Le caractère panafricain du FESPACO
Edito

Le caractère panafricain du FESPACO

La 29è édition du Festival Panafricain du Cinéma et de la Télévision de Ouagadougou (FESPACO) se prépare allègrement dans la capitale. Prévu du 22 février au 1ᵉʳ mars 2025 à Ouagadougou, cette biennale s’est imposée comme le plus grand rendez-vous du cinéma africain et de sa diaspora, rassemblant des milliers de professionnels et passionnés autour d’une programmation et variée.

 

La reconnaissance internationale du festival et sa montée en puissance au fil des années ont fait des heureux récipiendaires dans notre pays et ailleurs. L’Afrique dans son industrie cinématographique globale, ne jurait que par ce FESPACO. Ouagadougou était et demeure le point de convergence des professionnels du cinéma africain et de la diaspora. Beaucoup y viennent certes pour présenter leurs productions mais aussi pour débattre sur l’avenir de leur cinéma en y apportant des réformes.

Parmi les nombreuses réformes certains évoquaient la privatisation du FESPACO, à tel point que le Président de la Fédération des cinéastes du Burkina, Emmanuel SANON avait rencontré en 2015, le Président du Faso Michel KAFANDO au nom des cinéastes pour demander la privatisation du FESPACO.

Le Ministre Pingdwendé Gilbert OUEDRAOGO aux côté du PM Rimtalba Jean Emanuel OUEDRAOGO

Quand de telles réflexions commencent à germer dans un festival aussi réputé dans le monde, cela présente ou amplifie les faiblesses au niveau de la gestion et de l’organisation qui sont trop fréquemment pointées du doigt. Si le FESPACO a pu apporter un aspect sympathique ou fantasque, ces faiblesses peuvent être source de menace devant la montée en puissance sur le continent des autres festivals similaires qui sont exponentiellement financés par des grosses firmes internationales. Certes le FESPACO pourra garder son statut de pionier, mais il risquerait de perdre son prestige, sa notoriété et même sa crédibilité. Ces nouveaux festivals sont en plein essor sur les trois branches principales : production, distribution, exploitation. Ces festivals naissants pourraient être tentés de s’approprier une aura symbolique construite par le FESPACO sur un militantisme d’une autre époque qui peine aujourd’hui à trouver ses relais, y compris chez les cinéastes d’une autre génération, et dont l’Histoire a montré qu’il ne suffisait pas à apporter une réponse économique pérenne pour maintenir en état une filière cinématographique autonome et dynamique.

Mais est-ce que la solution du gouvernement actuelle serait-elle la meilleure ? Le FESPACO est avant tout panafricain. Bien que son siège se trouve en terre burkinabè et financé en grande partie par l’Etat burkinabè, le FESPACO est né grâce à un groupe de cinéphiles africains en 1969 présidé par Madame Alimata SALEMBERE.

A travers la FEPACI (Fédération Panafricaine des Cinéastes) créé en 1970 avec son siège à Ouagadougou, cette entité composée des professionnels du cinéma et de leurs organisations nationales, a toujours été la voix continentale des cinéastes provenant de diverses régions d’Afrique et de la diaspora. Elle a tissé de solides liens avec les organismes nationaux et les membres affiliés pour tirer le meilleur des politiques et des programmes d’action, ainsi que des projets de développement et de stimulation d’un environnement favorable pour tous les genres du cinéma et de l’audiovisuel en Afrique.

Donc par conséquent, est-ce qu’intégrer ou fusionner un si grand festival panafricain dans une agence nationale serait-il approprié ?

Un décret de novembre 2024 portant création de l’Agence Burkinabè de la Cinématographie et de l’Audiovisuel, émane de la fusion de plusieurs structures. Il s’agit de la Direction générale de l’Institut Supérieur de l’Image et du Son (ISIS), de la Direction générale du FESPACO du Secrétariat technique du Centre National de la Cinématographie et de l’Audiovisuel, de la Direction de la Cinématographie et de l’Audiovisuel.

Selon a volonté du gouvernement ; Il s’agirait de fusionner toutes ces structures pour plus de cohérence, d’harmonie, de rationalité et surtout plus d’efficacité.
Les missions de cette agence sont entre autres :

  • Soutenir le développement de la chaîne des valeurs de l’économie du cinéma et de l’audiovisuel au Burkina Faso.
  • Assurer la règlementation et le contrôle de la filière cinématographique et de l’audiovisuel.
  • Contribuer à la structuration des acteurs
  • Mettre en place une billetterie nationale du cinéma et de l’audiovisuel et de tenir le registre public du cinéma.

La problématique du cinéma burkinabè n’a rien à voir avec celle du FESPACO. Cette biennale possède d’autres objectifs plus importants qui doivent être porté par les professionnels du cinéma africains. Est-ce qu’une agence locale pourra résoudre toutes ses questions de notre cinéma africain ?

Pourtant il existe de nombreuses difficultés méthodologiques qui empêchent encore aujourd’hui une étude exhaustive du FESPACO, notamment sous un angle économique, l’absence de traçabilité de la billetterie, l’opacité dans la gestion et l’organisation, l’instabilité des organismes de financièrement et la question du financement du cinéma et de l’audiovisuel en Afrique.

La problématique du cinéma burkinabè doit gérer par l’Etat burkinabè et les professionnels burkinabè. La problématique du FESPACO est l’apanage des professionnels et des Etats africains.

Les deuxièmes états généraux du FESPACO pourraient ouvrir des pistes pour redonner les lettres de noblesse à cette biennale africaine de renom.

Hervé David HONLA   

 

Laisser un retour à ce sujet