De son vrai nom François YAMEOGO Premier, ce sexagénaire ne passe pas inaperçue dans les rues de Koudougou son village natal au Burkina Faso. Installé en France en 1969, il décide de rentrer chez lui au Faso en 2018 pour s’installer définitivement et créer une grande fabrique de textile. Initiateur de plusieurs projets dont l’ACBF (Association des Créateurs Burkinabè de France), il est aujourd’hui Président d’honneur. OXYGENE MAG est allé à sa rencontre ici à Paris dans son fiel sis à Buzenval où il est de passage à la faveur de la 9è édition du Faso Dan Fani qui s’est tenue le 7 juin 2025 à Paris. Entretien exclusif.
Comment est née l’ACBF entendue par l’Association des Créateurs Burkinabè de France ?
L’ACBF est née en 2011 dans le train lors de ma présence à Bordeaux où j’étais invité avec la styliste Ymar Mode et Georges De Baziri pour un défilé de mode. Nous avons finalement décidé de créer une association où j’avais été élue comme premier Président. Plus tard je suis allé faire le dépôt légal du label Miss Burkina. Trente cinq ans plus tard, je suis rentré à Ouagadougou pour installer mon projet qui, j’avoue m’a beaucoup absorbé. C’est ainsi que successivement, la présidence de l’ACBF est passée de Georges et ensuite à Ymar. De loin, je les accompagne et compte tenu du fait que je suis aujourd’hui bien structuré au Burkina Faso, ils m’ont fait appel afin qu’on redynamise l’association. D’où ma présente à cette 9è édition.
Parlons de l’aspect technique de la mode Burkinabè. Selon vous, les burkinabè peuvent-ils être satisfait de l’industrialisation du Faso Dan Fani de nos jours ?

Je suis satisfait parce que les autorités ont pris les choses à bras le corps. Elles ont fixé les textes qui les obligent à les porter, les écoles portent aussi des tenues issues de notre tissu, l’administration également, Tout le monde doit porter le Faso dan Fani pendant les évènements ; bref je suis très content et ça booste l’économie. Il y a aussi les mesures qui sont prises pour l’interdiction du fil importé. Il y a des formations qui sont dispensées pour accompagner à avoir de la qualité. J’avoue que mon appel a été entendu et une grande partie de combat est gagnée. Aujourd’hui si on parle d’industrialisation j’en suis fier. Le Ministre du Commerce, le Premier Ministre ainsi que le Président du Faso sont à fond dans ce processus, donc tout bouge dans notre secteur. Le second problème est qu’il faut qu’on puisse ouvrir des marchés à l’international.

Quand vous parlez de marché à l’International, comment pourrait-on procédé ?
Mon passage ici en France et surtout pour l’évènement la Nuit du Faso dan Fani, c’est aussi pour réfléchir sur tout cela. L’objectif est de s’appesantir sur les voies et moyens pour distribuer le Faso Dan Fani dans d’autres communautés. Ce n’est pas quelqu’un d’autres qui viendra le distribuer et le développer pour nous, hein ! Certes nous vivons au Burkina Faso, mais il faut que nous fassions du lobbying auprès des partenaires financiers et techniques qui vivent à l’extérieur. Il faudrait avoir également des jeunes et dynamiques patriotes qui vont prendre ce produit, communiquer, le travailler davantage et le vendre à l’extérieur. Nous ne sommes que des créateurs, mais il faut créer une chaîne d’investissement qui commence ; de la création à la commercialisation en passant par la promotion et la distribution. L’industrialisation ce n’est pas de mettre les habits ou des tenues dans les valises et venir ici en France pour les vendre. L’industrialisation c’est la production de la masse avec une référence sur la qualité et la quantité.

Cette quantité demande d’avoir des techniciens, des gens qui sont voués dans les affaires. Ils peuvent être des burkinabè ou des professionnels d’ailleurs. Le plus important c’est de distribuer nos produits selon les standards internationaux. C’est un travail de réseautage qui demande une réflexion et une organisation approfondie. Il faudrait que nous capitalisions nos forces, et persuader nos compatriotes qui ont fait de grandes études de commerce en Europe aux USA et ailleurs à s’intéresser à notre industrie du commerce, car c’est un grand marché porteur. C’est la même organisation aussi bien dans la musique, la mode, le sport, l’art plastique et autres… Par exemple dans la musique, nous n’avons pas des professionnels qui peuvent vendre notre musique à l’extérieur. Nos artistes sont obligés de jouer ans les communautés et les petites salles non homologuées. Il faut constituer un lobbying puissant pour vendre et distribuer nos œuvres. Pourtant, dans les autres communautés, ils en possèdent..

Il y a aussi l’épineux problème des finances, l’accompagnement des partenaires et des pouvoirs publics. Même la « Nuit du Faso Dan Fani » après neuf ans, peine souvent dans son organisation faute de moyens. Quelle pourrait être la solution selon vous ?
Vous savez Monsieur Hervé David HONLA ; l’Etat c’est plutôt l’accompagnement. Les finances en tant que tel, ne relève pas de leur ressort Quand on parle de lobbying, le travail nous incombe, c’est à nous de créer cet état d’esprit. Avant tout, c’est du business ! Ce n’est pas l’Etat qui va venir injecter de l’argent dans notre propre business. C’est d’abord une question de prise de conscience des acteurs et des hommes d’affaires. Il y a des hommes d’affaires qui ont de l’argent au Burkina Faso ! Mails ils ne s’investissent pas dans tout ce qui est Culture, production et distribution du textile, c’est dommage ! Ils préfèrent faire de l’import-export. Ils préfèrent du négoce etc. L’Etat par exemple peut les encourager à investir dans notre domaine en les allégeant dans la fiscalité à condition qu’ils investissent dans la Culture et l’industrie de la mode.
Hervé David HONLA



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