Tapis Rouge

Salia Sanou milite pour une Souveraineté Culturelle au Burkina Faso.

Sanou Salia, Directeur du Centre La Termitière et fondateur du festival international “Dialogues de Corps“, a partagé lors d’une interview le 6 décembre 2023, l’importance de la quatorzième édition axée sur l’exploration du corps en tant que médium de notre relation au monde.

Face aux défis contemporains, les créations chorégraphiques abordent des thèmes tels que ; la résilience, l’accès aux droits, la Liberté et la Solidarité, offrant une perspective entre le passé et le futur.

Dans un contexte mondial préoccupant marqué par l’insécurité et l’extrémisme violent, Salia souligne le rôle crucial de l’Art et de la Culture pour questionner, donner du sens, et favoriser la convivialité et le vivre ensemble.

L’édition 2023 du festival se présente comme une réponse artistique et engagée aux enjeux actuels.

La 14è édition se déroule dans un contexte sécuritaire difficile. Sous quel signe placez-vous cette édition ?

Cette édition est marquée par la résilience, car elle devait être maintenue à tout prix. En tant qu’artistes, nous considérons sérieusement notre rôle dans la médiation culturelle, le dialogue et la réflexion, offrant au public un espace de quiétude et d’harmonie malgré les défis.

Ce n’est plus une simple cérémonie de danse car cet évènement créé un lien culturel panafricain. Qu’est ce qui fait la particularité de festival ?

Le Festival représente un projet ambitieux, un défi résultant de la fusion de nombreuses idées. Cette année, les contributions proviennent d’au moins 10 pays d’Afrique, d’Europe et des États-Unis. Chaque artiste, venant de territoires variés, aborde des questionnements et des problématiques propres à sa région dans son spectacle. L’élaboration de la programmation prend en considération la dimension multidimensionnelle de chaque artiste, reflétant ainsi la diversité des perspectives. Cette diversité nourrit le festival en créant un foisonnement d’idées, l’engagement des artistes et un esprit créatif, le tout dans un élan de solidarité.

“Cette année, les contributions proviennent d’au moins 10 pays d’Afrique, d’Europe et des États-Unis” Salia SANOU

 

Pour cette édition, quelles seront les grandes innovations ?

Cette édition présente une belle innovation en collaborant avec le Festival CinéDroit Libre, un événement cinématographique axé sur les droits humains. Le dialogue de corps aborde également le même sujet, offrant une approche unique en tenant les deux festivals simultanément et en inaugurant conjointement la semaine. Des conversations entre artistes, étudiants, porteurs de projets et enseignants seront encouragées, permettant de partager expériences et projets. L’intégration des arts plastiques de Wékré offre une dimension visuelle unique, exposée tout au long des programmations. Chaque édition veille à ce que la danse dialogue avec d’autres disciplines artistiques, incluant des cafés concerts pour une ambiance conviviale et fraternelle après les spectacles, invitant le public à esquisser des pas de danse.

Comment se porte la danse au Burkina Faso ?

La danse connaît une croissance significative au Burkina Faso, bénéficiant d’un solide maillage territorial. Le CDC joue un rôle central dans la structuration de la danse contemporaine, offrant formation, résidences et organisant le dialogue de corps. Cette chaîne de valeur, soutenue par des structures sœurs comme ANKATA, contribue à l’évolution de la danse. Malgré des défis de financement et de soutien structurel de l’État, la discipline progresse au Burkina Faso, se démarquant favorablement par rapport à d’autres pays de la sous-région.

“…Chaque édition veille à ce que la danse dialogue avec d’autres disciplines artistiques…”

 

En termes de bilan de DIALOGUE DE CORPS que peut-on dire en substance, notamment sur son impact dans l’industrie du spectacle au Burkina et sur la filière en elle-même ?

En 14 éditions, le festival a maintenu son impact positif, assurant sa pérennité. En 20 ans, cet événement a joué un rôle crucial en offrant aux artistes l’opportunité d’interagir avec le public et de présenter leurs projets à l’échelle internationale. Sur le plan mondial, le bilan est positif, contribuant à hisser le Burkina Faso à l’avant-scène de la création chorégraphique. Du point de vue culturel et économique, l’organisation du festival Dialogue de Corps génère des retombées significatives, bénéficiant à toute une chaîne, de la restauration aux hôtels.

Salia Sanou vous glanez de nombreuses récompenses dans le monde et des spectacles sont multiples. Qu’est-ce qui vous donne autant de succès ?

J’ai toujours placé le travail au centre de tout. Pour moi, l’organisation, la rigueur, la curiosité et l’abnégation sont les clés de notre existence. Je travaille pour exister, non pas pour obtenir des récompenses, même si les reconnaissances réchauffent le cœur. La danse représente le combat de ma vie, et je mets tout en œuvre pour y parvenir.

“…La pérennité du CDC repose sur ma capacité en tant que créateur à présenter mes projets à travers le monde” Salia SANOU

 

Comment arrivez-vous à vous occuper du CDC La termitière, vos spectacles dans le monde et DIALOGUE DE CORPS ?

En tant que Directeur, je suis le guide de la ligne directive, supervisant l’organisation administrative et la formation. Mon équipe m’accompagne, contribuant à la concrétisation de mes projets et créations à l’échelle mondiale, tout en nourrissant le paysage artistique au Burkina Faso. La pérennité du CDC repose sur ma capacité en tant que créateur à présenter mes projets à travers le monde, soulignant l’importance cruciale de l’organisation et de l’accompagnement.

Quels sont les relations que vous entretenez avec vos confrères et consœurs chorégraphes qui organisent les évènements de dansent au Burkina Faso ?

Dans ce milieu, cultiver des relations de qualité, de complicité et de collaboration est essentiel, et un esprit d’ouverture s’avère indispensable. Actuellement, mes relations avec mes collègues sont harmonieuses, marquées par l’inclusion, le respect mutuel, le soutien et la solidarité.

“Pour moi, la culture doit être aussi souveraine que l’armée, passant de la rhétorique aux actions concrètes…” Salia SANOU

 

Qu’attendez-vous de l’Etat et du gouvernement de la Transition ?

J’attends beaucoup de l’État et du gouvernement de la Transition. Pour moi, la culture doit être aussi souveraine que l’armée, passant de la rhétorique aux actions concrètes. J’espère des initiatives à long terme, notamment en matière de formation, d’infrastructures et de soutien à la création et à la diffusion artistique. Le manque d’infrastructures et d’équipements culturels au Burkina Faso est un défi majeur qui nécessite une réflexion approfondie de la part de l’État. La souveraineté culturelle burkinabè implique une autonomie financière, car actuellement, de nombreux grands festivals dépendent de financements étrangers. Le théâtre populaire, en tant que patrimoine immobilier de l’État, requiert une intervention urgente du ministère de la Culture et des Infrastructures pour le préserver face aux menaces sécuritaires et à la détérioration de son environnement à Ouagadougou. C’est un cri du cœur pour sauvegarder ce lieu emblématique au cœur du paysage culturel burkinabè.

Un mot de fin ? 

J’encourage vivement le public burkinabè à cultiver la curiosité, car c’est par la curiosité que l’on fait des découvertes, que l’on dialogue avec autrui et que l’on progresse. Je les invite à explorer ce que nous offrons.

N’douonmou Aïda

 

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