Benita Jacques à Cannes : Un doc qui doit faire le tour de la planète
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Benita Jacques à Cannes : Un doc qui doit faire le tour de la planète

« L’AFRIQUE, Berceau de l’humanité et des civilisations modernes » telle est l’œuvre captivante et fascinante que la canadienne d’origine haïtienne a présenté le 15 mai au festival de Cannes au Pavillon Afrique.

 

Au sortir de ce doc/fiction, la forte communauté africaine et de sa diaspora ainsi que les occidentaux ont réservé un standing ovation d’une vingtaine de minute à la jeune réalisatrice, Benita Jacques.

 

Présente la Croisette pour sa première fois, cette actrice, réalisatrice, scénariste et productrice a ahuri les cinéphiles et l’auditoire grâce à ce film documentaire qui retrace avec la façon la plus lucide et déontologique l’histoire de l’Afrique dans toute sa véracité.

Les débats sur les origines de l’Homme et sur la préhistoire ont toujours été la grande énigme dans nos civilisations. Pourtant les faits sont là et de nombreux chercheurs et historiens en ont démontré. Lorsque certains leaders ou communauté de la « race blanche » qui prétendent que la « race noire » est inférieure, s’acharnent aujourd’hui à contester les découvertes les plus fiables, la jeunesse a le devoir de rétablir la vérité.

C’est à ce challenge que Benita s’est engagée depuis déjà 12 ans.

Tout est parti selon elle, d’une triste expérience professionnelle qu’elle a vécue sur le racisme et qui s’est reconduite au sein de ses enfants. Dans la communauté caucasienne, elle se sent marginalisée voir exclue. Car l’Afrique de façon générale et la peau noire en particulier, ont toujours été diabolisé et surtout son histoire a été éclopé.

Cette actrice polyvalente s’est donc donnée pour mission de raconter l’histoire de la vraie civilisation noire qui est d’ailleurs l’unique civilisation de l’humanité.

Inspirée donc par ses enfants avec les encouragements de son époux, Bénita s’est jeté à l’eau en présentant d’abord les exactions que subit la race noire aujourd’hui dans certaines contrées. Le cas de Georges Flyod est venu raviver la flamme. Entre les images d’archives et actuelles que les noirs subissent de nos jours, il était opportun de rappeler l’histoire au monde entier. C’est avec émotion, chagrin et détermination qu’elle a posé sa caméra à l’épaule pour poser pied en Afrique, précisément à Dakar afin de reconstituer l’humanité.

Benita Jacques a commencé à interroger les personnalités ressources les plus gratifiées du continent noir qui sont surtout les héritiers de Cheick Anta Diop. Où et quand l’espèce noire est-elle apparue ? Certains historiens occidentaux ne pouvaient pas admettre que l’Afrique puisse être réellement le Berceau de l’Humanité. C’était une idée qui paraissait extrêmement saugrenue. Il fallait même faire preuve d’un grand courage intellectuel pour avancer une telle pensée. Depuis, la recherche s’est développée et les résultats sont connus. Nous savons aujourd’hui que l’Afrique est bien le Berceau de l’Humanité.

Benita Jacques, Actrice, scénariste, réalisatrice, productrice

La réalisatrice a présenté la genèse de l’humanité dans les moindres détails grâce l’intervention démonstrative et éloquente de nos chercheurs africains. Donnant régulièrement la parole aux anciens, aux conférenciers, aux étudiants avec l’assistance des techniciens de l’UNESCO, elle a recontextualisé les faits. Son passage émouvant à l’île de Gorée est l’image la plus émouvante de ce film. Cette île reste aujourd’hui un symbole de l’exploitation humaine et un sanctuaire pour la réconciliation.

Il en résulte que la reconnaissance de l’Afrique est nécessaire à la reconstruction de la mémoire et de la conscience historique, non seulement africaine, mais aussi humaine. Ce doc/fiction aborde tous les aspects de la vie et de la société : la Culture, la science, les premières technologies, l’architecture, les mathématiques, la religion, la charte et surtout la place prépondérante de la femme dans l’Humanité.

Un documentaire captivant avec des séquences nostalgiques où l’auteure laissait transparaître son émotion dans sa narration et les images. Considérée comme une artiste polyvalente et dévouée, Bénita se distingue par sa passion et son engagement à promouvoir la culture et l’éducation. Comédienne de théâtre à la base, surtout dès son plus jeune âge, elle a choisi de faire de l’Art vivant, sa tribune pour partager sa vision du monde. Cette haïtienne d’origine elle est détentrice d’un DEC en Arts et Lettres au Collège Marie Victorin et d’une licence en Arts Dramatiques de l’Université du Québec à Montréal (UQAM). Elle est diligente dans plusieurs productions théâtrales et cinématographiques populaires telles que : « Storylive », « L’Auberge du chien noir », « 30 Vies », « Rupture », « Mémoires Vives », « Gason Makoklen », « l’Innocence » et « Une démocratie assassinée ». Elle a été lauréate de plusieurs prix dans le cinéma à travers le monde.

En présentant ce documentaire ici à Cannes, Bénita Jacques grâce à la structure ZEN QUEEN MEDIA Production souhaite surtout que la planète toute entière puisse le voir et en faire un devoir de mémoire pour la postérité. L’intervention des journalistes, producteurs, cinéastes dans la salle après la projection dénotaient l’intérêt porté à cette production qui a été entièrement financé de « ses poches » dit-elle. « …Je ne plaints pas d’avoir casser ma tirelire pour produire et réaliser ce film. Mais aujourd’hui, mes poches sont vides. J’ai besoin d’argent et des distributeurs pour présenter ce film partout dans le monde. J’ai besoin de vous ! » martèle-telle désespérément presqu’en larmoyant. « …Si c’était un film sur l’esclavage, l’excision, la pauvreté de l’Afrique, la violence et la guerre en Afrique, j’allais rapidement avoir des financements. Mais comme c’est un film qui conscientise, je me retrouve sans aide. » renchérit-t-elle.

Déjà présente au FESPACO à deux reprises pour d’autres projets, elle compte venir l’année prochaine à cette biennale panafricaine pour présenter ce film et rencontrer le gouvernement afin d’exposer son projet. « L’Afrique se reconstruit grâce à ce que qui se passe au Burkina Faso. Je souhaite encore m’y rendre et présenter ce film afin qu’il soit inscrit dans l’agenda scolaire des enfants de l’Afrique et du monde » suggère-t-elle.

A la fin de la projection, Sébastien Pétrimony (milieu) s’est prononcé sur son implication dans ce film

Aux côtés de Sébastien Pétrimony, responsable de la structure « Afrique du Futur » qui a intervenu de façon poignante dans le film et lors des échanges au Pavillon Afriques, la réalisatrice espère que son séjour à Cannes puisse créer un déclic et déclencher une adhésion massive pour ce film.

Standing ovation après la projection

Au sortir de cette projection, l’émotion de l’assistance était palpable et la fondatrice de PAVILLON AFRIQUES, Karine Barclais n’a pas tarit d’éloges à la réalisatrice tout en la remerciant d’avoir choisi ce cadre pour présenter ce film mythologique et plein d’enseignement.

Hervé David HONLA

 

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