« DJESSE » : L’usine FASO FANI adaptée au théâtre
Regards

« DJESSE » : L’usine FASO FANI adaptée au théâtre

L’ARCI et le Théâtre ECLOSION ont présenté dans la ville de Koudougou un théâtre documentaire sur l’usine Faso Fani intitulé « Djéssé ». C’est la cité Fasotex qui accueille cette émouvante pièce théâtrale jouée par les anciens employés de Faso Fani depuis le 5 décembre 2024.

 

 La situation des anciens travailleurs de l’usine Faso Fani reste toujours préoccupante depuis sa fermeture en 2001. La région du Centre-Ouest précisément la ville de Koudougou bénéficiait des dividendes de cette usine. Depuis sa fermeture plus de 1000 employés ont été privé d’emplois les familles se sont disloquées, des vies ont été emportées à cause du chagrin…bref les sirènes de Faso Fani se sont définitivement éteintes.

Afin de mieux restituer les évènements dans son contexte et de consolider un devoir de mémoire, le metteur en scène Mamadou SOMA à travers l’association Théâtre ECLOSION et l’ARCI a mis en place une pièce de théâtre qui relate l’épopée de cette usine. C’est la cité Fasotex qui accueille depuis le 5 décembre et ce jusqu’au 7 décembre 2025.

Une pièce d’une heure vingt minutes construite autour de l’environnement de l’usine avec des comédiens qui arborent des outils et matériaux de l’usine ; (Files de coton, casque anti-bruit, tenue de travailleurs et surtout le bruitage des machines). Un spectacle assez atypique qui se déroule dans une scénographie particulière. Entre photographies des images marquantes de l’usine qui jonchent la scène et la présence sur les planches des anciens employés de Faso Fani aux côtés des jeunes comédiens étudiants à l’université Norbert Zongo. Tout le quotidien des travailleurs de l’usine a été conté et raconté par les anciens mais aussi interprété par les jeunes. Des témoignages vidéo sur les raisons de la fermeture de l’usine ont été raconté sans langues de bois par les anciens employés de l’usine.

Devant un public jeune pour la plupart, « Djéssé » est aujourd’hui comme un devoir de mémoire pour des générations à venir.  C’est la raison pour laquelle, le metteur en scène s’est vu accompagner par des professionnels de l’art de la scène en termes de scénographie, de costume, de sonorisation et de jeu d’acteur. Selon Mamadou SOMA, « Djéssé » a vu le jour grâce à la volonté des anciens travailleurs, des jeunes, des associations et des bailleurs de fonds Suisse. Cette pièce mériterait d’être présenté dans les grandes métropoles du pays avec l’appui des institutions publiques notamment le commerce et la culture.

A l’issue de la deuxième représentation de « Djéssé » à Koudougou, l’un ancien employés de Faso Fani et comédiens de la pièce, Bouba Grégoire BAMA s’est prété aux questions de OXYGENE MAG

 

Babou Grégoire BAMA : « Nous avons espoir »

 

Qu’est-ce que cette usine repressente pour vous ?

 

J’ai pratiquement été polyvalent à Faso Fani. J’ai commencé comme manœuvre ensuite j’ai été au magasin pièces détachées, produits finis et j’ai terminé par la direction commerciale. Je suis rentré à l’usine le 22 juin 1970. Quand on a fermé en mars 2001, j’avais totalisé 32 ans 9 mois 9 jours. Son agrandissement est venu me trouver et il y a eu le nouveau recrutement en 1978. VOLTEX a démarré avec un capital de 1 milliard 100 millions à l’époque. C’est sous la révolution du Président Isidore Noel SANKARA que l’usine a été rebaptisée FASO FANI qui veut dire « Le pagne de chez moi » en langue nationale Dioula en 1983. Donc tout s’est passé devant moi ! Durant les 33 ans de la vie de Faso Fani, on a eu 12 Directeurs Généraux et un administrateur provisoire qui est venu boucler en 2001.

 

Qu’est ce qui a provoqué la fermeture de cette usine ?

Je ne vais pas trop m’aventurier mais je peux dire que je ne suis pas dans les coulisses de la politique. Mais c’est tout simplement le politique qui a fermé cette usine…

Pourquoi ?

…C’est la grande question, come je n’étais pas dans les coulisses de la politique…On a fermé cette usine pour tuer la région du Centre Ouest ! C’est une décision purement politique ! Quand on dit que Faso Fani est entrée en faillite, je suis désolé : c’est archi-faux ! Quand on a fermé, elle devait 1 milliard 800 millions à ses fournisseurs européens. De même ; les clients grossistes et l’intendance militaire de l’époque doivent plus d’un milliard à l’usine. Où est la faillite ?!  C’est le moment où on a percé le marché international, on a percé l’Allemagne avec le Bogolan, on a percé l’Italie avec des chemisette etc. et c’est en ce moment que le politique a choisi de mettre la clé sous le paillasson. Il n’y avait pas faillite dans la maison ! ce n’est pas vrai.

Si oui, est-ce qu’il y a quelque chose à réparer dans cette triste histoire de la fermeture de Faso Fani ?

Je reviens encore sur ce mot : c’est une question de volonté politique. Si le Président, le Capitaine Ibrahim TRAORE n’avait pas à faire la guerre, nous étions convaincus qu’il allait rouvrir cette usine. Nous avons encore espoir, parce que nous avons dit aux dirigeants passés qu’on était prêt à céder la place à nos enfants, mais qu’ils ne ferment pas l’usine. Cela allait produire de l’emploi pour la jeunesse. Mais vous fermez avec des étudiants qui ont des diplômes qui sont dans la rue. Tous ces enfants qui sont sortis de l’Université Norbert Zongo que vont-ils devenir ? Nous avons chanté ça, on a tout écrit etc. ils ont ça et mis dans les tiroirs. Les blancs qui sont venus ouvrir cette usine à l’époque n’étaient pas bêtes. Ils ont fait une adduction d’eau de Volta à Koudougou. Il y avait une centrale électrique propre à l’usine. Plus tard, ils ont tout africanisé en donnant l’adduction d’eau à l’ONEA et la Centrale électrique à la SONABEL. L’usine payait par mois plus de 12 millions de facture d’eau et plus 65 millions de facture d’électricité. Les directeurs étaient nommés politiquement et n’avaient aucune connaissance de l’usine. C’était une gestion politique entre copains. Si vous allez visiter cette usine en ruine actuellement et qu’on vous dise qu’il y avait 101 personnes qui travaillaient là-bas, vous n’allez pas croire. Il n’y a plus rien ! Même pas une seule machine, même une seule table ou chaise. Tout a été rasé, piller et interdit à la visite. Même le site de la cité Fasotex dans lequel nous sommes ; nous les anciens travailleurs nous nous sommes battus pour le protéger. Ils avaient déjà parcellé ce site car ils voulaient se partager le terrain. Nous nous sommes opposés farouchement. Voilà la triste réalité de cette usine. Si nous avons accepté jouer dans cette pièce de théâtre à notre âge, c’est pour la jeune génération.

Hervé David HONLA

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