site de 800 magasins avec 450 personnes d’origines diverse à manager en Ile de France pour un chiffre d’affaires qui avoisinait à l’année ; 400 millions d’Euro (262 milliards FCFA). Récemment j’ai décidé d’aller vers une autre filière qui est le métier de Directeur des Régions franchises, j’aurai bientôt une vingtaine de magasins à manager pour garantir leur chiffre d’affaires au quotidien.
Au regard de toute ses expériences accumulées, pourquoi ne pas rentrer au Burkina afin de développer des initiatives similaires ?
Je n’ai pas attendu ce jour-là pour commencer à partager. C’est pour ça que j’ai toujours été impliqué dans le domaine associatif. C’est de pouvoir aussi partager cette compétence-là. En 2016 avec les jeunes, nous avons créé l’Association des Jeunes Burkinabè de France. Cette association accueille des jeunes pour les accompagner dans les démarches et les aiguiller afin d’avoir des interlocuteurs. Parce quand on arrive nouvellement, on ne sait pas à qui se confier. Tout comme au niveau des étudiants pour pouvoir les aider à choisir les bonnes études. Cette association regroupe aujourd’hui presque 700 burkinabè. C’est une contribution et dans tout mon parcours, j’ai toujours été engagé car j’essaye de donner au maximum. Peut-être que je ne donne pas directement au Burkina, mais à travers les burkinabè qui sont ici, je contribue d’une manière ou d’une autre à les faire grandir et eux aussi en retour m’aident à grandir. Je suis dans le donner et le recevoir. Je ne suis pas loin du Burkina car je porte des investissements au Burkina à titre personnel, mais je suis aussi tout ce qui se fait. Je prépare aussi des projets pour pouvoir rentrer. Mais je n’ai pas envie de rentrer aujourd’hui pour être salarié.

Vous avez été placé à la tête du HCBE en tant que Délégué. Qu’est-ce qui selon vous, justifie ce choix ?
En réalité le Président du HCBE est le Ministre des Affaires Etrangères ensuite il y aura un Président du Conseil de base au niveau de la France, mais ce n’est pas encre décider, on attend les décisions des autorités. La France est pays où il y a beaucoup de burkinabè, il y a donc 8 délégués et je suis l’un des deux délégués qui existent en Ile de France et DOM/TOM. Le rôle du Délégué c’est d’abord le représentant de la communauté vis-à-vis des autorités consulaires et non diplomatiques. Ensuite, nous sommes aussi emmenés à accompagner les burkinabè au quotidien dans leurs difficultés. Enfin, la chose la plus importante, permettre aux burkinabè de pouvoir bâtir vraiment le Burkina. J’ai été désigné Délégué certainement parce que le fait que je sois engagé dans les différentes associations, que je sois présent dans les différentes activités, fait que beaucoup de personnes me connaissent. Au-delà du fait de me connaître, beaucoup de personnes ont suivi mon parcours au sein de la communauté avec beaucoup de bienveillance. À tout moment où le pays a eu besoin de ses fils, j’ai toujours répondu présent. La question fondamentale des ressortissants vivant ici en France, c’est l’acquisition du passeport. Car ce document est la clé du Burkinabè qui vit à l’extérieur, notamment en France. Avec cette situation où les autorités françaises font tout pour rendre la vie dure aux immigrés ! C’est d’ailleurs l’une mes priorités en tant que Délégué. Lors d’une visioconférence avec le Ministre, c’est le point que j’ai porté. Il faudrait qu’on facilite l’obtention et le renouvèlement des passeports aux Burkinabè vivant en France. Notamment que l’on réduise le délai ! Je sais qu’aujourd’hui, le délai d’établissement de passeport étant ici à l’étranger, c’est au minimum quatre mois. Mais il y a malheureusement des gens qui ont attendu le passeport pendant un an. J’ai diagnostiqué les problèmes qui bloquent mais c’est aussi facile à résoudre. Cela demande un peu d’organisation, d’innovation et que l’Etat soit ouvert à la nouveauté. Ce dysfonctionnement, avec un peu de communication on va pouvoir les résoudre. Car il y a plusieurs services qui interviennent dans l’établissement du passeport des burkinabè de l’extérieur. En discutant avec les différents acteurs, nous allons trouver la solution. Le HBCE va se structurer en conseil de base et nous allons nous appuyer sur les personnalités mais aussi les associations pour pouvoir accompagner les burkinabè sur tous les domaines.

Certains évoquent des inimités au sein de la diaspora burkinabè. Qu’est ce qui provoque ça ?
Le premier point de notre programme c’est d’unir les burkinabè car nous savons que l’union fait la force. C’est la condition sine qua non de la réussite de notre communauté. Si on veut une communauté forte qui avance, il faut que nous soyons solidaires. Déjà que nous ne sommes pas nombreux à l’extérieur. Il faut aussi savoir que la communauté burkinabè est complexe comme toute communauté d’ailleurs, nous avons des règles, nous avons des coutumes qui sont dits ou pas dits. Il y a des codes qu’il faut maîtriser et quand ils ne sont pas maîtrisés on peut interpréter les choses de façon belliqueuse. En tant que Délégué, j’appelle tous les burkinabè à vraiment aller au-delà. Je sais que nous tenons beaucoup à notre culture. Nous sommes des gens fières. Nous respectons ce qui a été transmis par nos ancêtres, mais de grâce, j’en appelle à tout burkinabè de faire appel à son sens de l’amour de son prochain. Nous devons nous soutenir coûte que coûte ! Les problèmes interpersonnels ne doivent interférer dans les projets qui vont tous nous faire grandir. Nous sommes à l’heure où, le Faso a besoin de tous ses fils et ses fils ne pourrons pas grandir si on ne travaille pas ensemble. Même entre nous les jeunes de ma génération, il y a de la concurrence. Mais c’est de la concurrence que naît aussi des grandes idées. Si le Burkina veut devenir grand, on a besoin de compétition. Mais de compétition saine. C’est mon appel !
Quelles actions que vous menez pour accompagner les évènements culturels de la diaspora ?
A vrai dire, depuis les élections, les Délégués n’avaient pas encore été officialisés. Parce qu’après les élections, les résultats doivent être validés par le Président du HBCE en la personne du Ministre de Affaires Etrangères. Nous avons eu une lettre en date du 2 juin 2025 qui valide notre élection. Donc techniquement, c’est à partir du 2 juin que notre mandat commence. Avant ça, nous avons commencé à nous mettre au travail. Tous les Délégués je les voit et je le remarque ; ont commencé à accompagner leurs associations et ls personnes à travers deux choses : Premièrement : il y a certains qui se sont impliqués dans l’organisation de leurs évènements à travers les aide en tant que bénévole, mobilisation des ressources ou pour mettre en activité les réseaux etc. Secundo : Tous les délégués portent la communication pour tous les évènements. Les Délégués vont être présentés bientôt à la communauté. J’en appelle à la communauté de les accueillir et de les positionner au rang qu’ils méritent. Le rang que la communauté donnera aux délégués déterminera notre capacité à les accompagner. Cela va assoir notre crédibilité auprès de nos autorités et cela va nous permettre de pouvoir agir efficacement.

Vous avez été donc élu, quelles sont vos prérogatives ?
La première des choses c’est de travailler à l’union de la communauté. On ne peut pas unir les gens sans tenir compte de ce slogan : « On ne peut que mobiliser les gens que sur la base de leurs intérêts ». Je vais pousser le HBCE et le conseil de base à considérer les intérêts de chaque individualité. La deuxième étape, c’est de défendre les droits des Burkinabè ici en France et aussi vis à vis du pays. Il faut que nous soyons pris en compte dans les décisions au pays. Il faut qu’il y ait des quotas sur certains aspects afin que ça facilite l’intégration de la diaspora au pays. Je milite aussi pour que nous travaillons à faciliter l’obtention des titres de séjour. Parce qu’il y a des grandes problématiques ici en France pour les étrangers d’obtenir les titres de séjour. Les délais sont longs, il y a des traceries administratives et en plus de ça, il n’y a même d’indulgence de la part des autorités préfectorales. Pour ceux qui sont en marge du droit ou venus de façon irrégulièrement, nous allons mettre des stratagèmes pour les aider à trouver des solutions pour s’intégrer.

Ce ne sont pas des criminels, ce sont des gens qui ont envie de bâtir un avenir qui ont aussi des familles à nourrir et qui sont très courageux. Pour en connaître certains, je peux vous dire, ils vivent des périodes très complexes de cette situation-là. C’est à nous de les tendre la main. La troisième chose, c’est de mobiliser l’aspect économique et professionnel. C’est de s’organiser afin que les burkinabè puissent rentrer au Burkina et mettre à disposition leurs compétences. A défaut de rentrer, qu’ils pissent retourner de façon périodique dans un cadre structuré avec les autorités compétentes pour qu’ils puissent à dispositions leurs connaissances à des services ciblés durant une certaines périodes ou des projets à courts et à long terme. Je termine par la plus importante car on a besoin des trois autres pour que cette dernière puisse se réaliser : c’est faire rayonner le Burkina à travers l’excellence et la culture. Ce sont ces deux piliers qui vont nous permettre à nous diaspora, de jouer notre partition pour notre pays. Enfin soutenir la Culture, car c’est le meilleur outil pour le Burkina de se faire connaître à l’extérieur à moindre coût. Si nous valorisons notre culture et toutes les initiatives culturelles qui visent à faire briller le Burkina Faso à l’extérieur, ça va permettre au pays, d’attirer des investissements et d’attirer le respect.

Quel serait votre message de fin à l’endroit de notre pays, le Burkina Faso ?
La situation actuelle au Burkina Faso peine tout burkinabè. Nous sommes tous touchés. Personnellement je m’incline sur la mémoire des personnes qui ont perdu la vie dans les situations d’insécurité et de terrorisme qui se déroule au Burkina. Également, j’ai une pensée pieuse pour eux mais aussi je rends hommage aux blessés et les souhaite prompt rétablissement. Enfin, comme tous les burkinabè de la diaspora, pour certains en tout cas ; j’apporte mon soutien inconditionnel à nos FDS/VDP qui en train de se battre pour nous permettre de préserver l’existence de notre Patrie. Tout Burkinabè qui est à l’extérieur comprends ça, et est d’accord avec ça ! Je soutiens mon pays et les dirigeants de mon pays ! Ce qu’ils sont en train de faire, je les remercie et je les félicite pour le travail qu’ils sont en train de faire. Au nom de toute le communauté Burkinabè de France, je les apporte notre soutien. Ils sont en train de conduire une œuvre humaine, il y a des choses qui vont atteindre des résultats positifs, il y a des choses qui seront des échecs, mais les enjoints à apprendre de ses échecs pour que nous soyons plus forts. Parce que l’ennemi veut exploiter les échecs pour nous mettre à terre. Alors que nous nous devons exploiter ces échecs pour apprendre et être plus fort. Nous voulons simplement nous faire respecter et nous renvoyer vers notre dignité. Le fonds de soutien patriotique, il faut qu’on y contribue également pour d’autres actions.
Hervé David HONLA




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