IBRAHIM KOMI :” Mon aspiration est de voir notre pays émerger dans le domaine créatif “
Entretiens Regards

IBRAHIM KOMI :” Mon aspiration est de voir notre pays émerger dans le domaine créatif “

 

 

Ibrahim Komi, artiste-plasticien de renom dans le monde des arts, a laissé son empreinte artistique sur plusieurs rues et carrefours de la capitale. Ancien soldat de première classe du Régiment de sécurité présidentielle, il a succombé à la passion de la peinture et de la sculpture. Originaire du village de Sala dans le Loroum, cet artiste talentueux se distingue par son ingéniosité et ses projets créatifs. Lors d’une rencontre avec notre journal en ligne, Ibrahim Komi s’est révélé discret mais a partagé les détails de sa carrière artistique et ses projets ambitieux pour les arts plastiques. L’échange a eu lieu le 28 Novembre 2023 au “Monument et merveilles”, l’une de ses créations située dans le secteur 30 de Ouagadougou.

 

Pourquoi ce long silence depuis 7 ans?

Le silence que j’ai choisi a été une période de réflexion, car parfois, il est essentiel de réorienter sa trajectoire lorsque les choses ne se déroulent pas comme prévu. J’admets avoir rencontré des obstacles, et ce silence a été ma manière de repartir sur de solides bases, de me relever avec une nouvelle détermination. Cette discrétion était nécessaire pour mon propre bien-être.

Quelle est l’orientation que vous avez optez dans la sculpture du ciment?

Mon objectif est de hisser ce métier à une stature plus noble et de le transmettre à la génération future afin que ce talent puisse s’épanouir, permettant ainsi au Burkina Faso de vivre pleinement de cet art encore peu connu. Je considère comme un devoir de le faire découvrir, de préparer une relève, afin que cet art puisse avoir l’impact qu’il mérite, similaire à celui que nous avons observé dans d’autres pays lors de nos voyages. Ma mission consiste donc à former la jeunesse en vue de prendre le relais.

Qui sont vos cibles de consommateurs ?

Je n’ai pas de cible particulière, je laisse librement mes créations être appréciées à leur juste valeur par ceux qui le souhaitent. Cibler une personne peut créer une obligation, alors que l’amour de l’art devrait être naturel. Actuellement, je consacre moins de temps aux expositions, car cela ne suffit plus à répondre à la demande croissante. Les sollicitations internationales et nationales me posent des défis pour honorer certains engagements. J’ai formé une soixantaine de jeunes talentueux dans le domaine, et vous constaterez, lors des expositions en ville, que de nombreuses œuvres ne sont plus de moi. Je préfère rester en arrière-plan, laissant ainsi la place à la jeunesse pour qu’elle soit appréciée par la population, car les critiques donnent un sens à l’inspiration. Bien que le temps ne me permette plus d’organiser des expositions, je continue de réaliser des œuvres sur commande.

Comment se porte actuellement votre activité ? 

Je suis extrêmement fière du succès de mon activité, car c’est ce qui nous anime au quotidien. Ce métier a engendré de nombreuses autres opportunités, et je suis reconnaissant envers Dieu pour cela.

 

Vous êtes installé à Karpala mettant par la même occasion un vaste projet, De quoi s’agit-il ?

Il y a exactement quatre ans, j’ai lancé ce projet qui, bien que coûteux et toujours en cours, est une entreprise destinée à marquer ma génération. En tant qu’artiste, je crois en laisser une empreinte significative dans le domaine de la créativité. Nous sommes tous appelés à quitter ce monde un jour, et ce projet représente ma contribution à laisser un héritage durable. Il s’agit d’un espace récréatif, historique et culturel où les générations futures pourront découvrir divers aspects de la vie, de la pêche à des valeurs en voie de disparition. L’architecture que nous mettons en place évoque la préhistoire, les grottes, et la fierté que nos ancêtres avaient pour leur vie ancienne. Ce n’est pas simplement la construction d’immeubles ou de gratte-ciels, mais la création d’un site qui met en valeur nos origines, retraçant les valeurs de l’antiquité d’une manière architecturale moderne, une fusion entre le traditionnel et le moderne.

C’est une charge financière énorme, un tel projet coûte combien ?

Actuellement, nous utilisons du ciment comme principale matière première, bien que la main-d’œuvre sur place ne soit pas évaluée à sa juste valeur de facturation. Les tâches effectuées jusqu’à présent sont estimées à 310 millions, mais il reste encore 120 millions pour compléter le projet.

 

Quel vision souhaitez-vous donner à cette forme d’art où vous excellez le mieux ?

Mon aspiration est de voir notre pays émerger dans le domaine créatif, allant au-delà des simples événements musicaux, afin de démontrer que nous regorgeons de talents variés. Je souhaite mettre en lumière nos potentialités artistiques dans toute leur diversité. C’est un appel pressant aux autorités pour qu’elles s’engagent dans le développement de la créativité et favorisent son expansion.

 

En terme de formation, et de transmission, est-ce que les jeunes en bénéficient?

Les jeunes qui m’entourent ont rejoint volontairement mon projet, tandis que d’autres ont répondu à mon appel et ont été guidés. Certains sont présents depuis 4, 5, voire 6 ans. Je les forme avec bienveillance, sans attendre de reconnaissance en retour. La plupart de mes anciens élèves sont aujourd’hui mes concurrents, malgré la nature parfois malhonnête de ce milieu.

Dans la vie, attendre la reconnaissance de ceux à qui l’on a fait du bien peut être décevant. Je ne cherche pas à rivaliser avec mes élèves, car cela me fait plaisir de les voir exceller dans leurs créations. Cela m’encourage à entreprendre de nouveaux projets, car de nombreuses idées fourmillent dans ma tête. Bien que je ne crée pas pour l’argent mais par amour, je regrette parfois que certains collaborateurs n’aient pas été à la hauteur. Malgré tout, je reste ouvert et généreux, enseignant sans réserve ni secret. C’est une réalité parfois triste, mais c’est aussi leur façon particulière de montrer leur reconnaissance. Certains partent avec des cadeaux, et tant que Dieu me donne la force, je continuerai à les former autant que possible.

Quels sont vos souhaits ? 

J’aimerais voir une meilleure structuration de l’art. Si le ministère et les gardiens de la culture s’engagent davantage, cela permettrait de réorganiser les choses et mettre fin à certains désordres. La remise d’attestations pourrait contribuer à maintenir les jeunes dans les centres de formation, facilitant ainsi la justification de leur parcours et de leurs compétences professionnelles.

 

Un mot pour la fin.

J’exprime ma gratitude envers les journalistes culturels, notamment ceux d’Oxygène Mag Info, qui déploient des efforts louables pour faire connaître nos œuvres et insuffler de la vie à la créativité.

 

N’DOUONMOU AÏDA 

SAM MICAËLLE 

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