Edito

BILAN REMA 2023 : On ne mesure pas la portée

La sixième édition des Rencontres Musicales Africaines (REMA) s’est achevée le 21 octobre dernier par un gigantesque concert à la Place Mémorial des Héros Nationaux. Retour sur une activité qui vient d’être inscrit au panthéon des évènements culturels du Burkina Faso.

Durant trois jours, du 19 au 21 octobre dernier, les REMA ont regroupé une pléthore d’activités à Ouagadougou sur la musique avec comme thème central : « Diversité artistique et découvrabilité, au cœur de la création musicale ». Pendant donc 72h intenses des acteurs et professionnels de la filière musique ont amplement échangé et débattu sur la mise en place d’une véritable plateforme de partages d’expériences. Il a surtout été question du business de la musique en Afrique à travers les Panels Professionnels, des Keynotes, des Workshops, des Showcases, des Speed meeting, un concert géant de clôture etc.

Au regard du contexte sécuritaire délicat, rassembler autant de monde et surtout des professionnels de la musique, pas des moindres, venus d’une vingtaine de pays à travers la planète y compris des responsables diplomatiques…ce n’est pas plus aisé au Burkina surtout émanant d’une structure culturelle privée, la COUR DU NAABA fondée par l’artiste Alif Naaba, également Directeur des REMA.

Alif Naaba, Directeur des REMA

 

Le plus encourageant, c’est l’engagement très étroit du Programme des Nations Unis pour le Développement (PNUD), de l’Ambassade extraordinaire et plénipotentiaire de la République Fédérale du Brésil auprès du Burkina Faso avec la présence himself et tous les jours de l’Ambassadrice S.E Mme Ellen Osthoff Ferreira De Barros. Le projet « Nos voix pour la paix » porté par la COUR du NAABA qui a vu le jour le 10 octobre dernier, sous la houlette d’Alif Naaba grâce au Programme des Nations Unies (PNUD), a connu sa première grande articulation pendant les REMA. En effet, plusieurs artistes burkinabè se sont alliés pour une croisade pour la paix. Le premier message est parfaitement passé le 21 octobre du côté de la place du Mémorial des Héros Nationaux.

L’une des particularités des REMA, c’est la nomenclature et le profil des invités présents à Ouagadougou. Professeurs d’Université, Hommes politiques, Responsables d’institutions, les artistes, les journalistes… Des structures réputées comme Movement Of Creatives Africas (MOCA), le MASA en Côte d’Ivoire, Jaiye Enjoy Good Music en France, Programme Escale Bantou au Cameroun, Visa For Music, Francophonie, Agence MAA, BOMAYE Musik, Nemesis ou encore No’oCultures.

De façon générale, les REMA 6 ont connu une affluence notoire contrairement aux éditions précédentes dont beaucoup d’acteurs burkinabè de musique observaient avec beaucoup d’appréhension. Aujourd’hui, bons nombres semblent revenus à la raison, allant même à affirmer que « c’est une aubaine que les REMA sont nées au Burkina Faso ». Les trois panels ont rempli les attentes du comité d’organisation. Habitués à jouer aux abonnés absents quand il s’agit de débats, le signe indien s’est plutôt été brisé à Bravia Hôtel où se déroulaient les panels. Mais, triste est de constater que les acteurs directs de la filière musique burkinabè continuent à faire grise mine aux REMA. Au regard de la pléthore des maisons de disque et des directeurs d’évènements qui existent au Burkina Faso, dommage qu’ils n’étaient pas présents aux assises et aux rencontres.

Les « Speed Meeting » étaient presque vides pourtant, de grosses maisons de disque et de production de la planète étaient représentées. Seul Destiny Prod de Tidiane Ouédraogo encore le Groupe Slamazone, BSL de Huguo Boss étaient assidus aux rencontres. Pourtant, pas une semaine ne s’écoule dans les grandes métropoles au Burkina sans qu’un évènement musical, ne se produise. Même au meeting de la FFEPAA (Fédération des Festivals de Musique, des Producteurs, Editeurs et Artistes Musiciens d’Afrique) où l’on s’attendait à voir une bonne brochette des éditeurs et producteurs à cet évènement, mais, il n’en a rien été.

Les débats sont certes édifiants, l’Africain est très habile et loquace quand il s’agit de jouer les bons orateurs. Mais tout reste théorique, sans véritable suite. Les REMA devraient quantifier et produire des documents ou synthèses pour tout ce qui a été dit ou arrêté lors de chaque édition. Des exemples concrets de collaboration ou contrat en créateur/Producteur, Editeur/promoteur, Tourneur/artiste etc. doivent présentés et salué comme des signes d’amélioration et des statistiques pédagogiques pour d’éventuels recherches.

L’initiative de primer, le jeune talent de la musique africaine soutenue par l’Ambassade du Brésil est noble et mérite d’être abordé avec acuité. Mettre l’accent plutôt sur la qualité des prestations et le talent des candidats, au lieu de tomber sur le coup de l’émotion et la charité dans les critères. Une cagnotte plus consistance et revue à la hausse serait plus encourageant, au regard des efforts que les créateurs fournissent tant dans le déplacement et les jobs en studio. Les journalistes culturels burkinabè ou les critiques d’Arts peuvent être aussi des panélistes. D’autant plus que certains se spécialisent de plus en plus dans la musique. La présence et les interventions de l’Institut Français de Ouagadougou à travers son Directeur Pierre Muller a suscité beaucoup l’amabilité au seins des acteurs de la musique, au regard du contexte actuel. Cela a permis de leur donner du boum au cœur.

L’autre point de satisfaction est également la tenue des showcases du côté du Goethe Institut. De la régie à l’accueil en passant par toute la logistique y compris les prestations des artistes, cette commission a fait bonne sensation aux REMA. Aucune fausse note majeure et des performances nettement à la hauteur des attentes du public qui répondait massivement tous les soirs. Le spectacle de clôture du 21 octobre à la place mémorial des Héros Nationaux a connu un succès mi-figue mi-raisin. Le choix du site était ingénieux et le message de la paix en ces lieux était bien indiqué. Mais le choix de certains artistes, notamment les ivoiriens Ayanne et Safarel Obiang ou encore le burkinabè Kayawoto n’ont pas apporté le résultat escompté. Jouer en playback pour un évènement musique qui fait l’apologie du live, les prestations d’Ayanne et Safarel n’étaient pas appropriées.

La 6è édition des REMA a eu le mérite d’avoir relevé un si grand challenge. Celle se faire passer le message de PAIX pour le Burkina Faso sur la tribune la plus emblématique du pays. L’écho a retenti sur toute la planète. Pour une structure privée à l’image de la COUR DU NAABA, réunir autant de prestigieuses personnalités sur les places publiques pour un évènement populaire comme la musique et passer des messages sur la paix et la cohésion sociale, c’est salutaire. Alif Naaba mérite des honneurs !

Dans quelques années, les REMA seront citées en pole position comme étant le vecteur capital qui aura ramené la paix au Pays des Hommes Intègres.

Hervé David HONLA

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