Journée des Traditions : « Les jeunes doivent se rapprocher des anciens… » Dixit Sié KAMBIRE (Pdt l’Association Bêma-Sooré)
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Journée des Traditions : « Les jeunes doivent se rapprocher des anciens… » Dixit Sié KAMBIRE (Pdt l’Association Bêma-Sooré)

À l’occasion de la deuxième édition de la Journée des Coutumes et Traditions (JCT), instituée chaque 15 mai au Burkina Faso, OXYGENE MAG est allé à la rencontre de Kambiré Sié, Président de l’Association Bêma-Sooré. Acteur engagé pour la revalorisation des pratiques ancestrales, il nous parle du sens profond de cette célébration, des activités prévues à Kua (Bobo-Dioulasso), et de l’urgence pour les jeunes générations de renouer avec les fondements culturels africains. Une interview qui éclaire les enjeux de cette journée dédiée à la mémoire, à la réconciliation et à la transmission.

 

Quel est le sens profond de la Journée des Coutumes et Traditions pour l’association Bêma-Sooré ?

Pour l’ABS (Association BÊMA-SOORÉ), le sens profond de la JCT réside dans la reconnexion avec la source : nos lignées paternelle et maternelle. C’est un moment d’hommage à nos racines à travers l’expression de notre art vestimentaire, linguistique, culinaire, mais aussi de notre histoire et de l’immense savoir de nos ancêtres. Un savoir profond, qui ne peut être réellement compris et valorisé qu’à travers l’initiation.

Pourquoi avoir choisi le thème « Le Culte de nos Ancêtres, l’ultime recours de conciliation » pour cette édition ?

Le thème retenu pour cette 2e édition vise à renforcer notre lien avec les anh’kcêtres à travers les rites communautaires et le repas partagé. Ces moments de communion permettront une profonde réconciliation avec soi-même. Et lorsqu’on est en paix avec soi, on ouvre naturellement la voie à la paix avec les autres. C’est ainsi que la société tout entière peut tendre vers l’harmonie.

Quels sont les temps forts prévus lors de la célébration du 15 mai à Kua ?

Les temps forts de cette 2e édition incluent des moments de grande portée symbolique et spirituelle : la libation, véritable dialogue avec les anh’kcêtres, ainsi que des rites et offrandes à l’autel du village de Kua. Des vœux collectifs seront formulés pour le bonheur du pays, l’abondance des pluies, l’inspiration patriotique de nos dirigeants et la prise de conscience citoyenne. Des enseignements seront également dispensés sur le langage des poulets sacrifiés et sur certains actes clés de la société. En soirée, une veillée récréative nommée Kôrôle Ko Sou viendra clore la journée avec des contes, de la musique traditionnelle et des animations riches d’enseignements.

Comment les jeunes peuvent-ils s’approprier et perpétuer ces valeurs traditionnelles aujourd’hui ?

Les jeunes peuvent aujourd’hui s’approprier et perpétuer nos valeurs traditionnelles, notamment grâce à l’instauration de cette journée qui met en lumière des contenus riches et essentiels. Cela passe aussi par un rapprochement avec les anciens, porteurs de sagesse, et par un intérêt sincère pour les rites d’initiation propres à chaque communauté.

Quel appel lancez-vous aux autorités et à la population en général concernant la sauvegarde des traditions ?

Tout d’abord, nous adressons nos sincères remerciements aux autorités pour cette décision audacieuse, qui témoigne de la reconnaissance de la diversité culturelle et affirme la laïcité de l’État burkinabè. Nous les invitons également à s’impliquer davantage dans le fond de cette journée, en veillant à ce que les contenus partagés soient portés par ceux qui pratiquent véritablement la tradition, et non par ceux qui l’interprètent sans en avoir l’essence. À l’endroit de la population, rappelons qu’un peuple n’a d’âme que lorsqu’il possède et valorise sa propre culture. La perdre, c’est comme vivre sans esprit. Cette journée est donc l’occasion idéale pour dépasser nos divergences et préserver ce qui nous reste de plus précieux : notre identité culturelle et cultuelle. Nos ancêtres, depuis la nuit des temps, ont établi des contrats sociaux d’une grande sagesse – comme la parenté à plaisanterie ou les alliances intercommunautaires – qui ont contribué à la paix, à la cohésion et à la résilience de notre société. Ce sont ces piliers qu’il nous revient aujourd’hui de raviver et de transmettre.

À travers ses propos, Kambiré Sié nous rappelle que la tradition n’est pas un vestige du passé, mais une source vivante de sagesse et d’identité. La Journée des Coutumes et Traditions est plus qu’un simple événement : c’est un appel à la reconnexion avec nos racines, un levier de paix sociale et de résilience collective. Pour que notre culture perdure, elle doit être vécue, transmise et assumée avec fierté.

N’douonmou Aïda

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