Yaovi Kheteti (Père du rap togolais): ” Pour une question de buzz, un artiste peut insulter son aîné !”
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Yaovi Kheteti (Père du rap togolais): ” Pour une question de buzz, un artiste peut insulter son aîné !”

Risher Kheteti, de son vrai nom de naissance Yao Richard Todjro est un auteur compositeur originaire de Vogan au Togo.

Considéré comme le pionnier du Hip-hop au Togo, il était inconcevable qu’OXYGÈNE MAG ne puisse pas lui arracher quelques mots.

Régulièrement en collaboration avec la célèbre structure FAMATH PRODUCTION de Mathias Fanho; Yaovi s’est aussi lancé dans la transmission auprès des jeunes dans la production de leurs œuvres depuis 2022 à travers sa structure musicale MS200K.

Celui qui aura transformé sa chanson “HUSTLER” en featuring avec Juliano qui est devenu l’hymne de la jeunesse togolaise, a bien voulu nous rencontrer ici à Lomé le 21 avril pour un entretien exclusif.

 

 

– Comment se porte le Hip hop ici au Togo ?

Merci aux fidèles lecteurs d’OXYGÈNE MAG, en effet le rap au Togo se porte plutôt bien. Il y a des artistes émergents talentueux et cela honore notre industrie du rap. La nouvelle génération est venue avec une nouvelle manière de rapper avec surtout un ancrage local et vraiment c’est bon pour le moral.

 

 

– À votre époque, comment le rap togolais se présentait ?

Je dirais plutôt que la musique et le rap en particulier sont intemporels. Il n’y a pas de véritable époque, mais malheureusement, il y a une certaine stigmatisation des animateurs, journalistes et artistes togolais qui se plaisent à dire qu’un artiste qui fait plus de 10 ans dans la musique est considéré comme un has been. Je ne partage pas du tout cette aberration. Ils diront ‘que tu as fait ton temps “. Je ne suis pas d’accord ! Moi je bosse avec toutes les générations et nous partageons nos créations et nos scènes ensemble. J’ai sorti mon album en 2009 et j’ai rempli le palais des congrès de Lomé en 2010. C’est en ce moment que le public togolais m’a véritablement connu et apprécié. Jusqu’aux jours d’aujourd’hui, c’est beau…mais ce qu’on a fait auparavant était meilleur que ce qui se passe maintenant.

“Les jeunes artistes se permettent d’insulter leurs ainés” Dixit le Père du Rap

 

Je m’explique : Avec l’avènement des réseaux sociaux et des techniques faciles de composition des œuvres, les artistes se permettent d’insulter leurs aînés, les autorités, bref tout le monde dans leurs œuvres. Pour une question de buzz, un artiste peut insulter son grand frère. Il n’y a plus ce respect qui existe. Mais les sanctions sont souvent rigoureuses. Avant il y avait ce respect qui existait mais sincèrement aujourd’hui, c’est du four tout à la limite, c’est de la dépravation musicale !

 

– Comment voyez- vous si possible une cohabitation des deux générations pour le bien du rap et de la musique togolaise ?

Personnellement je ne suis pas contre la nouvelle génération. J’ai fait beaucoup de featuring avec la nouvelle génération. Si je prends le cas d’un jeune artiste Juliano, je ne voudrais pas me passer aux yeux des togolais comme un orgueilleux ou un prétentieux, mais j’ai été celui qui l’aura coaché, soutenu et propulsé dans sa carrière. En somme, je ne blâme pas la nouvelle génération bien au contraire le courant passe bien. Il faut que les anciennes s’y mettent aussi comme je le fais. J’ai constaté que les anciens refusent de collaborer et d’avoir un regard attentif sur les jeunes. Je trouve que ce n’est pas à mon avis une meilleure façon de cohabiter. Quand je sors dans la rue, tous les enfants m’adorent, parce que je me mélange à la nouvelle génération. J’avoue aussi que les jeunes ont peur d’aller vers les anciens à cause de la peur souvent. Aujourd’hui au Nigeria, les anciens bossent avec les jeunes et ça fait un bon brassage.

“…Quand je sors dans la rue, tous les enfants m’adorent, parce que je me mélange à la nouvelle génération”

 

– En ce qui vous concerne, à quoi peut-on s’attendre dans les prochains mois en termes d’actualités ?

Heureusement je reste toujours le leader du rap togolais malgré les années. Je n’ai pas sorti d’œuvre ces dernières années car j’ai fait des tournées en Europe. En 2024, cette année, je compte sortir un nouvel album. Je m’y mets à fond. Dans cet album il y aura un véritable brassage de rythmes et de styles. Il y aura de l’amapiano, de l’afrobeat, de la musique togolaise, du pur hip-hop, bref toutes les tendances s’y trouvent. J’ai essayé de faire une mise à jour ou une sorte de régénération pour être accessible et d’actualité. C’est la raison pour laquelle les nouveaux mélomanes m’admirent

“…Le Burkina Faso serait pour moi une référence …”

 

– Les burkinabè pourront- ils vous voir au Faso ?

C’est tout le mal que je souhaite. Venir au Burkina Faso pour des spectacles, échanges, masters class ou featuring c’est l’idéal. J’ai été au Niger où j’ai fait sensation grâce à des collaborations avec des artistes nigériens. Le Burkina Faso serait pour moi une référence et j’espère qu’avec la structure FAMATH PRODUCTION de mon ami et partenaire Mathias, tout va bientôt se concrétiser !

 Hervé David HONLA

 

 

 

 

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