REVOLUTION : « Le Zouglou est une musique universelle »
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REVOLUTION : « Le Zouglou est une musique universelle »

Ils font partie de la nouvelle génération du Zouglou. Une génération orientée vers la fusion et le métissage. Invité par Karim OUATTARA, fondateur du projet ABIDJAN LAGUNA SHOW pour un spectacle grandeur nature hier. Le groupe REVOLUTION a bien voulu m’accorder une interview dans les loges VIP quelques minutes avant de monter sur scène.

 Quel est le regard que vous portez sur ce projet maous de Karim Ouattara, en créant ABIDJAN LAGUNA SHOW ?

C’est un grand projet qui met en lumière toutes les facettes culturelles et musicales de la Côte d’Ivoire. C’est un projet inédit et en tant qu’ivoirien, c’est un immense sentiment de joie qui nous anime. La Côte d’Ivoire dans son essence a toujours accueilli favorablement toutes les cultures. C’est donc, sans être prétentieux, que je dis que notre pays est la plaque tournante du showbiz africain. Ajouté à ce projet, ça ne peut qu’être salutaire. Il faut noter que chaque fin d’année ; Fally Ipupa est là. On a Burna Boy et bien d’autres…bref, presque tous les artistes viennent de divers horizons du continent à Abidjan. Ça fait donc plaisir de voir ce genre de projet en Côte d’Ivoire.

Parlons du Burkina Faso. REVOLUTION a monté quelques projets là-bas et vous étiez à un moment donné plus ou moins installé là-bas. Que représente ce pays pour vous ?

C’est la première fois pour nous d’avoir fait tant de temps sans venir à Ouagadougou. Ça fait déjà plus de deux ans qu’on est plus reparti au Burkina ! C’est un pays qui nous manque par ce que c’est notre pays de cœur. C’est pratiquement la deuxième nation où nous avons plus de fans après la Côte d’Ivoire et avant le Cameroun. On espère retourner très bientôt pour un évènement majeur au Burkina.

Ne restons pas seulement sur ça. Vous avez monté et réalisé des projets à Ouagadougou. Aurez-vous été déçu à la longue au point de laisser tomber ?

Il y a l’aspect business et il y a aussi l’amour que nous portons à ce pays. La villa REVO était une activité de cœur car on avait beaucoup d’amis au Burkina, beaucoup de frères et beaucoup de fans. En implantant cet espace culturel et gastronomique, c’était comme notre ambassade. Mais on n’a pas fermé par ce qu’on a été déçu. Nous avons fermé deux ans après l’ouverture, parce que nous n’avions pas les ressources humaines conséquentes pour pouvoir entretenir l’endroit. Avec aussi notre calendrier artistique assez chargé, c’était difficile pour nous, de passer régulièrement là-bas.

Parlons du Zouglou qui est assez prisé au Burkina Faso. Beaucoup d’artistes ivoiriens Zouglou sont invités à coup de millions à Ouaga au détriment de ceux qui y sont déjà. Est-ce une promotion déloyale ou une perte d’identité ?

Dans tous les pays il y a les ultras nationalistes. Il y a toujours cette partie de la population qui considère que culturellement, elle est lésée. Même ici en Côte d’Ivoire, les gens se plaignent que les artistes congolais envahissent le marché musical ivoirien. Certains estiment que la musique nigériane, congolaise et notamment les artistes viennent puiser dans l’assiette de l’économie de notre musique. Donc le phénomène est partout. Je trouve ça normal à mon humble avis car, nous sommes dans un monde de consommation. Par ailleurs, l’étranger dans nos cultures africaines est mieux accueilli que celui qui y réside. A Ouagadougou, les populations savent d’ailleurs bien le faire. L’étranger est bien protégé. C’est aussi le cas pour un artiste étranger qui vient jouer au Burkina. Il sera toujours mieux payer et bien pris en charge par le pays qui l’accueille. Je pense que parfois ce sont les activistes des réseaux sociaux qui causent tout cela. Ils font des propagandes pour véhiculer la haine et la xénophobie. Je pense qu’il ne faut pas que nous entrions dedans. Le monde d’aujourd’hui gravite autour des réseaux sociaux et c’est dommage. Mais je vous rassure, sur le terrain et dans notre milieu, on ne perçoit pas les choses de cette façon. Concernant les artistes burkinabè qui font dans le zouglou, je les encourage énormément. C’est une musique universelle bien que sa genèse soit puisée en Côte d’Ivoire. Mais il est normal que le Burkina Faso l’adopte et en fasse de cette musique ce qu’il veut. Je souhaite seulement qu’il l’adapte aux réalités et sonorités locales. C’est pour ça que nous encourageons et saluons le groupe burkinabè CAMPUS AMBIANCE qui sont nos frères et que nous connaissons bien. Au départ, même dans leur pays, ils n’étaient pas acceptés notamment leur musique, mais nous les avons soutenus. Aujourd’hui, ils font la fierté de la musique burkinabè, bien que le zouglou soit la base de leur identité rythmique. Aujourd’hui, je l’avoue, nous avons été les pionniers dans le renouvellement de la musique Zouglou. C’est vrai qu’une partie des ainés étaient très conservateurs, mais 15 ans plus tard, quand on fait notre bilan, nous pensons qu’une partie de cette mission a été accomplie, parce qu’il fallait que le Zouglou se renouvelle. Une musique est faite pour se réinventer si elle veut perdurer dans le temps. Les problèmes que nos aînés évoquaient dans les années 90, ne sont plus hélas, les réalités d’aujourd’hui. Nous-mêmes aujourd’hui REVOLUTION, quinze ans après notre création, il y a d’autres réalités. Les jeunes d’aujourd’hui ont une autre manière de percevoir la vie, la politique etc. Par conséquent, une musique comme le zouglou qui est une musique de message, est censée s’adapter et subir des mutations. Le zouglou pour répondre à votre question, elle doit être une musique africaine. Elle ne doit pas seulement être cantonnée en Côte d’Ivoire, elle doit subir des mixages, métissages et des collaborations. C’est ce que le groupe REVOLUTION essaye de faire depuis de nombreuses années. Nous avons de bons amis au Burkina ; notamment le groupe Campus Ambiance que j’ai cité tout à l’heure, Imilo Lechanceux, Floby et bien d’autres… la liste est très longue.

Quelles sont vos relations avec A’ Salfo de Magic System ?

Avec A’ Salfo nos relations sont très bonnes. C’est l’un de nos mentors, c’est une personne qui a beaucoup de valeurs à nos yeux.

Evoquons ce match de la CAN du 3 février dernier entre la Côte d’Ivoire et le Mali, qui a fait un tôlé à travers le continent, surtout la sortie médiatique de A’Salfo. Il y a eu beaucoup d’échauffourées avant, pendant et après le match. Comment en tant qu’artiste ivoirien, vous avez vécu cette situation ?

(Rires) Pour ceux qui connaissent bien les ivoiriens, ils doivent savoir que nous aimons utiliser de l’ironie dans nos discours. Même souvent ce qui est très sérieux, on dédramatise. Pour celui qui le connaît, A’ Salfo a une certaine façon de s’y prendre pour faire rigoler les gens sur des sujets aussi sensibles. J’estime aussi que si cette sortie a fait autant de bruit, c’est aussi parce que c’est le personnage immense qu’est A’ Salfo. Le nom qu’il porte est énorme et même comme il reste quelqu’un de très drôle, pour ce que nous savons de lui, c’est quelqu’un qui taquine toujours les gens autour de lui. C’est parce que c’est lui, que cela a créé cette vague. On peut comprendre ça à juste titre, peut être que dans le contexte ou dans le moment ce n’était pas opportun. Mais ça reste le doyen A’ Salfo.

REVOLUTION en termes de scoops pour moi qui vient de Ouaga ; Qu’est que vous avez fraichement sous la main ?

Vous avez raison, REVOLUTION ne sort pas pour sortir ! Juste avant la CAN, en tant que fan et des enfants qui ont grandi dans le Zouglou, il était de notre devoir de sortir une chanson pour rendre hommage à notre aîné Demko. Ça a fait beaucoup de bruits sur la toile et ça a touché des gens, par rapport à son addiction. C’est une chanson qui a activé certaines choses dans le cœur des gens. Juste après, pendant la CAN, on avait décidé de ne pas sortir de chanson pour la CAN, ni pour les Eléphants, et puis, il se trouve que les ELEPHANTS se trouvaient dans une mauvaise posture. Ils perdent 0-4 et nous REVOLUTION ; on a ressenti le besoin de dire aux gens de garder espoir. Alors nous sortons donc la chanson « On est debout » qui est en train de faire une grosse vague sur les réseaux sociaux. Pour certains millions d’ivoiriens, c’est l’hymne de courage des Eléphants. Un sursaut national et patriotique, bref, c’est une chanson qui a vraiment réveillé les ivoiriens. En réalité, nous sommes en train de préparer notre 6èalbum qui marquera nos quinze ans de carrière. Il sera intitulé « Noce de Crystal », un album de 12 à 14 titres. Il y aura des collaborations avec des artistes kenyans, congolais, sénégalais, ivoiriens et ougandais. C’est une ouverture vers une autre partie de l’Afrique qu’on voudrait aussi explorer. Nous voulons aussi remercier nos fans à travers l’Afrique et le monde pour tout le soutien depuis 15 ans.

Je m’en voudrais de ne pas vous poser cette question : Quels sont vos relations avec les artistes burkinabè ? Vous avez cité les artistes des pays qui figureront dans votre prochain opus « Noce de Crystal », je n’ai pas entendu le Burkina Faso.

(Rires…)  Le burkinabè qui nous suit beaucoup doit savoir qu’on a fait de nombreuses collaborations dont ; Floby, Imilo Lechanceux, Agozo, Campus Ambiance…nous avons récemment reçu la visite de Amzy et Elty qui sont passés à la maison au studio. Il y a Tanya qui doit passer aussi nous voir avec sa maison de production Takoun Production. Nos rapports sont au beau fixe avec les artistes burkinabè. Imilo vient à peine de m’appeler…c’est-à-dire qu’à tout moment on peut envoyer quelque chose pour le Burkina.

Terminons comme on a commencé avec ABIDJAN LAGUNA SHOW. Comment voyez-vous ce projet de Karim OUATTARA après la CAN ?

Ce que nous pouvons souhaiter est que, ce genre d’initiative perdure. Surtout que cela s’améliore dans le temps et deviennent une véritable institution du showbiz en Afrique. C’est vrai que tout est bien organisé et nous ne pouvons que lui souhaiter pleins succès et nous serons toujours à ses côtés pour apporter notre contribution.

Interview réalisée à Abidjan par Hervé David HONLA

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