Martinien OUEDRAOGO (Promoteur culturel de la diaspora) : « Le burkinabè d’aujourd’hui doit être audacieux !»
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Martinien OUEDRAOGO (Promoteur culturel de la diaspora) : « Le burkinabè d’aujourd’hui doit être audacieux !»

Il est très sollicité dans la Jet7 parisienne et européenne pour son savoir-faire. Ce footballeur burkinabè reconvertit en promoteur d’évènement et influenceur, ne passe pas inaperçu dans le milieu de la diaspora. Martinien OUEDRAOGO est l’artisan de plusieurs spectacles burkinabè qui font « Sold out » en Europe. OXYGENE MAG est allé à sa rencontre le 6 juin 2025, afin qu’il nous livre son secret. Il aborde sans faux fuyant les aspects qui entravent l’éclosion du showbiz burkinabè à l’international.

Entretien exclusif !

 

 Depuis que je suis à Paris, on parle beaucoup de vous. Qu’est ce qui justifie ça ?

(Rires)…C’est aujourd’hui que je sais qu’on parle de moi. C’est vrai que depuis deux ans, je fais des émissions live sur Tik Tok à travers ma rubrique « JOUR-J » où je réalise beaucoup d’interviews avec les artistes burkinabè, les mécènes, les célébrités sportives. Je pense que c’est à travers cette plateforme où j’ai beaucoup de followers, que les gens me connaissent. Je ne crois pas que je suis supérieur aux autres. C’est plutôt sur les réseaux sociaux que les gens m’apprécient beaucoup par rapport à mes prises de paroles et de positions. Mes différentes manières d’aborder les sujets avec mes invités sur mon panel suscitent beaucoup de réactions.

Parlez-nous brièvement de votre parcours, du Burkina Faso en France

A la base j’étais footballeur ! J’ai joué en première division au Burkina Faso à l’USO, entre 2010-2013. Après mon bac, j’ai joué aux Etalons locaux puis plus tard en 2015, je suis venu en Europe…

…Pourquoi le choix de vous lancer dans l’évènementiel culturel ? Vous pouviez bien poursuivre dans le sport en tant qu’entraineur, agent de joueur etc.

Le problème est qu’on ne peut pas aimer le sport sans aimer la musique. Ce n’est pas possible !  Ces deux métiers vont ensemble. Je m’explique : Quand tu fais le sport, il te faut la musique pour décompresser avant les matchs. Tout bon sportif est amoureux de musique. J’ai toujours aimé la musique, j’ai toujours aimé le showbiz, Même pendant les nuits culturelles au Burkina Faso, j’animais, j’étais maître de cérémonie etc. Cette fibre et cette passion sont restées en moi. Quand on jouait les matchs et on gagnait, j’étais l’animateur, c’est moi qui mettais de la joie dans les vestiaires jusqu’ici en France. J’ai joué en 4è Division ici, Je donnais toujours le ton, je mettais de l’ambiance…je crois que c’est une casquette qui m’a suivi tout petit. Aujourd’hui si ça me rattrape, je ne peux que dire Dieu merci ! Car c’est ma passion et j’aime aussi ce domaine.

En compagnie de Greg et le Chargé d’Affaires de l’Ambassade de France à Paris

 Quand est-ce que le déclic de vous lancer pieds et mains liées dans le showbiz est survenu ?

Lorsque j’ai observé le showbiz dans la diaspora, je me suis dis qu’on peut faire mieux.  Car nous avons de la matière grise, nous avons de la logistique et nous avons tout ce qu’il faut pour faire avancer les choses. Mais en tant burkinabè y compris moi le premier, nous nous sommes toujours contentés du peu. C’est quelque chose qui est dans notre ADN. Lorsque je vois les autres pays qui n’ont peut-être pas notre savoir-faire, mais qui possèdent cette confiance en eux, je me suis dis qu’il faut que j’aie de l’audace. C’est quelque d’indéniable, le burkinabè doit être aujourd’hui quelqu’un d’audacieux. Si j’ai essayé de me lancer dans ce milieu-là, c’est parce que je peux apporter ma petite pierre, si petite soit-elle, je me dis que ça peut faire bouger les lignes. Mais le déclic est venu du simple fait que, j’estime qu’on peut faire mieux.

Quel a été l’évènement que vous avez organisé qui vous davantage conforté dans votre projet culturel ?

Quand j’étais encore étudiant en Belgique, on avait organisé « La Nuit de l’Etudiant du stagiaire burkinabè » en 2017 où j’étais le vice-président. J’étais le premier à faire venir Yoni ici en Europe à Bruxelles. C’était positif et c’est de là qu’est partie tous les projets. Plus tard, certes je n’étais impliqué dans l’organisation, on a fait venir Smarty en 2018 et en 2023, je m’étais retiré momentanément pour revenir quelques mois. Un peu plus tard grâce au collectif d’amis à Bruxelles, nous avons décidé de faire venir Floby « Le Baba ». Ça été un immense succès !  Pour moi ; c’est de là qu’est venu le déclic !

 » J’ai fait Moussa Petit Sergent, « Sol out », jamais un humoriste burkinabè ne s’était produit de la sorte à Paris « 

Quels sont les évènements majeurs que vous avez organisé ici en Europe ?

Je voudrais avant tout propos dire merci à la grande sœur Augusta Palenfo, car pendant qu’elle faisait sa projection « Madame l’Ambassadrice », elle m’a contacté afin qu’on organise sa projection aux côtés d’un camerounais. En m’impliquant dans l’organisation, nous avions fait « Sold out » au cinéma Saint-André des Arts à Paris en 2024. Les gens sont venus massivement et nous avions été obligé de dire aux gens de repartir car il n’y avait plus de places. Plus tard, avec Moussa Petit Sergent qui est un ami à moi ; Je lui ai proposé de faire son premier spectacle en Europe. Après plusieurs propositions de dates, nous sommes tombés d’accord sur le 15 février 2025 au Théâtre LE REPUBLIQUE. Lorsque j’ai fait Moussa, « Sol out », jamais un humoriste burkinabè ne s’était produit de la sorte à Paris avec une telle affluence ! C’était un succès historique ! c’est vrai que nous avons des humoristes talentueuses comme Roukiata Ouédraogo qui remplissent les scènes ici. Mais ce n’est pas bio ! C’est-à-dire un humoriste burkinabè qui vient tout droit du bled jouer et qui repart. C’était une grande première de le faire. Je me suis donc dit : chaque trimestre, il faut que je réalise une activité évènementielle pour faire bouger les lignes dans notre diaspora à travers le label « JOUR-J ». Ensuite le 19 avril dernier, j’ai fait Greg/Reman à Paris avec comme parrains ; Edmond Tapsoba et Hugues Zango. C’était un franc succès ! Pendant que j’étais en train de cogiter sur un autre évènement, mon téléphone sonna ; c’était le grand frère Smarty ! La structure Boss+ organisatrice de son concert a dit à Smarty de me contacter, car elle ne peut pas préparer depuis un an son concert au Casino de Paris, sans me faire appel dans l’organisation. Dieu merci le résultat est sans appel ! Nous avons fait notre premier Casino de Paris dans un succès de ouf !

« Le concert Greg/Reman a été un franc succès »

Organiser de tels évènements chaque trimestre ; Où trouvez-vous les financements ?

Quand on organisait le concert de Greg/Reman, mon cousin a fait un post qui a reçu beaucoup de partages. Il avait mis ma photo et a écrit ceci : « …Mon cousin cotise 5 euros, 5 euros…et il fait venir les artistes rien que pour la culture burkinabè ». Tout ce que j’ai fais jusqu’à présent, est venu de ma poche. Certes sur le concert Greg/Reman, j’ai bénéficié de quelques soutiens des partenaires qui ont cru en moi et j’en profite pour leur dire merci. Mais la majorité des évènements « JOUR-J » ont été réalisés sur fonds propre. On ne peut que rentabiliser qu’à travers les entrées. Nous n’avons pas de mécènes, nous n’avons pas de structures d’appui, malgré qu’on dépose régulièrement des lettres et demandes de partenariat, mais sans réponses. De ma petite expérience ; avant d’organiser la moindre activité, il faut compter sur soi-même avant d’espérer compter sur les autres.

« Il ne faut inviter les artistes en Europe pour dormir dans vos canapés au salon »

Comment organise-t-on un spectacle professionnel ici en France ?

La méthode fondamentale, c’est la communication, la billetterie en ligne…les paiements à la carte etc. Ce sont des outils que nous devons aussi adopter chez nous car cela évite beaucoup de lourdeur, la fraude et surtout ça renforce la transparence. Le choix des artistes est important et surtout respecter leur statut d’artiste professionnel. Ne pas les inviter en Europe ou aux USA pour dormir dans les canapés des amis ou dans les appartements des copains. Ils doivent avoir des contrats en bonne et due forme, logés dans les appartements huppés ou des hôtels et être véhiculés à tout moment. Pour moi, tant qu’un promoteur arrive à regarder un artiste droit dans les yeux, il a réussi ! En ce qui me concerne, après les spectacles que j’organise, les artistes et moi devenons des amis parce que les contrats ont été bien exécutés.

Qu’est ce que vous entendez par « Tournée internationale » ou « Jouer à l’international » ?

Jusqu’à présent : les artistes que j’ai invité dans mes projets de spectacle ici, ce n’est pas l’international. Je suis simplement un gars de la diaspora qui invite un artiste de chez moi, à jouer en Europe. C’est tout ! Ce n’est pas ça, « jouer à l’international ». Pour moi « jouer à l’international » c’est un artiste qui est invité dans les festivals internationaux ou des concerts internationaux dans des salles internationales jouant en live. Au Burkina, nous n’avons pas beaucoup qui peuvent véritablement tenir en haleine en live, un public en Europe pendant 1h30 ou 2h sur une scène professionnelle. Nous avons plutôt beaucoup d’artistes invités par la diaspora. Pourtant, un artiste qui est invité par la diaspora ne peut pas être international. Parce que la diaspora est d’abord nationale avant tout, peu importe le pays de résidence. Ce n’est pas parce que tu voyages que tu es un international. Ce n’est pas parce que tes frères t’invitent à chanter avec eux, que tu es un artiste international. Je citerai : « Les victoires de la musique », « Couleur Café », « Toulouse en Fête », « Le Marché de Noel de Salzbourg », « La Nuit des Africains à Bruxelles » etc. Tout ça ce sont des festivals internationaux. Si un artiste arrive à participer, c’est qu’il est un artiste international. Mais si c’est Martinien Ouédraogo qui t’invite, tu n’es pas un artiste international. Tu es un artiste qui plaît à notre diaspora.

 » Ce n’est pas parce que tu voyages que tu es un international. « 

Quels sont vos rapports avec les acteurs culturels au Burkina Faso et en Europe ?

Franchement j’ai de très bons rapports avec tous ceux qui nous ont devancé. D’abord, parce que c’est le respect qui prime. Respect parce que ce qu’ils ont fait, c’est quelque chose d’énorme. Ils nous ont ouvert la voie. J’ai croisé par exemple Commandant Papus Ismaël Zongo, on a discuté, il m’a même invité à l’émission « LE GRAND CAFE ». Je rencontre d’autres personne à l’occurrence ; Belem Junior… vous-même que j’apprécie et je suivais depuis, ainsi que pleins d’autres acteurs culturels burkinabè. C’est un partage d’expériences et à travers ces burkinabè, j’ai pu avoir certains avantages ici. Par exemple sur le concert de Suspect95, j’étais le seul influenceur burkinabè qu’on a contacté pour travailler dans ce projet.  Sur Goulam à la Cigale à Paris également, j’étais aussi le seul burkinabè qu’on avait contacté. Tout ça c’est par le truchement des gens au Burkina Faso que j’ai été contacté. Sinon j’ai de bonnes relations avec ceux qui sont ici. Parfois je prends mon billet d’avion ou de train, je vais à Lyon ou ailleurs soutenir les évènements culturels. Je paie mon hôtel et je viens assister. C’est à nous de soutenir la Culture, ce n’est pas à la Culture de nous soutenir.

La française KENZ lauréate du grand concours de rap souhaite…

Comment peut-on aussi conquérir le marché du showbiz international ?

C’est d’abord l’argent avant toute chose (Rires). J’insiste, il faut beaucoup d’argent. Il faut avoir des gens qui croient à nos valeurs, à nos artistes et qui pensent aux affaires et non au social. Il faut avoir le relationnel et un excellent carnet d’adresse. Il faut qu’il ait des mécènes et des grandes structures pour accompagner l’évènement. Organiser un concert au Zénith, au Casino, à la Cigale…ça nécessite beaucoup de moyens financiers, logistiques, de savoir-faire. Vous n’êtes pas sans ignorer que le savoir-faire coûte plus cher que la logistique aujourd’hui. En effet, le carnet d’adresse dont je parle, te montre la porte et l’argent la défonce. Aujourd’hui, j’ai une ouverture chez les sénégalais, camerounais, ivoiriens, les Antilles etc. Lors du concert de Smarty par exemple, j’avais invité une lauréate d’un concours de rap très réputé ici en France « Nouvelle école » ou Aya Nakamura est jury et l’évènement est projeté sur NETFLIX. Elle s’appelle KENZ.  Aujourd’hui, elle me prie de grouiller afin qu’elle fasse un featuring avec Tanya ! Elle souhaite de tout cœur faire une collaboration avec elle. Elle écoute toutes les chansons de Tanya. Elle est très suivie sur réseaux sociaux et c’est une célébrité française. Mais elle a jeté son dévolu sur Tanya. Moi-même je n’ai pas encore donné l’information à Tanya (Rires)…

…Rencontrer Tany et faire un featuring

…(Rires) l’information est passée. Si c’est Tanya, ne vous inquiétez pas, elle recevra l’info.

En termes de projets évènementiels vous concernant. Qu’est-ce que « Jour-J » nous réserve dans les prochains mois ?

Il faut s’attendre à une véritable tournée humoristique avec dix (10) humoristes qui viendront spécialement du Burkina Faso. Car l’humour est un anti dépresseur surtout pour nous qui sommes ici (rires). En plus sachez aussi que l’humour gagne beaucoup d’audience ici. Notre humour peut faire beaucoup rires plusieurs nations africaines, mais beaucoup de gens ne se rendent pas compte. Notre humour est différent des autres et il peut s’importer aujourd’hui. A courts termes, c’est le festival « Les Etalons du Rire » que je prépare. Pour le moment, je ne vous donnerai pas la date exacte. Mais c’est très bientôt !

« Les Etalons du rire » le prochain challenge de « JOUR-J »

Un message à lancer pour notre Patrie, notamment vous qui vivez loin des réalités du Faso ?

J’appelle la diaspora à soutenir les initiatives qui sont prises au Burkina Faso en faveur du retour à la paix et à la cohésion social pour une autosuffisance alimentaire saine pour l’ensemble du peuple burkinabè. Nous qui sommes également ici, sortons soutenir la culture car c’est tout ce que nous avons de plus cher en nous. Soutenons les initiatives présidentielles, disons merci aux VDP et FDS qui se battent nuits et jours pour notre survit. Qu’ils sachent que leur sacrifice ne sera pas vain, que Dieu les protège ainsi que leurs familles.

Hervé David HONLA  

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