Koto Brawa flamboyant au Tamanoir
Regards Tapis Rouge Zoom

Koto Brawa flamboyant au Tamanoir

L’artiste burkinabè Koto Brawa était en spectacle le samedi 15 juin au Tamanoir à Paris sis à Gennevilliers. Présent sur scène avec son orchestre au grand complet, il a remué dans tous les sens, ce grand fourmilier au plaisir du public qui n’a pas voulu se faire compter l’évènement. Malgré une absence encore caractérisée de la communauté burkinabè.

 

Il est malheureusement regrettable qu’une telle icône de la musique africaine, née au Burkina Faso, ne soit pas connu dans son pays et de surcroit, qu’on rejette sa demande à la dernière édition de la Semaine Nationale de la Culture (SNC) : « J’avais déposé mes dossiers au grand complet pour participer à la Semaine Nationale de la Culture, on me l’a rejeté » a-t-il déclaré au micro de d’OXYGENE MAG après sa magnifique prestation au Tamanoir.

De son vrai KAMBOU Brahima, Koto Brawa est né à Bobo-Dioulasso en fin des années 70. Il a grandi dans un environnement familial Lobi et Dagara, sa tribu d’origine. Son folklore est régulièrement joué dans des cérémonies traditionnelles. Il été bercé par les musiques de funérailles Lobi telles que le « Derfou », le « Buro » et le « Pokoblou ». Batteur, chanteur et percussionniste à la base, cet auteur/compositeur chevronné a su parfaitement enduire les rythmes traditionnels Dagara et Birifor aux sonorités Jazz, blues ou encore Electro. Auteur de trois albums « Meet-IK » en 2007, « Gueïnto » en 2014 et le troisième en 2024 et sera disponible bientôt…

Pourtant, Koto est connu par de nombreux musiciens africains dans le monde. Il a fait ses débuts en accompagnant des formations musicales telles que : Barnako, Yeleen, Yelemani ou encore Bil Aka Kora. Il a partagé les nombreuses scènes avec des artistes de toutes les générations et les plus chevronnés. On peut citer entre autres : les camerounais Sally Nyolo et Manu Dibango, Edgar Sekloka, Yapa, Gasandji, Ryoko Nuruki, Debademba, Alif Naaba, Charly Sidibé, Wally Badarou…

 

certains musiciens de renom tels que Alain Nyamé à la basse et…

Très sollicité dans le Vieux Continent, Koto Brawa était donc à l’affiche le samedi 15 juin au TAMANOIR. Salle réputée à Paris pour offrir des spectacles grandeurs natures aux artistes à forte expérience. Le natif de Bobo-Dioulasso était sur scène avec une dizaine de musiciens au complet face à un public cosmopolite qui voue une admiration démesurée à l’artiste. 80% des instruments sur scène étaient des conceptions purement africaines et burkinabè. Du tam-tam au balafon en passant par la calebasse, la kora ou le kundé, les instruments s’accordaient parfaitement avec la flute moderne, la guitare basse d’Alain Nyamé ou encore la batterie Kevin Drum.

…et Kevin Drum à la batterie étaient aux avant postes

Koto Brawa a progressivement monté le mercure dans cette cuvette avec une parfaite concordance de rythmes traditionnels associés au funk avec surtout une bonne dose de percussions. Entre les tubes, l’artiste développait succinctement la signification de ses tubes en donnant des références sur leurs origines et les villes du Burkina Faso. Rôdé en termes d’harmonie musicale, l’auteur de « Meet-IK » a parfaitement rendu un spectacle d’1h45 en utilisant avec dextérité, les intervalles musicaux tels que les modes, les gammes et surtout les modulations. Ce qui n’est pas aisé quand on possède sur une même scène et un backline composé d’une pléthore d’instruments modernes et traditionnels. Avec surtout une parfaite balance réalisée au départ et une régie technique appropriée, Koto Brawa a su construire son spectacle en choisissant de façon progressive les mélodies de son répertoire. Surtout avec un tel dispositif de musiciens variés, il a su maîtriser les agglomérats des sons en fonction des différentes hauteurs qui se jouaient simultanément. Et le public le lui a rendu si bien, en entonnant et dansant toutes les chansons qu’il entonnait.

Le Tamanoir, comme toutes les salles de spectacle au monde, pour la plupart, il n’y a pas de chaises encore moins de zone vip. Tout le monde dansait devant la scène. Entre deux ou trois chansons, celui ou celle qui avait besoin de se désaltérer, une cambuse était disposée à l’entrée et tenue par une jeune étudiante burkinabè Nadine Dionou. Bières, jus naturels et même les mets locaux burkinabè en vente. Le temps d’ingurgiter une gorgée de houblon et les mélomanes revenaient danser dans la salle avec l’artiste. Pas besoin surtout de demander au public d’applaudir, les mélomanes réagissaient spontanément à chaque début et fin de tube.

Malheureusement, la communauté burkinabè dans sa grande majorité installée à l’Hexagone, n’a pas véritablement fait le déplacement. Pourtant, selon les organisateurs et certains compatriotes présents, l’information a été largement diffusée. « …je suis allés à plusieurs reprises au JUS où se trouve notre forte communauté pour passer le message et remettre les flyers. Même cet après-midi avant de venir ici dans la salle, je suis passé par là-bas pour les informer. Mais, ils ne sont pas venus » Affirme Malick dit Nemamiah, un compatriote en charge de la mobilisation du concert. Le personnel de l’Ambassade du Burkina en France a néanmoins fait le déplacement avec la présence des artistes et quelques burkinabè férus de la musique burkinabè à l’image des artistes ; Bako Bitiene, Kantala, Adama, Achille Nacoulma et bien d’autres…  

A l’issue du concert, l’artiste nous a accordé une interview (lire suite) tout en remerciant le public qui avait fait le déplacement. Il a annoncé la sortie très prochaine de son troisième album déjà prêt.

Tout en déplorant la platitude qui demeure et persiste dans l’industrie musicale burkinabè. Il est inconcevable qu’un artiste de cet acabit qui fait des grandes scènes en Europe ne soit pas régulièrement invité au Burkina dans son pays pour des spectacles. Il se propose même de faire certaines concessions pour se rendre utile pour son pays, mais ses propositions sont parfois rejetées. A qui la faute ? L’artiste ? les promoteurs culturels ? les diffuseurs, le gouvernement burkinabè ?

Hervé David HONLA

 

 

 

 

 

 

 

KOTO BRAWA : « J’avais déposé mon dossier à la SNC, on l’a rejeté »

 Entretien réalisé à la suite de son brillant concert au Tamanoir le samedi 15 juin à Paris.

 

Pourquoi on ne te voit pas en spectacle au Burkina Faso ?

Je viens tous les ans au Burkina Faso et j’ai monté et installé un projet qui s’appelle « Festival Badara ». C’est un festival qui fait le pont entre les musiciens burkinabè et les musiciens du monde. Il y a plein de projet qui se sont créés grâce à ce festival. J’amène des instruments que j’offre aux artistes musiciens et il y a des albums qui ont été créés à partir de ce festival. J’ai m’impression que ce genre de projets n’intéresse pas la jeune génération (Rires). J’ai appris la musique dans le tas avec des grands-frères qui m’ont donné l’opportunité. Je donne aussi cette opportunité à la jeune génération tout en continuant à apprendre.

 

A mon âge, je continu toujours d’apprendre dans les écoles. Je tourne dans le monde entier, je vais au Burkina, mais malheureusement je n’ai jamais eu de grandes opportunités de jouer. Même à la SNC de cette année, j’avais déposé mon dossier et on l’a rejeté. J’ai failli aller pour le FESPACO, mais ça aussi ça n’a pas été validé…Comme on dit souvent ; « Nul n’est prophète chez soi ». Ici en Europe, j’arrive néanmoins à me battre, à installer des projets qui fonctionnent bien.

Pourquoi tes musiques sont plus connues ici en Europe que chez toi au Faso ?

Dommage même ici, quand je fais des concerts, il y a rares des burkinabè qui viennent à mes concerts (Rires…). Je ne sais pas pourquoi ? Peut-être que la faute aussi me reviens. Peut-être que je ne fais pas la promotion qu’il faut…bref je ne sais pas ! Toujours est-il qu’on apprend toujours. Par exemple, le troisième album que je vais sortir en octobre 2024, j’essayerai de le faire connaître au Burkina Faso. Pourtant, j’ai été bercé par la musique du terroir. Mon papa m’emmenait toujours au village. J’ai été très proche aussi de ma culture en vivant en France. C’est en vivant ici que je me rends compte de toute la richesse qu’on a, mais qui est inexploitée. C’est la raison pour laquelle, je me suis plus rapproché de la tradition pour mieux comprendre en faisant des fusions. Je vis dans un monde qui est assez ouvert. Je fais de la fusion avec des musiques Jazz, Blues, Funk etc. Peut-être bientôt je mélangerais avec de la musique classique.

En compagnie de notre reporter après le spectacle

Un mot pour le Burkina Faso avec tout ce que nous traversons ?

Je souhaite énormément que la paix revienne au Burkina Faso pour qu’on puisse vivre et évoluer tranquillement. Même s’il y a des problèmes, des guerres, il ne faut jamais oublier de placer la culture au socle de la cohésion sociale. La culture doit être une source de pansement de ses plaies. Même dans nos traditions, quand les familles se bagarraient, ce sont des griots qui venaient pour rapprocher les familles. Il ne faut pas laisser la culture même quand on est en guerre.

Entretien réalisé au Tamanoir à Paris par Hervé D. HONLA

 

 

X