DEZ ALTINO : « Dans mon style musical, personne ne peut me battre en live ! »
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DEZ ALTINO : « Dans mon style musical, personne ne peut me battre en live ! »

Auteur de sept (7) albums, Tiga Wendwaoga Désiré Ouédraogo dit Dez Altino a commencé dans carrière musicale en 2006. Kunde d’Or en 2013, il fait partie des auteur/compositeur les plus célèbre et talentueux du Burkina. A la faveur de la sortie de son dernier album « SAAGA », OXYGENE MAG est a allé s’entretenir avec le « Prince National » dans sa structure ALTINO Prod le 30 juin dernier.

 

 Plus de 17 ans de carrière musicale et toujours d’actualité. Qu’est ce qui nous vaut cette longévité ?

C’est grâce à nos fans et notre abnégation dans le travail. En toute chose, il faut de la discipline, du sérieux, de la conviction et du travail. Notamment, j’essaye toujours de corriger les imperfections tout en tenant compte des critiques des uns et des autres. On peut avoir le succès mais ce succès exige encore plus d’efforts. Je remercie Dieu pour tout ce temps et cette inspiration qu’il me donne tous les jours.

Comment est né le projet du 7è album « SAAGA » ?

J’ai commencé d’abord à faire des singles et à certains moments, j’ai trouvé nécessaire de bâtir un album que je concoctais depuis deux ans. « Saaga » au-delà de la pluie, c’est une rédemption. Bref c’est un album d’espoir. Nous l’avons préparé dans de très bonnes conditions en studio. Notamment avec les arrangeurs comme Peti Jeano, Pissi, Kevinson, surtout l’accompagnement d’Eliezer Oubda dans l’ingénierie du son.

Selon l’opinion nationale, le succès de cet album est allé assez vite…

Oui, dans « Saaga » il y actuellement une diversité de tubes et genre musicaux. Moi-même qui vous parle, je ne sais quel titre je vais choisir dans cet album pour poursuivre la promotion. « Saaga » c’est surtout son authenticité tant dans la composition et le choix du folklore.  J’ai choisi le rythme « Mansé » venu du Yatenga ma région, pour garder cette identité musicale. Idem avec « Makdaore », c’est pour perpétuer ce rythme à l’image du « Djecka » chez les Bissa, le « Warba » dans le plateau central ou encore le « binon » des Gurunssi. Sachez que le « Mansé » englobe beaucoup de rythmes avec quelques apports des instruments modernes. C’est en effet un choix personnel pour moi de vouloir rester authentique.

Au début de ta carrière vous aviez des difficultés à faire de la musique live. Aujourd’hui, c’est presqu’une exigence dans vos prestations. Qu’est ce qui justifie cette belle métamorphose ?

C’est vraiment le travail ! Sincèrement au début de ma carrière, j’ai commencé la musique de façon archaïque, je n’étais pas entouré, je n’avais pas de producteur. Je n’ai pas eu la même chance que certains artistes qui avaient été encadré au début de leur carrière. J’ai évolué presque seul mais, au fur et à mesure j’ai compris que pour faire la musique, il faut maîtriser au moins de B-A ba des exigences de cet art. Aujourd’hui je défie n’importe quel musicien avec ma musique… je dis bien avec ma musique ; qu’il ne peut pas me battre dans le live ! J’ai ouvert des studios, des salles de répétition où je travaille presque régulièrement. J’ai travaillé avec des bonnes personnes et aujourd’hui, je peux encadrer et orienter les jeunes dans le live. J’ai compris que chaque artiste doit toujours déceler ses points faibles pour les surmonter. Car souvent on peut commencer par le succès mais, artistiquement et musicalement, il y a beaucoup de déchets. Certains sont obligés de faire le sens inverse en revenant se former. Je continue toujours à travailler car je pense qu’il y a encore beaucoup de choses à découvrir dans la musique.

Parlant de succès ; du premier à album « Bon Dieu » jusqu’au tout dernier « Saaga », lequel te sens-tu fier ?

Je peux affirmer que mon deuxième album « Lampoko » à beaucoup marché. Mais aujourd’hui l’album « Saaga » est allé trop vite ! En moins d’un mois, cet album connait déjà de nombreux succès sur le plan médiatique et même dans les spectacles. Rendez-vous compte ; en saison pluvieuse, les manifestations culturelles diminuent. Mais en moins de 30 jours depuis la date de sortie, j’ai déjà 20 dates de concerts à travers le pays. En conclusion, je constate que l’album « Saaga » est en train de se démarquer comme étant l’album le plus fort de tous. Je salue surtout la réalisation du clip qui booste la promotion. C’est grâce au scénario, aux acteurs, je pense à l’acteur principal King Black Baguian qui a parfaitement incarné son rôle. Bref, « Saaga » a été unanimement accepté par les fans.

” Je ne considère pas ça comme une Tournée internationale ! Mais c’est un déplacement pour faire plaisir aux compatriotes.”

Pourquoi des artistes comme Floby et vous, n’arrivez pas à véritablement conquérir les scènes internationales ?

J’ai toujours dit que le fait d’aller jouer en Europe, aux USA ou ailleurs pour les burkinabè, c’est comme un accompagnement. Je ne considère pas ça comme une Tournée internationale ! Mais c’est un déplacement pour faire plaisir aux compatriotes. Faire une vraie carrière internationale, c’est aussi rencontrer de bonnes personnes qui ont un carnet d’adresse, qui sont du métier et surtout qui peuvent m’intégrer dans un canal de distribution assez fiable. Parfois, je postule pour certains festivals en Europe, mais malheureusement, ils ont déjà un catalogue d’artistes avec qui ils travaillent. Donc il me faut une équipe qui comprenne ce circuit.  Je pense aussi que nous n’avons pas de grands promoteurs locaux ici qui peuvent approcher les structures dans ces pays où l’industrie du spectacle bât son plein. Il y a peut-être un ou deux, mais, pour le moment, ils ne sont pas encore en pleine action. Mais, l’autre avantage aussi c’est que nous sommes bien connus au Burkina chez nous. Il y a d’autres par contre qui cherchent plutôt à se faire connaitre dans leur pays au Faso étant à l’extérieur, mais c’est difficile. C’est déjà mieux d’être connu chez soi avant d’aller conquérir l’international.

Est-ce que les collaborations musicales ne peuvent pas être des tremplins pour vous afin de conquérir l’international ?

C’est une belle opportunité. J’ai fait des collaborations intéressantes, notamment avec Lady Ponce. On devait jouer à l’OLYMPIA en 2020 mais malheureusement à cause de la COVID 19, on n’a pas pu jouer. Je trouve que nous les artistes burkinabè, beaucoup de collaborations à l’international ne marchent pas beaucoup pour nous. En continuant à le faire, ça reste des ouvertures à ne pas négliger. Ce que je n’aime pas, ce sont des collaborations monnayées. Cette forme de relations déstabilise l’artiste qui négocie, pourtant, je souhaite que cela soit sur la base d’un feeling entre artistes et créateurs.

La jeunesse est venue avec une forme de communication notamment Tik tok, de spectacle et même de musique. Pour certains, ils arrivent à remplir des stades. Quelle appréciation faites-vous de cela ?

J’encourage tous les artistes qui partent jouer au stade. Il faut avoir du courage, parce que se lever et aller organiser un concert au stade, ce n’est pas donné à tout le monde. Il faut que chaque artiste s’interroge au préalable sur le but de sa carrière. Qu’est ce qu’il vise en faisant la musique ? Qu’est ce que je gagne en faisant des concerts ? Sinon tout est permis dans notre métier. Mais l’artiste et son staff doivent toujours se poser de bonnes questions en se lançant dans de tels projets. Moi particulièrement le stade n’est pas ma priorité ! J’ai quand même 17 ans de carrière, si je ne l’ai pas fait, aujourd’hui, je ne vois pas pourquoi ça doit être ma priorité. Généralement ceux qui se basent sur Tik Tok pour se faire une place sur l’échiquier de la musique, c’est souvent éphémère. Bons nombres d’entre eux n’arrivent pas à jouer sur des scènes pourtant, ils ont été des supers stars sur Tik Tok. La musique aussi c’est au-delà des réseaux sociaux. Il faut bâtir une équipe et un travail conséquent. La musique aussi c’est de l’âme, mais une musique qui ne l’a pas, est vouée à être éphémère. A mon avis, c’est la musique authentique qui a de l’âme.

” C’est grâce au scénario, aux acteurs, je pense à l’acteur principal King Black Baguian qui a parfaitement incarné son rôle dans “SAAGA””

Qu’est ce qui explique vous soyez régulièrement invité à jouer dans les mariages, discothèques et provinces du pays ?

C’est grâce à mon authenticité. Le public se sent imprégné de mes œuvres. Ceux qui continuent à affirmer que les burkinabè n’aiment pas leur musique, aujourd’hui, ils doivent revoir cette affirmation. Quand on met la musique burkinabè, les gens se lèvent partout pour danser. Je pense que c’est aussi parce que j’essaye de faire le mixage de nos rythmes qui fait en sorte que le public me sollicite.

Cet entretien se réalise dans une vaste salle de répétition qui était auparavant votre appartement. De quoi est constituée aujourd’hui la structure ALTINO PROD ?

ALTINO Prod est une structure de production qui possède ; un manager général, des techniciens et ingénieurs de son et lumière, des DJ, des musiciens, des danseurs. Bref c’est une entreprise affiliée aux impôts et à la maison de l’Entreprise. Nous produisons également les jeunes artistes. Je travaille aussi avec un orchestre complet et parfois d’autres musiciens. Bref, la structure ALTINO Prod se porte comme une maison de production normale. On espère qu’elle prospèrera un jour (rires). Déjà en termes d’innovations dans la salle de répétition, on fera des directs live pour les artistes qui désireront jouer en présence des critiques (Musiciens, professionnels de musique, journalistes etc.) qui seront présents pour donner en direct, leurs avis sur les performances des artistes.

Grâce à la musique vous avez investi dans d’autres secteurs. Peut-on connaitre lesquels ?

J’ai développé des business dans l’immobilier, le commerce et la production…

…En ce qui concerne l’immobilier, il se murmure que vous avez beaucoup d’appartements à Ouagadougou…

(Rires)…En tout cas ; Dieu merci, je m’en sors assez bien dans le domaine immobilier tant à Ouagadougou qu’au-delà du Burkina. Nous avons pu acheter des terrains même au-delà du Burkina. Nous essayons d’investir car la musique doit rimer avec les affaires. Partout dans le monde, au-delà des grands studios, les artistes font aussi des grandes affaires dans divers domaines. D’autres exercent des activités ailleurs pour investir dans la musique, mais moi je fais le contraire. Ce sont les recettes de ma musique qui me permettent d’investir ailleurs. Tout ce que j’ai investit ailleurs, provient de la musique.

Les mécènes ne t’ont-ils pas soutenu financièrement à un moment donné ?

Tous les mécènes qui m’ont soutenu, sont avant tout mes fans. Au départ, ils ont cherché à me voir. Plus tard, à chaque activité officielle, ils m’invitaient pour des prestations.  En retour quand, j’ai un évènement, ils m’apportent leur soutien. Je remercie ces nombreuses personnes qui ont contribué à la visibilité de mes œuvres et de ma carrière.

Que pense Dez Altino de la gouvernance actuel de son pays ?

Ce que les artistes souhaitent aujourd’hui, c’est la paix ! Je ne voudrais pas connaître les causes qui nous ont amené dans cette situation. Ce que je souhaite est que les peuples s’unissent main dans la main. J’ai évoqué ce sujet dans ma chanson dans « FDS » afin qu’on puisse ensemble se battre pour une seule chose ; la paix.

” je passerai présenter « SAAGA » à Ouahigouya avec un détour au Canada pour une prestation en live au festival « Les voix du Faso »

Parlez-nous du Yatenga, votre ville d’origine pour terminer

Le Yatenga fait partie des grandes régions culturelles du Burkina Faso. La preuve en est que : il n’y a pas un artiste qui marche bien dans ce pays qui n’a pas fait un tour à Ouahigouya. A chaque fois qu’ils y viennent, ils font salle comble. J’en veux pour preuve les passages de : Floby, Hamed Smani, Tanya etc. Malgré qu’on décrive le Nord comme une région à risque, les évènements culturels vivent. Et je suis fier d’être un digne fils du Yatenga qui est une région résiliente et très attachée à la culture de manière générale. C’est un privilège. A la faveur d’une tournée nationale, je passerai présenter « SAAGA » à Ouahigouya avec un détour au Canada pour une prestation en live au festival « Les voix du Faso »

Hervé David HONLA

 

 

 

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