Annie BEGUIN (Cannes) : « Je me sentais beaucoup proche de Dieu quand j’étais au Burkina. »
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Annie BEGUIN (Cannes) : « Je me sentais beaucoup proche de Dieu quand j’étais au Burkina. »

Depuis 40 ans, les différents diocèses de Nice et de Diébougou plus précisément la petite localité de Legmoin dans le Sud-Ouest ont noué un jumelage social, religieux, culturel et humanitaire. Présent à la Côte d’Azur à Cannes, votre magazine est allé à la rencontre de celle qui reste le lien ombilical de ce jumelage qui restera inaltérable entre les deux communautés. Entretien exclusif réalisé le 9 mai 2025 à Cannes.  

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Comment êtes-vous rentré en contact avec la ville de Diébougou dans le Sud-Ouest du Burkina Faso ?

En effet, je suis l’administratrice d’un jumelage entre la ville de Legmoin du Sud-Ouest du Burkina Faso et le diocèse de Nice depuis 1985. J’y suis allée pour la première fois au Burkina Faso dans le diocèse de Diébougou qui est jumelé au diocèse de Nice. Donc plusieurs paroisses de Diébougou sont jumelées avec les paroisses du diocèse de Nice. Donc Cannes est jumelé avec Legmoin et j’ai fait dix-huit (18) voyages là-bas depuis 1985.

A quoi consiste ce jumelage ?

Ce jumelage consiste à des échanges, du partage, des rencontres et bien sûr des prières entre nous pour les uns et les autres. Nous essayons d’apporter quelque chose là-bas à nos frères et sœurs burkinabè. Et eux, par l’échange, la prière et par leur visite ici quand ils peuvent. Surtout les prêtres viennent et ils apportent leurs témoignages.

Concrètement en 40 ans ; quelles sont les actions que vous avez menées à travers ce jumelage ?

Nous avons mené plusieurs actions surtout pour la paroisse de Legmoin où nous avons développé des adductions d’eau pour les écoles, des parrainages des enfants, une église est en train d’être construite, la dotation des panneaux solaires des véhicules neufs pour des urgences sanitaires, des envoies de médicaments à Legmoin. Ce qui a fait qu’à un moment donné, les habitants de Batié, Diébougou et Gaoua envoyaient leur malade dans cette petite ville de Legmoin pour acheter les médicaments. On envoyait 30kgs par mois de médicaments par l’entremise de « Pharmacie Sans Frontière ». Ensuite nous sommes régulièrement allés à Legmoin en délégation pour renforcer le jumelage. Les prêtres de Legmoin viennent ici chaque été pour travailler ici avec nos fidèles. C’est un parfait accord entre les deux diocèses de Nice et de Diébougou. C’était extraordinaire !

Je découvre que dans votre paroisse, vous êtes en pleine activité. Sont-elles en rapport avec Legmoin ?

Nous organisons deux brocantes par an, donc au total six. Quatre qui sont au profit des offres sociales de Cannes et deux qui sont au profit de notre paroisse. Je suis responsable de toutes ces ventes pour pouvoir justement financer des actions pour ce jumelage. Nous avons beaucoup de formes d’échanges là-bas pour mener certaines activités afin d’entretenir le presbytère ou leur quotidien. Mais surtout pour la population…

…Parlant de la population, qu’en est-il avec le parrainage des enfants ?

Pendant plusieurs années, il y a eu des parrainages, des enfants scolarisés et après, c’est un peu tombé à l’eau. C’était difficile car les gens se sont lassés. Maintenant, nous donnons directement notre contribution à l’école publique et catholique, aussi au collège de Legmoin.

A quand remonte votre dernière action ou descente à Legmoin ?

La dernière fois où nous avions été, c’était en 2019 avant le coup d’Etat. Nous y étions pour les 50 ans du jumelage. Le jumelage de Legmoin avec Cannes. Nous avons construit une croix pour la nouvelle église et nous avons renforcé le financement de la construction de cette grande église. Nous avons poursuivi avec les adductions d’eau et d’électricité pour les familles et les prêtres.

Compte tenu de la situation nationale au Burkina Faso, est-ce que vous éprouvez des difficultés particulières ?

Nous avons beaucoup plus de mal à se rendre, car moi personnellement je faisais tous les deux ans au Burkina Faso. Je ne me suis plus rendu à cause du COVID. Puis après, il y a eu les difficultés de voyager par rapport aux difficultés politiques au Burkina. Nous ne voulons pas prendre de risque aux personnes là-bas qui nous accueilleraient. On préfère rester en retarit en gardant le contact et surtout en union de prière pour ce beau pays qu’est le Burkina Faso.

En termes de perspectives avec ce jumelage, quelles sont vos attentes à long termes ?

Avant que je n’aie plus la force de continuer, j’aimerais que cette église soit terminée (Rires). Puis après continuer à aider au quotidien…C’est que le fait de ne pas se rencontrer, ça cause un peu de distance. Nous n’avons pas toujours de nouveau curée. Notre souhait c’est de pouvoir y retourner régulièrement pour mieux poursuivre ce jumelage. C’est vrai que je me sens fatiguée maintenant, mais c’est toujours bien qu’on se rencontre. Mais malheureusement, il est difficile de transmettre. Les jeunes ne sont pas intéressés. Ils s’en occupent qu’à titre ponctuel.

Qu’est ce qui vous attache si profondément du Burkina ?

Je n’ai jamais rencontré cet accueil au monde. J’ai été dans d’autres pays. Mes parents ont vécu a Gabon, j’ai été en Côte d’Ivoire et dans d’autres pays ailleurs, je n’ai jamais vu un pays aussi sincère et hospitalier que le Burkina Faso. Je me sentais beaucoup proche de Dieu quand j’étais au Burkina. C’est tellement démuni dans la région où on va et les gens sont fiers d’être ce qu’ils sont. Quand on vient à Legmoin, on a envie de tout abandonner et de vivre avec eux. Car ils sont si naturels et fiers d’eux. Nous avons envie de laisser notre vie en Europe pour vivre avec eux. Ils représentent l’humanisme profond. Quand on arrive là-bas, on a envie de tout laisser et de tout donner. J’ai trouvé la population extrêmement agréable et fier d’elle-même. Toujours joyeux, toujours sympathiques. J’ai reçu des cadeaux des personnes là-bas qui se battent pour me faire plaisir malgré leur condition de vie. C’est pour ça que j’avais ce besoin d’y retourner. Même les prêtres font souvent des pieds et des mains pour nous accueillir et même, ils nous accompagnent à Ouagadougou jusqu’à l’aéroport. Chez nous, nous n’avons pas cet esprit. C’est vraiment un pays et une population extraordinaire.

Hervé David HONLA

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