Papa KABORE depuis Lomé : « Au lieu de fuir, soutenons nos soldats »
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Papa KABORE depuis Lomé : « Au lieu de fuir, soutenons nos soldats »

 

Mahamoudou KABORE dit Papa Kabore est un opérateur économique très réputé au Togo où il réside depuis 22 ans. Mécène et facilitateur dans le milieu culturel et du showbiz, OXYGENE MAG est allé à sa rencontre le 17 avril 2024 dans son atelier sis au quartier commercial Agouè pour un entretien exclusif qu’il nous a accordé. Une première fois de s’adresser ouvertement à la presse et surtout de dévoiler ce visage qui cache ce nom immensément célèbre en Afrique de l’Ouest.

 

Pourquoi le choix de vous installer à Lomé ?

En effet, je travaillais à Ouagadougou et les responsables m’ont affecté ici à Lomé pour représenter la société en 2018. Plus tard donc, j’ai décidé d’investir à mon propre compte et d’ouvrir des micros entreprises. Tout début est difficile je ne vous apprends rien mais quand on y met de la volonté, le Seigneur, du sérieux et de l’honnêteté, on finit par atteindre son objectif. Je suis installé donc ici depuis 22 ans et ma famille est Ouagadougou, mais je ne manque pas un mois sans y aller et vice versa.

 

Quel est concrètement votre domaine d’activité professionnel ?

 

Je suis à la fois dans le commerce, l’industrie d’habillement et la construction. Ici où vous êtes en ce moment c’est un magasin d’habillement où je représente la marque célèbre burkinabè B-KOSS. Je suis aussi dans la cimenterie et l’import-export.

 

Comment se passe le climat des affaires ici au Togo en tant que burkinabè de la diaspora ?

 

En toute modestie, je dirais que le climat des affaires ici, se porte plutôt bien. On ne se plaint pas et nous arrivons à nous intégrer et les togolais sont très gentils et accueillants. On ne se sent pas marginalisé ou exclus du système des affaires au Togo.

J’ai cru comprendre que vous avez appartenu à une association des Burkinabè résidants au Togo. Comment la communauté s’organise ici ?

 

Il y avait une association des burkinabè dont le fonctionnement était en gestation et avec d’autres burkinabè, nous avons créé une autre association dénommée URBT (Union des Ressortissants Burkinabè au Togo) en 2016. J’ai été le président membre fondateur pendant mon premier mandat et démocratiquement, j’ai passé le relai à d’autres membres. Mais malheureusement après mon départ, l’association a de la peine à fonctionner bien qu’elle existe formellement. Quand il y a des rencontres et manifestations au consulat, les membres répondent toujours présents. Quand il y a des activités, la communauté se retrouve au niveau du consulat. Pendant mon mandat, c’est l’association qui organisait avec brio les festivités du 11 décembre avec le concours du consulat ici au Togo. On faisait venir des grosses pointures de la musique burkinabè telles que ; Floby, Wendy, Sana Bob etc. Depuis mon départ, c’est le consulat qui organise maintenant les festivités du 11 décembre en prenant plutôt les artistes burkinabè résidant ici au Togo.

 

Vous faites partie des rares opérateurs économiques burkinabè résidant au Togo qui s’engage concrètement dans le soutien des activités culturelles. Qu’est ce qui vous motive tant ?

 

Je l’avoue que je me suis intéressé à la culture de mon pays grâce à Floby. En effet, il avait été invité pour la première fois au Togo par des promoteurs, mais, ils n’arrivaient pas à joindre les deux bouts, notamment dans sa prise en charge. Quand on m’a exposé la situation, j’ai décidé de prendre les charges financières et depuis lors, Floby et moi ainsi que tous les artistes burkinabè et togolais font partie de ma « famille » (Rires). Aujourd’hui ; entre Floby et moi, c’est comme un père et son fils (Rires…) et j’en suis fier car Floby est une icône de la musique africaine….

 

…Apparemment vous avez rencontré Floby récemment ?

J’étais en Ouagadougou au mois de mars, il m’a invité dans le studio pour donner mon avis sur son prochain album qui sortira en juin prochain. J’en ai profité pour saluer Zêdêss qui travaillait aussi en studio. Bref dès qu’il nécessité d’échanger avec lui, on s’appelle. Bref c’est grâce à Floby que j’interviens spontanément dans le showbiz, mais ce n’est pas mon activité.

 

Vu de l’extérieur, quel est le regard général que vous portez sur la musique burkinabè ?

 

J’observe comme vous le dites la musique burkinabè, notamment ce phénomène intergénérationnel. Je les exhorte à travailler car la musique, c’est avant tout un métier. Ce n’est pas un jeu, c’est une entreprise et une entreprise dicte sa discipline, son code de travail et ses règles. Les artistes devraient également s’y conformer. Il faut être intelligent pour faire la musique et surtout composer une chanson. Il faut qu’ils prennent leur métier au sérieux. Il ne faut qu’ils s’asseyent en pensant que tout va tomber du ciel. Au Togo, les artistes sont en train de s’illustrer sur le plan national et international, c’est parce qu’ils travaillent. Santrinos par exemple est venu sur la scène musicale, il n’y a pas très longtemps. Aujourd’hui c’est célébrité nationale et même au-delà. Je sais que nos artistes au Burkina travaillent, mais qu’ils en fassent davantage. Surtout ce qu’il ne faut jamais faire c’est de copier.  Il faut que nos artistes puisent dans leur origine tant dans la langue que dans le rythme. Ici par exemple au Togo, les artistes chantent dans leur langue. Pourtant, ce qui est avantageux au Burkinabè, nos artistes véhiculent des messages intéressants. Mais dans d’autres pays, si vous écoutez ce qu’ils racontent dans leur langue, ce sont des insanités. Donc j’exhorte plutôt nos artistes à garder leur identité, leur intégrité culturelle en passant des messages qui reflètent l’intégrité de nos valeurs culturelles. Laissons les autres raconter ce qu’ils veulent dans leur chanson, mais nous, exprimons d’abord notre identité musicale.

 

Pourquoi il n’y a pas assez de collaborations artistiques entre le Togo et le Burkina Faso contrairement avec d’autres pays voisins dont je m’abstiendrai de citer les noms ?

 

Je pense que nos artistes doivent oser venir ici à Lomé pour faire des concerts. Rencontrer et échanger avec les promoteurs, les directeurs de spectacle, les médias et les artistes togolais pour nouer des partenariats gagnants-gagnants tant au Burkina qu’au Togo. J’essaye parfois de mettre en contact certains artistes. Notamment le featuring Floby-King Mensah dans son dernier album, j’ai été la courroie de transmission entre les deux artistes. Ainsi qu’avec le l’artiste camerounais Mink’s dans le tube « On va toucher le plafond » de Floby. J’avais également essayé de voir le groupe Toofan pour une collaboration avec Floby, mais ce n’est pas arrivé à son terme. Ce n’est que partie remise. Bref, le plus important, nos artistes au Burkina doivent aussi sortir, notamment leur staff pour venir ici et présenter leurs œuvres pour des futur.s spectacles.

 

Quel est votre avis sur l’artiste Tanya qui fait souvent des passages ici à Lomé ?

 

J’ai rencontré Tanya une fois ici car elle était venue enregistrée une chanson chez Master Just. Elle fait du bon boulot et je l’encourage à continuer dans cette lancée. Elle a une cousine non loin de mon domicile qui fait aussi dans la musique qui s’appelle Patricia. Elles sont régulièrement ensemble quand Tanya vient ici à Lomé.

Quel est votre regard sur la politique actuelle de notre pays le Burkina dont l’objectif prioritaire est la contribution des burkinabè dans la reconquête du territoire nationale ?

 

Quand je vois mon pays souffrir en ce moment, sincèrement ça me fait très mal, très mal ! Avant tu pouvais te lever à n’importe quelle heure et tu vas à Djibo, Titao, Fada ou encore à Douamtenga sans au remords ni inquiétude. Maintenant quand on dit simplement de te déplacer à Kongounssi, tu commences à poser des nombreuses questions. Je pense que nous burkinabè, nous devons s’entraider pour aider les autorités à reconquérir le territoire national. Il faut qu’on cesse les querelles internes inutiles. Pour le moment c’est la sécurité des populations qui nous intéressent. Que tout le monde, quelque soit son statut contribue à cet effort de guerre en soutenant nos vaillants « boys » qui sont au front. Au lieu de fuir, soutenons nos soldats. Sortir pour aller s’installer ailleurs, c’est déserter le pays et laisser notre Patrie aux mains des ennemis de la paix. Moi je n’ai jamais quitté mon pays, j’y vais tous les mois et c’est aussi par ce que je travaille à Lomé depuis plus de deux décennies. Encourageons nos autorités qui sont animées d’un esprit de patriotisme afin que nous retrouvions notre pays de paix d’antan. Ensuite, nous allons parler d’autres choses.

Propos recueillis par Hervé David HONLA depuis Lomé au TOGO

 

 

 

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