Jacky IDO (Cinéaste Burkinabè) : « Je suis disposé à offrir.. »
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Jacky IDO (Cinéaste Burkinabè) : « Je suis disposé à offrir.. »

Acteur, auteur, réalisateur et slameur. Cet artiste burkinabè est une pièce maîtresse des Arts du spectacle en Europe et en Amérique. C’est précisément en 2000 que ce natif de Ouagadougou à l’Hôpital Yalgaldo, a explosé dans cet environnement artistique en d’abord en France. L’un des fondateurs du « Slamaleikoum » avec Grand Corps Malade a été invité le 21 mai 2025 dans le cadre du Festival International du Cinéma de Cannes. Il nous a accordé une interview vérité… Lisez plutôt.

 

D’entrée de jeu, fais-nous un bilan de ton séjour récemment à Ouagadougou dans le cadre du FESPACO

(Rires)…tu es pour quelque chose Hervé David HONLA…Quand je suis arrivé à Ouagadougou, je voulais profiter de l’ambiance du pays que je n’avais pas vécu depuis dix ans. Dans cette effervescence, je suis tombé sur toi qui avait rendu viral l’une de mes séquences d’un film européen où j’avais joué, un notable mossi (rires). Le lendemain, j’ai vu l’article que tu avais écrit. Il y a eu une espèce de prise de conscience au pays. Les gens ont en parler, certains m’ont rencontré et j’ai été invité dans plusieurs médias. Cette semaine a été magnifique. Surtout montrer à mes compatriotes burkinabè qu’on est ensemble !

Comment fait-on, en tant qu’acteur culturel burkinabè, pour gravir magnifiquement autant d’échelons ?

Ce sont les circonstances, la foi et la passion tout en étant dans le quotidien de sa pratique. J’essaye tous les jours de me dépasser et d’être la meilleure version de ce que je peux offrir au monde. J’essaye d’être généreux de mes dons. Moi je ne suis pas là pour prendre quelque chose à quelqu’un. Je suis là pour transmettre tout ce que Dieu m’a donné et le rendre de la meilleure manière qu’il soit. Les dons qu’on reçoit, il ne faut pas mourir dans son coin égoïstement. Il faut les cultiver pour pouvoir mieux les offrir aux autres. Ça peut être des parcours ingrats car on ne se sait pas où cela peut nous mener. Il ne faut pas suivre l’exemple de l’autre. Chacun possède son couloir. Le couloir de l’autre sert juste à nous renseigner de l’endroit où l’on va et puis tracer sa route.

j’aimais écouter les longs discours du Capitaine Thomas Sankara

Tu as plusieurs cordes à ton arc. Tout a commencé comment ?

Je suis né à Yalgaldo. Je suis arrivé en France à l’âge de deux ans et plus tard, je suis arrivé à Ouagadougou en 1983, quelques mois avant le coup d’Etat de Thomas Sankara. J’avais 6 ans et nous sommes restés au Burkina Faso pendant cinq ans, jusqu’au départ tragique de Thomas Sankara. Je ne sais pas comment expliquer l’effervescence que j’ai ressenti quand j’étais gamin dans le goût de la lecture. J’adorais lire, écrire et j’aimais écouter les longs discours du Capitaine Thomas Sankara. Ces discours étaient inspirants et ça parlaient à tout le monde. Je le voyais comme un poète, un guide spirituel.  A l’époque, je voulais être écrivain, cinéaste. Je me suis mis à grapiller tout ce que je pouvais pour pouvoir nourrir ce don que je sentais en moi. Ça m’a emmené sur plusieurs routes, toujours curieux et tourner vers l’autre. J’ai commencé à apprendre les techniques cinématographiques, à continuer à écrire, puis ensuite apprendre à être devant la caméra. Et le déclic est venu de là…

…Le cinéma, la musique et le théâtre. Comment arrives-tu à fédérer ces trois filières ?

Le théâtre ; c’est une rencontre avec une dame qui m’a donné envie de plonger dans ce métier. C’est Muriel Mayette-Holtz qui est la Directrice du Théâtre National de Nice. C’est une dame de Culture qui a formé énormément de gens, notamment ; Jonathan Cohen, Laurent Lafitte etc. bref, toute une génération de gens qui ont surfé entre le cinéma, la comédie française et le conservatoire. Cette dame a été l’artisane de l’éveil de talent de beaucoup de gens qui sont dans notre patrimoine culturel français aujourd’hui. Quand on s’est rencontré à Nice par l’intermédiaire de Caroline Sénéclauze, elle m’a proposé faire « Bérénice » un texte de Jean Racine sachant que j’étais comédien, écrivain et que j’aimais la poésie et le slam. Nous avons joué une centaine de spectacles avec cette pièce à travers l’Europe. Nous sommes repartis sur un autre projet…Les projets théâtraux que je vis grâce à elle et avec elle, me sont aujourd’hui bénéfiques…

Muriel Mayette-Holtz, Directrice du Théâtre National de Nice.

Parmi ces trois filières, c’est le slam qui semble avoir une emprise sur toi

A l’époque c’est-à-dire dans les années 2000, on faisait des scènes ouvertes de Slam à Saint Denis avec Grand Corps Malade, et « slamaleikoum » est né en 2004 bien avant on arpentait toutes les scènes slam de Paris. Beaucoup de copains ont fait des disques comme : Souleymane Diamakan, Ami Karim, Rouda…j’avais commencé quelque chose avec Marc Lumbrozo … Pendant le COVID, j’avais envie de dépoussiérer ce projet 20 ans avant et j’ai trouvé les textes encore pertinents. Ça m’a donné envie de le remettre en musique en créant un album et surtout faire des concerts. L’album est prêt, les concerts sont en cours…

…Est-ce qu’on aura l’opportunité de l’avoir chez toi au Burkina Faso ?

Nous l’aurons en priorité au Burkina ! Ma boîte de production s’appelle « Brooklyna Faso ». J’ai vécu à Ouaga, J’ai vécu à Brooklyn, j’ai vécu à Clos Saint-Lazare. C’est mon trépied identitaire et tout part du Burkina. Donc c’est important pour moi que le projet sorte d’abord au Burkina.

Grand Corps Malade

Combien de titres ?

Il y a 14 titres ! 14 comme le jour de mon anniversaire, le 14 mai. Je souhaite qu’il sorte d’abord au Burkina Faso en guise de fondation…

Un album de musique en préparation, une résidence de théâtre et tu es en plein tournage d’un film ici en Europe. Comment tu gères un tel programme ?

C’est la schizophrénie ! (Rires) J’ai fini l’album, j’ai fini de monter le concert spectacle et j’ai enchaîné une série Amazone Prime Paramont qu’on est en train de tourner en ce moment avec la productrice américaine Octavia Spencer. Je suis content de représenter le Burkina dans cette grosse production qui se déroule à Prague.

la productrice américaine Octavia Spencer.

Qu’est ce qui justifie que, pendant tout ce temps, les burkinabè ne t’ont pas connu ?

C’est aussi autant de ma faute qu’autre chose (Rires). J’ai mis longtemps certes. Mais je venais au FESPACO à une certaine époque et j’avais à cœur de monter des projets avec les dirigeants du FESPACO à l’époque, pour amener des films là-bas. Ça n’a jamais vraiment pris. Il y a eu une bonne dizaine d’années où je n’ai pas pu retourner au Burkina. Peut être que c’est ça aussi qui a fait qu’il y aune déconnexion. Cette déconnexion est présente virtuellement car partout où je vais, c’est avec un glaive et une bannière qui représente le Burkina Faso. Même quand je suis loin, on me présente comme l’artiste burkinabè qui vit à l’international. Il faut aussi revenir de temps en temps au pays comme je l’ai fait la dernière fois. Je me propose d’être ce petit colibri qui ramène des projets aussi chez nous pour nourrir la diversité. L’album va être l’occasion de faire des concerts là-bas et de venir faire des « Slamleikoum » comme ce que j’ai fait là-bas pendant le Festival sur le site Idrissa Ouédraogo. C’est aussi tendre le micro aux autres et aller dénicher des jeunes talents. Je rêve aussi faire des masters class et workshops au Burkina sur mes domaines de prédilection.

Au regard de la situation sociopolitique de notre pays au Burkina Faso, qu’est-ce que cela t’inspire ?

C’est comme mes deux parents qui sont en dispute. Quand je regarde les choses dans le fond ; il y a un qui a tort ! L’élan que je trouve au Burkina Faso aujourd’hui, est un élan qui vise à nous redonner notre souveraineté. Nous combattons des maux qui sont propres à notre réalité. Il y a l’autosuffisance alimentaire qui est un fléau chez nous. J’étais heureux de voir comment on tacle ces problèmes-là frontalement en construisant des usines où on transforme nos produits agricoles surplace. C’est tous ces percepts dont parlait Thomas Sankara avant d’être tragiquement enlevé à la vie. J’ai l’impression qu’il y a une implémentation de tout ça aujourd’hui.  C’est concret ! Quand je vois la fierté des burkinabè qui n’ont pas changé et de façon intergénérationnelle, il y a toujours cette posture et cette dignité qui demeure. Pourquoi on nous mettrait à genoux pour ça ? Malheureusement ici dans certains discours ambiants, je ne reconnais pas mon pays. Il a fallu que je retourne pour regarder. Ça n’a rien à voir avec ce qu’on raconte. Et c’est aussi ce message qu’il faut propager. C’est un beau pays, il faut continuer à faire des choses avec les burkinabè.

 Avant même qu’on ne me traduise cette chanson, j’ai eu l’impression qu’il parlait à mon âme

 

J’ai été surpris ici à Cannes que tu aimes bien écouter « Bamb me collé » de Floby.

(Rires). J’ai eu la chance de le rencontrer à Ouaga à l’Espace Idrissa Ouédraogo animé par Abdoul Aziz Tiemtoré. « Bamb me collé » est dans ma tête depuis longtemps ! Je marchais à Ouaga des heures avec mes écouteurs uniquement avec cette chanson dans mes oreilles même ici en Europe. Son mooré est très fort et soutenu ! Avant même qu’on ne me traduise cette chanson, j’ai eu l’impression qu’il parlait à mon âme. Quand j’ai compris les paroles, c’est comme si c’est à moi qu’il s’adressait. Car dans ma petite enfance à Ouidi, qui allait chez des gens un peu plus fortunés que mes parents et me rabrouaient parfois ; je me retrouve complètement dans cette chanson.  J’étais au bord des larmes en entendant cette chanson. Parce qu’elle parle à mon âme… (Ndlr : Jacky IDO rougit d’émotion et verse une larme qu’il essuie rapidement), Et puis on jouait aussi au jeu de dame. (Ndlr : Il mime la chanson) …je me retrouve dedans ensuite, je me dis le « gars est trop fort ! ». La manière il a pris cette métaphore me touche énormément ! J’adore. J’espère qu’un jour je vais collaborer avec lui.

Un mot pour le Burkina Faso

Mes frères burkinabè, j’ai hâte de revenir et qu’on fasse des choses là-bas. J’ai hâte de vous faire entendre un peu plus ce que je fais pour que vous découvrez un peu plus mon emprunte artistique aussi bien dans la musique, le théâtre que dans le cinéma. Dans un premier temps ça va être l’album. Bientôt je viendrais à Ouaga pour vous l’offrir en exclusivité mondiale.

Hervé David HONLA

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