Romain BELEMTOUGRI : « La diaspora est disposée à investir au pays mais… »
Zoom

Romain BELEMTOUGRI : « La diaspora est disposée à investir au pays mais… »

Romain AbdoulAziz BELEMTOUGRI est né d’une famille de neuf (9) enfants et originaire de Ouargaye à 50 km sur la route de Tenkodogo, cet athlète en retraite prématuré, est le benjamin de sa famille. Marié et père de trois garçons. Il aura brillamment suivi ses études à Bobo-Dioulasso pour finir à l’université de Ouagadougou et à UCAO à Bobo-Dioulasso. Il est également le jeune frère du célèbre acteur culturel Innocent BELEMTOUGRI. Aujourd’hui en service à la SNCF en France. OXYGENE MAG l’a rencontré pour une interview à la suite d’un voyage de presse entre Paris-Nantes (A/R) le 13 juin dernier.

 

Qu’est ce qui vous a poussé à vous installer à Paris ?

C’est grâce surtout à un regroupement familial avec mon épouse et mes enfants. J’étais déjà marié quand j’étais au Burkina Faso, précisément en 2015 et nous nous sommes installés en France en 2018…

Vous le dites si naturellement, comme si on vient s’installer en France aussi facilement…

Mon épouse est franco-burkinabè et par conséquent c’était plus facile pour nous de choisir une terre d’accueil. Nous sommes arrivés en 2018 avec notre premier fils.

Etant au Burkina, quelle activité exerciez-vous ?

J’ai fait des études de droits et après j’avais créé une entreprise de transport logistique qui est toujours fonctionnelle au Burkina Faso, bien que ce n’est pas aussi prolifique autant que je le souhaite. J’ai aussi fait du sport et de la natation sur le plan professionnel et bien d’autres activités culturelles…

Vous êtes en service ici en France à la SNCF. Comment s’est passé cette intégration ?

Quand j’arrivais en France, je n’avais pas de préférence de métier. J’ai intégré la SNCF en tant qu’agent d’embarquement, les contrôles sur le quai. Selon moi, j’ai été rapidement avancé par mon chef. Je suis passé très vite et au bout de trois mois d’engagement, je suis passé responsable d’équipe, responsable d’accueil embarquement. J’ai toujours été retenu en contrat à durée déterminée (CDD). Et la possibilité d’intégrer la boite de façon pérenne pour passer en contrat à durée déterminée (CDI), c’est de passer contrôleur. Car c’est ce qu’on recherchait à l’époque. C’est donc comme ça que je suis arrivé dans le train comme chef de bord. J’occupe donc la fonction d’Agent de Service Commercial Train (ASCT), Chef de bord TGV.

Quelle est principalement votre mission dans le TGV OUIGO ?

L’ASCT a plusieurs missions sur un train. C’est notamment les missions de sécurité, de contrôle, de sauvegarde de recettes, puis de nos services à bord du train. Je m’occupe des procédures sur un TGV.

“Dans l’ensemble, j’ai été bien accueilli à la SNCF”

Burkinabè que vous êtes, comment s’est passé l’intégration et votre adaptation à la SNCF ?

Cette collaboration et cohabitation continuent tous les jours. Par ce qu’en termes d’accent du français (Rires), on continue toujours à s’intégrer. Vous avez dû remarquer lors du voyage qu’un collègue m’a gentiment dit qu’on ne dit pas « Repere, mais repère ». Bref ce sont des petits tics de temps en temps qu’on me fait en rigolant. Dans l’ensemble, j’ai été bien accueilli, bien qu’il y ait toujours des petites grisailles avec certains. Mais ça fait partie des relations professionnelles.

Pourquoi vos collègues vous appellent CHEF DU VILLAGE ?

(Rires) en effet, à chaque fois qu’on me pose une question si tout va bien ? Je réponds toujours que : « Ça va bien comme dans mon village » Car au village tout va bien, on est posé, serein et on est dans une ambiance bon enfant. On m’appelle donc « le villageois » et je réponds « oui ! » parce que je vis la joie et je suis un villageois. Voilà pourquoi je suis en arrivé à tel point que je suis le Chef du Village. Également parce que j’aime bien porter les tenues traditionnelles du Burkina en venant au travail. Je viens de chez moi avec du Faso Dan Fani, Koko Dunda ou autre marques conçues au Burkina. Ensuite je porte la tenue de travail.

Vous avez également une façon très particulière de vous exprimer à l’interphone quand il s’agit de vous exprimer aux passagers dans le train…

J’ai tout simplement voulu adapter le boulot à ma personne et non de m’adapter à mon travail. Pour moi, c’est la meilleure façon pour ne pas être dépressif. Pour être bien dans ma peau, ce n’est pas de trouver mon travail comme une corvée, mais plutôt m’amuser consciencieusement en travaillant. C’est une méthode qui colle à ma personnalité, donc je n’avais pas envie de la dissocier de mon travail. Aux vues des expériences, j’ai su ce qu’il fallait dire et ce qu’il ne faut pas. J’essaye de m’amuser sur tous les terrains, aussi bien des rumeurs, des jeux télévisuels, je vais sur tous les terrains, le tourisme, l’actualité, l’environnement de façon humoristique, uniquement pour rendre le voyage des passagers relaxant.

Un exemple ; l’expression « Hakuna Matata » ça vient de l’illustre Simon Compaore, tout comme ; « Les opérations se poursuivent » qui vient du journaliste de la RTB. Ce sont des termes que j’emploie mais que forcément les passagers ne savent pas pourquoi je les utilise, mais c’est pour amuser.

Tout n’est pas toujours rose dans un service. Vous avez eu à jeter l’éponge à un moment donné…

Oui c’est déjà arrivé ! Mais c’était au tout début de ma carrière. J’étais à trois voire quatre mois de service et j’avoue que je n’avais pas encore compris l’esprit de la maison et des relations humaines ici. Ça m’avait choqué, cette malveillance qu’on pouvait avoir avec les collègues. Mais c’est en forgeant que l’on devient forgeron. A un moment donné, je me suis dit qu’il faut que fonce, je n’ai pas d’autres choix que de tenir bon. Grace aussi à un collègue Axel Douard, j’ai pu relever la pente et je lui en suis très reconnaissant.

“Je n’ai pas de ressenti particulier en tant qu’un burkinabè indexé”

Avec la situation circonspecte qui se passe entre la France et le Burkina, est-ce que vous le subissez dans votre service ?

Au regard de la situation sociopolitique, les collègues qui ont souvent abordé le sujet, on arrive à échanger là-dessus. J’arrive à leur donner mon point de vue sur la situation sociopolitique du pays. Par contre, je n’ai pas de ressenti particulier en tant qu’un burkinabè indexé ici qui est en crise avec un pays comme la France. Je ne le vois pas comme un handicap, je trouve plutôt qu’on a des possibilités de faire des choses avec la France. Il suffit simplement de remettre les choses à plat, c’est aussi ça les relations humaines.

Vous faites partie de cette diaspora burkinabè dont-on voudrait voir intervenir aussi dans son pays. Est-ce que vous avez des projets tangibles au Faso ?

Si on arrête d’investir au pays, c’est qu’on est perdu ! Quoi que l’on dise, je suis en aventure, nos racines sont restées au Burkina. Nous sommes obligés de faire quelque chose au pays. La question ne se pose même pas ! A l’avenir je me vois bien au Burkina pour plusieurs raisons. J’ai toute la famille là-bas…

On évoque souvent la difficulté de la diaspora à se réintégrer et à monter des projets au Burkina…

Les difficultés peuvent exister au niveau administratif. Surtout partout où l’on voudrait partager ou proposer nos services, on demande toujours de payer. Pourtant, on a simplement besoin d’idée et de mettre en place un projet structurant. La difficulté vient de là, après, je pense qu’avec beaucoup de plus de communication et d’échanges surtout avec une politique qui encourage les investissements ou un retour volontaire de la diaspora avec une garantie conséquente, les choses peuvent bien se passer. Pour le moment, il a beaucoup qui sont sur cette longueur d’onde, mais on nous met les bâtons dans les roues. Mais aussi, on ne permet pas d’investir correctement et d’engranger un retour positif de nos investissements. Chaque fois que la diaspora fait un investissement, pour ceux qui sont au pays, ils se disent que ; le mec est loin, je vais me permettre de puiser dans ses investissements ; c’est dommage ! Non seulement l’investissement n’est pas pérenne parce qu’on le détruit à la base, mais on n’encourage pas d’autres personnes à faire pareil. Tant que la diaspora ne va pas sentir son investissement sécurisé, c’est normal que ça n’encourage pas d’autres à s’y lancer. On peut faire des investissements, mais tant qu’on n’a pas cette assurance, on est un peu retissant surtout quand on n’est pas sur place.

 

Quel est votre regard sur la situation de votre pays actuellement ?

Tôt ou tard, on va s’en sortir ! Je croise les doigts mais je me dis, il faut d’ailleurs que l’on s’en sorte parce que c’est en ça qu’on connaît la grandeur du Burkina Faso. En impliquant plus les populations, la diaspora et l’ensemble des fils et filles de ce pays. Il faut qu’on sache que tous ceux et celles qui sont issus de ce pays, qu’ils soient à l’extérieur ou à l’intérieur, ils ne peuvent pas jeter une pierre sur le Burkina Faso. C’est ensemble que l’on construit et c’est ensemble que l’on détruit. Se donner dos, passer le temps à se critiquer, passer le temps à ne voir que du mauvais, c’est une mauvaise perception de l’unité nationale. Il faut que l’on s’encourage mutuellement sur les bonnes choses et il faut qu’on ait le courage de se dire la vérité quand il y a des choses qui ne vont pas bien. C’est ensemble qu’on construit une Nation. Malheureusement on prend aussi souvent les gens qui sont à l’extérieur comme s’ils veulent montrer qu’ils connaissent, alors que ce n’est pas l’objectif. C’est ensemble qu’on construit et c’est dans la discussion qu’on trouve des solutions.

“J’ai hâte que mon pays soit l’eldorado en termes d’investissements”

Votre mot de fin.

J’ai hâte que mon pays soit l’eldorado en termes d’investissements le plus tôt possible. Rien n’est possible sans le travail et j’espère qu’ensemble, nous allons relever ce défi. Nous mettrons, je l’espère des projets qui développent le pays et qui créés surtout des emplois aux jeunes de toutes les localités de façon décentralisée. Que Dieu bénisse le Burkina Faso !

Entretien réalisé à Paris par Hervé D. HONLA

X