Augustin SANWIDI de son vrai nom, ce jeune journaliste de formation en 3è année de Licence en Journalisme à L’Institut Supérieure de Communication (IPERMIC). Originaire Koupèla dans le Centre-Ouest dans le village d’Ademtenga, Plume Céleste est un slameur des temps modernes doté d’un talent qui suscite d’énormes admiration dans son pays le Burkina Faso. Issue d’une fratrie de cinq enfants où il est l’ainé. Ce jeune homme de 22 ans, féru du slam nous a accordé un entretien exclusif le 9 aout dernier au siège de OXYGENE MAG. Lisez plutôt la cohérence dans son raisonnement…
J’apprends que tu es issu du même village que Floby. Est-ce que tu le savais ?
(Rires). Ma grande famille connaît la grand-mère de Floby. Ensuite mon père m’a expliqué qu’il y a un grand lien entre Floby et ma famille. En effet, les parents se connaissent et mon père affirme que, quand il était plus jeune, Floby venait avec sa grand-mère au village. Mais on ne pouvait s’imaginer que plus tard il sera une icône de notre musique. Il y a un peu cette énergie que l’artiste a dégagé dans la région qui fait en sorte que nous autres, nous sommes un peu contaminés de son talent (rires).
Mais est-ce que Floby sait que vous êtes de la même « famille » ?
Je ne sais pas franchement…
L’as-tu déjà rencontré ?
Je n’ai pas encore eu la chance de le rencontrer.
Pour revenir à ton parcours ; Est-ce que tes parents étaient favorables à ce que tu fasses la musique et le slam en particulier ?
C’est le problème de bons nombres d’artistes ; le métier artistique est un peu perçu de manière négative à première vue. En ce qui me concerne, le Slam est un art assez noble tout de même. Bien avant, c’est une fierté pour les parents de voir leurs enfants savoir s’exprimer et diffuser un message que tout le monde écoute et applaudit. Mais après, vouloir faire carrière en tant qu’artiste, c’est là que le souci se pose. Car à un certain moment, il y aura des sacrifices qu’il va falloir opérer. Quand le talent est né en moi, j’ai commencé à le développer et il fallait informer les parents. Il y avait des blocus, d’abord avec les études. Certes, j’ai la chance de pouvoir m’en sortir à l’école, je rends grâce à Dieu pour ça, mais, les parents avaient une inquiétude.
A quel moment tu as véritablement décidé de faire du slam ?
C’était dans ma classe de 4è au Petit Séminaire de Pabré. Mon professeur de français nous faisait écouter « Je slame pour ma patrie » et il nous a appris la versification. Parallèlement, je faisais du théâtre et j’aimais beaucoup m’exprimer. Bref je cherchais un moyen de pouvoir dire ce que je pense, c’est là que j’ai découvert le slam. J’ai aimé et je faisais de la poésie. Mais le déclic a commencé quand j’étais en classe de 1ère. C’est à cette année que j’ai pris part pour la première fois à une compétition de Slam ici à Ouagadougou. J’ai été lauréat à ce concours organisé par un Ministère lié aux questions numériques. J’ai reçu mon premier ordinateur. C’est là que les parents ont compris la nécessité de mon art. J’ai commencé à recevoir leurs soutiens et j’ai pris part à d’autres compétitions. J’ai participé à 14 compétitions de Slam et j’en ai remporté 10. Ce qui m’a davantage boosté. Je suis rentré dans ce milieu par challenge. Pour la simple raison que je cherchais un moyen de développer mes compétences. Donc me frotter aux autres, ça me permettait d’évaluer ce que je faisais et d’écouter aussi les ainés pour m’inspirer. Les aînés à l’instar de Malika La Slamazone, Donsharp DEBATORO qui m’a inspiré énormément. C’est d’ailleurs lui qui m’a donné l’envie de m’exprimer avec des instruments traditionnels. Il y aussi des slameurs connus comme Grand Corps Malade, Souleymane DIAMANKA, qui est plutôt beaucoup engagé dans la métaphore. J’ai essayé de m’identifier à sa plume au départ et par la suite, j’ai eu la chance de rencontrer Ombr’Blanch qui a apprécié mon style. Mais il m’a dit une phrase qui m’a beaucoup marqué, je cite : « Trouve ton identité artistique ! ».

Qu’est ce qui fait donc la particularité de Plume Céleste ?
Quand je fais du slam, je ne prétends pas être la voie des sans voix. Ou bien je ne prétends pas être un moralisateur ou un donneur de leçons. Je ne fais pas de l’art pour dire aux gens ce qui est bien ou ce qui est mal. Ce que je fais, c’est des analyses. J’aime beaucoup la réflexion. J’analyse l’environnement et les créations qui existent déjà pour pouvoir me différencier. Ce que je fais c’est de voir ce que les autres artistes ont proposé, dans quel genre ? Comment ils les abordent ? Je me suis spécialisé dans le storytelling. C’est-à-dire que je raconte une histoire nous appartient à tous et à la fin, je propose des pistes de réflexion pour nous permettre de prendre conscience. Je prends l’exemple de mon œuvre « Pupille de la Nation » sortie en hommage aux enfants des FDS. Nous avons tous chanté la paix au Burkina Faso, les FDS, les orphelins etc. mais on a très peu évoqué la question des enfants des Soldats. Je n’ai pas la prétention de dire que je suis le seul à avoir abordé la question, loin de là ! J’essaye plutôt de pousser plus la réflexion en apportant quelque chose de nouveau dans ce que les gens ont déjà abordé. J’utilise le pronom personnel « Je » pour dire que je ne suis pas en dehors de la création mais je suis partie de prenante. Je suis aussi un acteur de cette société que j’analyse.
Ta première œuvre a vu le jour quand ?
C’était en 2020 ! J’ai commencé les compétitions en 2019 et une année après, j’ai lancé un nouveau single. J’ai eu la chance à cette période d’être mentoré par Ombr’Blanch et c’est chez que j’ai réalisé ma première œuvre intitulée « Genèse ». C’était pour marquer la naissance d’un nouvel artiste. Ce single m’a permis d’être mature dans mes créations. Au jour d’aujourd’hui, j’ai fait sortir quatre singles donc un clip. Notamment ; « Genèse », « Paradis », « Horizon du bonheur » et « Pupille de la Nation ».
Est-ce qu’il y a une complémentarité entre tes études et ton métier d’artiste slameur ?
Absolument ! Pour avoir connu le slam, avant d’amorcer les études supérieures, j’avoue que cela a orienté le choix de mes études. Parce que je fais du journalisme. Le slam e le journalisme, c’est deux métiers intimement liés.
Est-ce l’identité que tu défends dans tes œuvres se ressens aussi sur la langue employée ?
Quand on parle d’identité africaine, il y a plusieurs éléments qui rentrent en compte. Il y a bien sûr la langue, les valeurs, la religion etc. Je pense que l’identité africaine, ne se définit pas seulement par la langue. La musique est un langage universel, peu importe la langue dans laquelle tu t’exprimes, le plus important c’est de faire sortir les émotions. Je ne parle pas forcément la langue mooré qui ma langue originelle, mais le plus important c’est de pouvoir dire ce que je pense et ce que je ressens. Pour l’instant, le français qui me permet de dire ce que je ressens. Quand je ressentirai le moment d’utiliser la langue mooré pour passer mon message, je le ferai.

Le slam est ouvert aux collaborations avec d’autres genres et filières artistiques. Est-ce que tu penses également à t’ouvrir vers ces formes de fusion ?
Par exemple le théâtre ! J’essaye de faire qu’à chaque œuvre, j’introduise de la création. Parce que chaque œuvre que je fais sortir possède un message clé. A l’instar de « Pupille de la Nation », je travaille sur un spectacle très prochainement qui sera un mélange de plusieurs arts, notamment, le théâtre, la danse contemporaine et le théâtre. Car ce sont des arts qui sont complémentaires. Ça me permettra de mieux faire comprendre mon message et de toucher d’autres publics. Je ne suis par renfermé et je ne suis pas ouvert à tout. Parce que l’Art que je fais possède des exigences et des valeurs que je prône. Donc je ne me vois pas collaborer avec n’importe qui.
Comment tu perçois le feedback de ton public après tes prestations ?
Déjà aucun artiste ne fait de l’unanimité, mais j’ai la chance d’avoir un public qui comprend ce que je fais et qui comprend surtout le message que je veux faire passer. En plus, il m’encourage donc pour l’instant, les œuvres que je fais sortir, je reçois beaucoup de feedbacks positifs. Surtout au niveau de la plume, notamment de l’écriture.
Comment fais-tu pour créer tes œuvres ?
Pendant j’écris un texte, je pense déjà au son en studio et au clip. Parce que chaque texte que j’écris, il faut un état d’esprit au niveau de la musique et du clip pour pouvoir être en accord avec le message que tu veux diffuser. Je ne suis pas un expert du son, mais je peux arriver au studio et proposer à un arrangeur mes préférences instrumentales et artistiques. Ensuite ensemble nous trouvons la bonne formule et les choix judicieux.

Quelle serait pour toi, ton plus beau spectacle qui t’a marqué dans ta jeune carrière qui commence ?
En toute impartialité, je ne défini pas le succès à la quantité des personnes qui viennent au spectacle. Sans hésiter, c’est aux 12PCA (Personnalités Culturelles de l’Année) en janvier dernier. Ce jour-là j’avais un texte que je n’avais jamais fait sortir. Là-bas, j’ai réussi à captiver et à dompter l’auditoire présent nombreux dans cette salle Canal Olympia Yennenga Ouaga 2000.
Quelle est ta formule idéale pour tes spectacles ?
L’art que j’exerce nécessite quelques conditions logistiques appropriées. Des scènes comme les 12PCA, les KUNDE sont des scènes qui réunissent des personnalités d’un certain standing et qui ont une faculté d’analyse assez professionnelle. Ce public est présent avec des conditions bien précises pour surtout écouter et analyser. Mais pas dans un maquis ou une boîte de nuit. Quant aux festivals, tout dépendra des valeurs que les promoteurs véhiculent et le choix des artistes.
Est-ce que tu possèdes une équipe administrative et artistique autour de toi pour bâtir une carrière exemplaire ?
On ne peut pas avancer tout seul ! peu importe ton art, peu importe ton talent, il doit avoir forcément des gens dans l’ombre qui font « le sale boulot » pour te mettre à la lumière. Il y a des gens qui sont disponibles à m’accompagner et à me soutenir. Je ne dirai pas que j’ai une équipe formelle avec une maison de production. Mais quand je travaille sur un projet, il y a des gens qui sont là pour m’apporter leur regard critique et leur expertise. Chaque projet que je fais sortir, il est validé par l’équipe. Il y a des gens qui connaissent ma plume mieux que moi-même (rires). J’ai eu la chance d’avoir un entourage qui me connaît depuis mes débuts, mes premiers textes jusqu’à ce jour. C’est un regard extérieur qui me permet de rester focus sur ma ligne artistique.
Aujourd’hui les jeunes sont à la course effrénée de la célébrité à tous les prix. Quel est ton regard en tant que jeune ?
Lorsque je me suis lancé dans cet art, j’avais une vision à long terme, futuriste. Car je sais déjà ce que je vais faire dans cinq, dix ans dans la musique et précisément le slam. J’essaye de suivre ce chemin-là. Je ne me décourage pas forcément parce qu’aujourd’hui je ne suis pas célèbre. Et je ne cherche pas à bruler les étapes. Je travaille juste dans l’ombre pour m’améliorer. Si un jour, ce à quoi j’aspire, l’opportunité se présente, je sois prêt pour la saisir. Je ne fais pas un travail de vitesse mais d’endurance. Quant à la célébrité à tous prix, tout est une question de valeur. L’art que je fais m’oblige à respecter un certain nombre des ses valeurs. Le message que je défends m’oblige à rester dans une certaine ligne. On voit des gens qui sont prêts à avoir de la célébrité au mépris de leur dignité et de leur valeur. Pour eux, c’est une échappatoire ! Ce n’est pas forcément le travail, ils comptent sur d’autres atouts pour obtenir ce qu’ils veulent. Après chacun pose ses actions à ses risques et périls. Il faut être prêt à assumer les conséquences de son action. Chaque acte que l’on pose, aura forcément des répercussions. Il faut tout simplement savoir ce qu’on veut et être prêt à assumer les conséquences. Parce que dans chaque métier que l’on exerce, il y a des vices, tout n’est pas parfait…(rires), il faut aussi un tout pour faire un monde. Il faut qu’il ait du mal pour que le bien puisse aussi se prononcer. Mais je pense que tout ce qui va arriver par la force du travail, viendra forcément…

Plume Céleste s’aligne donc dans quel paradigme ?
Le plus important, c’est d’avoir des valeurs à défendre vaille que vaille. Moi je pense que je suis né dans une société où on m’a appris un certain nombre de valeur et il est important de les maintenir. C’est ce qui fait notre force. Beaucoup n’ont pas ça ! Et beaucoup nous envie pour ça ! Malheureusement nous aussi on envie les autres (rires) pour ce qu’ils ont perdu (rires) mais c’est dommage ! Je m’efforce aussi dans l’Art que je fais, d’interpeller les gens et aussi dans ma façon d’être. Car en tant qu’artiste, nous avons une certaine légitimité quand on s’exprime.

Que peut-on présager pour toi en tant que perspectives ?
Dans les prochains mois, il y a un spectacle qui se peaufine dans les coulisses. Je ne vais pas devancer l’iguane dans l’eau mais je travaille sur un spectacle que j’envisage faire tourner. Je souhaiterais à travers ce spectacle voyager, faire découvrir aux gens qui ne sont pas d’ici, un regard burkinabè de la situation afin que les gens aient l’information vraie. Bien sûr ; et très bientôt un album.
Hervé David HONLA






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