Tard dans la nuit, sur une route déserte, Shula fait une découverte macabre : le corps sans vie de son oncle Fred. Alors que les funérailles se préparent, elle et ses cousines vont peu à peu lever le voile sur les secrets enfouis de leur famille de la classe moyenne zambienne.
Dans son deuxième long-métrage, la cinéaste Rungano Nyoni signe une comédie dramatique à l’humour grinçant, où se mêlent mensonges, rancœurs et révélations. Dès les premières scènes, le ton est donné. Shula, vêtue d’un déguisement excentrique après une fête, traverse la nuit en musique avant de tomber sur le cadavre de son oncle. Loin d’être bouleversée, elle réagit avec un calme presque irrité et prévient son père. Son agacement ne fait que grandir lorsque sa cousine Nsansa, ivre, débarque sans prévenir. Un drame, oui, mais un drame teinté d’ironie et d’un sens du comique noir qui marque la patte de la réalisatrice. Le lendemain matin, alors que la police intervient et que l’on découvre que la maison la plus proche du lieu du drame est un bordel, les choses s’accélèrent. Nsansa s’amuse même de la situation : « Le grand bonhomme est mort en homme heureux », plaisante-t-elle. Mais dans la maison familiale, l’ambiance est loin d’être légère. Les tantes arrivent, suspicieuses face à Shula, revenue de l’étranger, qui semble bien trop détachée pour quelqu’un ayant trouvé un cadavre. Ce qui commence comme une simple réunion de famille tourne vite au règlement de comptes. Shula et ses cousines, en quête de vérité, s’éloignent du clan pour discuter autour d’une bière. Peu à peu, elles découvrent que l’image de leur oncle Fred, respectable en apparence, cache bien des zones d’ombre.
Avec une mise en scène soignée et une narration oscillante entre réalisme et surréalisme, Rungano Nyoni nous plonge dans un huis clos familial où le silence est brisé par la nécessité de dire l’indicible. À travers cette fresque intime et sociale, la cinéaste interroge les tabous, les hypocrisies et les faux-semblants qui régissent les relations humaines.
Tel un cri d’alerte, à l’image de la pintade – cet oiseau africain connu pour avertir son groupe en cas de danger –, ce film envoûtant nous rappelle que certaines vérités finissent toujours par éclater.
N’Douonmou Aïda





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