Le vendredi 23 mai 2025, le Centre de Développement Chorégraphique (CDC) La Termitière à Ouagadougou a vibré au rythme d’un spectacle intense et habité.
Intitulée « Monnè, la nuit ne nous écoute plus », cette création collective, fruit d’une résidence du projet « On se dessine un monde » porté par Jean Robert Koudogbo Kiki, s’inspire du livre « Devenir un ancêtre » de Thierry Milogo. La pièce est chorégraphiée par Djibril Ouattara. Neuf jeunes danseurs-chorégraphes y ont livré une performance physique, puissante, où le corps seul portait la mémoire et la quête de sens.
Le spectacle s’ouvre dans une atmosphère familière : celle des nuits ouagalaises, entre caisses de bière, chaises en plastique et lumières tamisées. Une jeune femme entre en titubant, bouteille à la main, cigarette aux lèvres, et entraîne DJ Joker dans une danse électrique. Autour d’eux, une jeunesse s’agite, cherche, explose dans une euphorie presque désespérée. Ce chaos initial, soigneusement chorégraphié, donne à voir une génération à la dérive, happée par le bruit et le vide, en manque de repères. Mais peu à peu, la fête vacille. Les corps s’alourdissent, s’ancrent, la gestuelle change. Sans rupture nette, une autre énergie s’impose. Le rythme devient appel, les mouvements s’épaississent de sens. On entre dans un espace de bascule, entre visible et invisible, entre présent et mémoire. Tout au long des 41 minutes, aucun mot n’est prononcé. Et pourtant, tout parle. La danse devient langage, prière, incantation. Les styles urbains, traditionnels et contemporains se croisent, se heurtent, se répondent dans une chorégraphie organique. Chaque geste semble convoquer un passé enfoui, une mémoire ancestrale longtemps tue.
« Monnè, la nuit ne nous écoute plus » n’est pas seulement une performance. C’est un rituel dansé, une tentative de réconciliation avec les racines. Inspirée par le texte de Thierry Milogo, la pièce explore cette idée forte : devenir un ancêtre, c’est porter en soi une mémoire vivante, et choisir de la transmettre. La scène devient alors un lieu de passage, un seuil. Là où le vacarme du monde étouffe les silences essentiels, les corps des interprètes se dressent pour dire l’indicible, faire trace, faire lien. Dans cette nuit sourde, ils dansent pour qu’on entende à nouveau.
Cette restitution, saluée avec émotion par le public, marque un temps fort du projet. Elle rappelle combien la création artistique peut être un espace de vérité, de retour à soi, et d’écoute du murmure des anciens.
Un geste d’une grande justesse, qui touche autant qu’il interroge.
N’Douonmou Aïda





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