Kaya Nooma : Répondre par le festival
Edito

Kaya Nooma : Répondre par le festival

Les festivals de musique sont aujourd’hui incontournables dans l’agenda culturel burkinabè. Le contexte de résilience oblige. Organiser chaque semaine, un peu partout dans les grandes métropoles des festivals, c’est aussi et surtout une réponse aux ennemis de l’unité et du vivre ensemble. Le meilleur message et la meilleure a été donné à Kaya du 14 au 17 décembre dernier à la faveur du festival KAYA NOOMA. Retour sur un festival qui a tenu toutes ses promesses.

 

La deuxième édition du Festival international des mythes et traditions Kaya Nooma était très attendue dans toute la province du Sanmatenga. Car cette riche région du Centre-Nord est emprunt aux exactions conflits armés entre extrémistes violents et le forces de l’ordre. Les victimes sont évidements les familles qui sont contraintes de quitter leurs habitations et localités pour rejoindre le chef-lieu Kaya. A l’entrée de cette ville, c’est un impressionnant relief d’habitats de fortune qui jonche la ville. Les déplacés internes sont logés et assistés par les populations et les autorités administratives, religieuses, humanitaires et culturelles.

A cause justement de l’insécurité dans la région, le festival n’a pas pu se tenir en 2022, mais grâce à l’opiniâtreté de son promoteur Rodolphe Directeur de la structure « Force d’la Culture » et des fils et filles de la région, ils ont ensemble décidé de relever le défi en organisant cette année, cette deuxième édition. « Les populations de Kaya s’impatientaient. Elles attendaient de ferme ce festival. Rendez-vous compte qu’une forte délégation des patriarches, sont même venus me demander de prolonger d’une semaine ce festival » affirme le directeur du festival. Preuve que KAYA NOOMA était très attendu. La ville ne vibrait que sur ce festival. Tous les jours, commerçants, riverains, artistes, forgerons, artisans et touristes etc. convergeaient en grand nombre sur le site du festival.

C’est une marée humaine qui arpentait le site tous les soirs. Impossible de se frayer le moindre passage ; piétons ou en engins à 500 m du site. Sur une superficie d’environ 2 hectares, le site du festival a refusé du monde. Contrairement à d’autres festivals, KAYA NOOMA met un point d’orgue sur le partage et le don de soi. Tous les jours notamment en journée, les artistes et personnalités publiques invitées au festival se sont volontairement et à cœur joie en offrant plus 2000 kits repas aux enfants et familles de déplacés internes. C’est l’un des moments émouvants de festivals. De Sofiano à Floby en passant par DJ DOMI, Aicha Trembler, Awa Boussim ou encore Prince Dossama, ils se sont prêtés à cet exercice.

Opération remise de kits par Aicha Trembler

 

Réputée pour être une ville riche pour son pôle émergent en matière de produits d’artisanat. De la maroquinerie en passant par les sacs en cuir, nattes de prières et les et les tissus bariolés, l’originalité fait sa fierté lors des grands festivals comme celui de Kaya Nooma. Les touristes se bousculaient dans les stands. Les organisateurs ont eu l’ingénieuse idée de faire le distinguo sur le site entre les compartiments d’objets artisanaux locaux et de la « chinoiserie ». L’autre particularité qu’on a pu apprécier avec stupéfaction dans ce festival, c’est les performances de la culture de la forge. C’est un secret de polichinelle, le Sanmatenga est le bastion des forgerons. Car à 5 km à l’ouest dans le secteur de Tiwêga, se trouvent trois hauts fourneaux très bien conservés de réduction du minerai de fer datés entre le XIIIe siècle et XIVe siècle. Ils ont été classés le 5 juillet 2019 au Patrimoine mondial de l’UNESCO avec quatre autres sites. Notamment, à Yamana, Békuy, Kindibo et Douroula. Ce festival a donc permis aux visiteurs d’échanger avec les forgerons et surtout d’assister aux différentes étapes de fabrication d’un minerai.

 

En observant l’enthousiasme des populations de Kaya pendant ce festival, tout porte à croire que KAYA NOOMA était très attendu dans la région. Toutes les couches de la société ont tiré son épingle du jeu. Du parking aux vendeurs à la sauvette en passant par les intermittents des festivals et les volontaires, tous sont unanimes à affirmer que ce festival doit davantage être pérennisé et soutenu par les plus hautes instances du pays au regard de la réponse qu’il apporte aux ennemis et du réconfort qu’il donne à la région.

Sofiano aura été phénoménal

 

Les spectacles et les plateaux musicaux ont également rempli toutes leurs promesses. Un backline assuré par la structure Adonidja qui distillait une sonorisation d’appoint, ce qui a permis surtout à Sofiano de donner un spectacle live les plus réussi de sa carrière d’artiste musicien. Musiques traditionnelles et musiques modernes se conjuguaient idéalement sur la même scène sans discrimination avec une bonne dose de parenté à plaisanterie. Certes, les festivaliers se donnaient à cœur joie en écoutant de la bonne vibration des auteurs/compositeurs, mais l’objectif de Rodolphe et son équipe étaient de passer un message aux autorités politiques et militaires. Kaya se portera si et seulement si des évènements de ce genre existeront. C’est environ 12 000 personnes qui convergeaient tous les soirs sur le site. Un record en termes de rassemblement à Kaya.

KAYA NOOMA en quatre jours, aura apporté une réponse tangible aux besoins de populations qui, parfois, sont entretiennent imbibées dans une sorte de psychose au quotidien.

Hervé David HONLA

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