Jean-Baptiste HIEN (Institut Eco-Conseil Belgique) : « J’espère malgré le contexte politique, nous allons poursuivre ce projet d’éco-conseillers au Burkina »
Regards

Jean-Baptiste HIEN (Institut Eco-Conseil Belgique) : « J’espère malgré le contexte politique, nous allons poursuivre ce projet d’éco-conseillers au Burkina »

« Amener l’environnement au travail, c’est aussi amener du sens, du bien-être, de la responsabilité au cœur de sa réalité professionnelle » Tel semble être le crédo de l’Institut Eco-Conseil (IEC) installé à Namur où réside et travaille le burkinabè Jean-Baptiste HIEN. En effet, l’IEC depuis plus de trois décennies, a pour mission de susciter la capacité d’agir et le potentiel de transformation socio-écologique des personnes, organisations et territoires en Belgique et à l’international. C’est dans ce cadre qu’au Burkina Faso, grâce à Jean-Baptiste Hien porté par l’IEC à travers la coordinatrice Madame CLAES Valérie avec l’aide financière de Wallonie-Bruxelles International, des éco-conseillers ont été formé au sein des communes à Bobo-Dioulasso. Une formation par binôme en Belgique et au Burkina Faso qui rentrait dans le cadre de développement et de la mise en œuvre de projets communs. Comment est née la genèse de ce projet pilote en Afrique ? Que deviennent les bénéficiaires ? Dans le contexte politique burkinabè actuel, quelle pourrait être la suite ? Va-t-il se poursuivre ? Le responsable en Charge de la comptabilité et des Ressources humaines que notre reporter a rencontré à Namur le 29 septembre 2023, nous apporte des éléments de réponse. Entretien exclusif.

 

 Une présentation succincte de votre personne plantera davantage cet entretien.

Je suis Hien Jean-Baptiste, je viens de Ouéssa dans la région du Sud-Ouest. J’ai commencé à Bobo-Dioulasso car je suis né et j’ai grandi là-bas. J’ai travaillé à la police municipale de Bobo-Dioulasso, puis au secrétariat général de la commune. De là, je me suis retrouvé en Belgique grâce à mes propres moyens. Je réside en Belgique où je travaille à l’Institut Eco-Conseil. C’est une structure de formation des éco-conseillers.  Au sein de cet institut, je suis le responsable chargé de la Comptabilité et des Ressources Humaines.

Qu’est ce qu’on entend par « Eco-Conseil » ?

Ce sont des généralistes en environnement et développement durable. Nous avons plusieurs modules de formation : le secteur des déchets, la gestion de l’écosystème, l’aménagement du territoire, l’énergie, l’eau, et la gestion des projets. Ce qui fait que les éco-conseillers sont des généralistes. Ils accompagnent au niveau local, les décideurs dans la mise en œuvre des projets de développement durable.

Jean-Baptiste HIEN, Responsable chargé de la Comptabilité et des Ressources Humaines

 

Le Burkina Faso a été à l’honneur en faisant partie de cette première formation pilote dans le monde. En quoi à consister cette première phase ?

Je rappelle que les éco-conseillers existent uniquement en Belgique, en France et au Québec (Canada). Le Burkina a été le tout premier pays en Afrique à bénéficier des éco-conseillers. Pourquoi le Burkina Faso ? Parce que j’ai intégré une structure qui me proposait divers types de métiers rentrant dans le cadre du développement durable. J’ai trouvé cela intéressant de commencer par mon pays afin de changer les mentalités. Nous travaillons surtout avec une méthode de sensibilisation. En son temps, nous avons approché notre partenaire ici en Belgique qu’est Wallonie-Bruxelles International (WBI), qui avait lancé un appel à projet. Avec nos collègues, nous avons écrit le projet que nous déposé auprès de la WBI. Ils ont naturellement validé ce projet et à cette époque, ils ont proposé, dans le cadre de l’accord de coopération entre la Wallonie-Bruxelles et le gouvernement burkinabè ; ce qui a aussi été validé. La WBI qui financé le projet, nous a permis de développer nos activités.

Cette phase pilote consistait à former huit (8) agents communaux car nous avons pris des gens qui avaient déjà des contrats avec la commune et qui pouvaient faire passer le message à la base, notamment auprès les populations locales. Nous sommes allés au préalable dans une localité que nous maîtrisions le mieux avant de l’étendre dans les autres provinces du Burkina Faso. Notre objectif est que toutes les provinces du Burkina, puissent bénéficier d’un éco-conseiller. Certes, nous avions voulu former les éco-conseillers à l’endroit des communes, mais par la suite, les entreprises se sont senties intéressés et ont commencé à recruter des éco-conseillers. Parfois, certains envoyaient du personnel pour se faire former.

Cette phase pilote a duré combien de temps et comment il a été réparti dans le temps ?

Cette phase pilote à duré une année de formation 2019-2020. Durant cette année, la première phase s’est déroulée ici en Belgique. Nous avons fait venir les huit burkinabè pour un mois et demi de formation. Nous les avons mis en binôme avec des belges et ils ont travaillé ensemble. Rappelons que ce projet de partenariat avec la commune de Bobo-Dioulasso a pu aussi voir le jour grâce l’implication personnelle de l’ex Maire de la Commune de Bobo-Dioulasso Bourahima Faberé SANOU. Il s’est impliqué personnellement et a désigné deux agents communaux pour mener à termes ce projet. Après cette formation, les deux agents et des stagiaires ont bénéficié d’une formation complémentaire pour devenir des formateurs relais qui sont notamment; Moussa KAFANDO et Hamidou BAGUIAN.

Donc au départ; chacun est venu avec un projet en rapport avec le plan communal de développement de Bobo-Dioulasso. En somme ; chaque candidat devait porter un des projets. En binôme avec les belges, ils ont rédigé et par la suite, ils ont bénéficié des financements pour la mise en place après validation d’un jury. Mais tous les huit n’ont pas été retenu, car il y avait un projet d’un candidat qui n’avait pas pu satisfaire le jury. C’est pour dire que ce n’est pas du tourisme. Après la phase de Belgique, leurs binômes belges sont partis deux fois deux semaines en au Burkina, malgré le contexte sécuritaire et sanitaire difficile. Nous voulions faire en sorte que le projet aille jusqu’à terme et nous en sommes arrivés. A l’évaluation, nous avons été félicités par la WBI. Nous étions la seule structure qui aura amené à bout notre projet. Les autres ont dû abandonner en cours de chemin.

Que sont-ils devenus ces huit éco-conseillers Burkinabè ?

Ils ont été formés, on les a suivi et accompagné dans la réalisation de leur projet. Il y a eu des renforcements de capacités après la formation jusqu’à l’année dernière, où nous avons fait des ateliers pour les offrir d’autres rudiments. Mais, il faut reconnaître qu’au niveau de nos communes, parfois, nous avons des compétences, mais l’utilisation fait défaut. Pour ne pas perdre ces huit-là, au niveau de leur poste de responsabilité, ils exercent néanmoins leurs missions bien qu’ils ne sont directement affectés ce à quoi ils ont été formés. Ils essayent de sensibiliser autour d’eux, que cela soit professionnel ou social. Actuellement, ils se sont constitués en association et au sein de cette association, il y a eu des militants qui en font partie, mais qui n’ont pas suivi la formation. Aujourd’hui il y a beaucoup d’associations à Bobo-Dioulasso qui consultent les éco-conseillers, notamment dans la rédaction de certains projets.

Avec l’expérience que vous avez et le regard que vous portez entre ces deux pays, la Belgique et le Burkina Faso. Selon vous, quelle est la problématique sur la question environnementale qui se pose de nos jours ?

Il y a certaines bases qui sont les mêmes.  Quand on a voulu faire cette formation, nous avons dû adapter au contexte burkinabè parce que nous n’avons pas les mêmes réalités. Il y a le volet culturel et tradition qui joue dans la formation. Quand on prend la gestion des déchets ; ici en Belgique, le traitement des déchets fait partie de leur quotidien. Chez nous au Burkina, il y a le volet traditionnel qu’il faut prendre en compte. C’est la raison pour laquelle, dans le travail, les éco-conseillers sont amenés à convaincre les bénéficiaires afin de trouver les mécanismes qu’il faut afin de pouvoir mettre en œuvre leur politique environnementale. Par exemple, les éco-conseillers aujourd’hui peuvent aider le maire à prendre des décisions justes sur des questions environnementales et de développement durable en fonction des besoins de la population. Dans la gestion aussi de l’écosystème de l’environnement, il y a des mécanismes et il faut échanger avec les bénéficiaires notamment la population locale pour trouver le juste milieu.

Comment se font les échanges entre les éco-conseillers burkinabè et belges. Est-ce la posture de l’enseignant et l’élève ?

Ce qui est intéressant dans ce projet ; nous avons pu briser certains mythes et barrières sociales. Les belges qui sont allés au Burkina dans le cadre de ce projet, n’avaient jamais voyagé en Afrique. Mais, ils ont connu certaines réalités qu’ils n’avaient jamais entendu. Idem pour les burkinabè qui sont venus ici en Belgique, ils ont aussi vu certaines réalités qui les ont permis de changer leur regard. En somme ; de part et d’autre, chacun a appris quelque chose de l’autre et facilement le contact a été fluide. Il n’y a pas eu des questions de domination parce que chacun apprenait de l’autre. Le travail a été fait de commun accord sans vouloir imposer. Il n’y a pas eu de « copier-coller », cela a été plutôt coconstruit par les deux éco-conseillers des deux pays. Quand nous écrivons ce projet, j’avais approché certains techniciens de la commune de Bobo-Dioulasso que je connaissais avant, pour demander ce qu’ils pouvaient apporter comme contribution pour réussir à bien cette mission. Pour aller plus loin, nous sommes en train de voir comment pérenniser ce projet après cette phase pilote. Nous allons essayer de négocier une seconde phase, mais le contexte politique a mis un frein pour l’instant.

Nous n’avons pas abandonné, nous gardons toujours une oreille attentive au niveau de notre partenaire ici en Belgique qui est toujours prêt à nous accompagner. Mais on attend de voir comment la situation va évoluer au niveau du Burkina. Pour être honnête ; mettre en place ce genre de projet, il faut vraiment du financement important. A la première phase, nous étions à 100% financé par notre partenaire WBI ici en Belgique et l’Institut Eco-Conseil. C’est-à-dire 25% pour IEC et 75% pour WBI. Vu que ça été financé à 100% ici en Belgique, le contexte politique a fait que, on a mis un frein dans certains financements. Donc si au niveau local, on n’a pas les moyens de financer, on pourrait être amené à arrêter. Mais nous avons toujours le contact avec ceux qui sont restés sur place. Pour l’instant, l’Institut est en train de vouloir signer un partenariat avec l’Ecole Nationale des Eaux et Forets au Burkina Faso car elle est intéressée. Elle trouve que l’approche pédagogique que nous apportons dans notre formation est bénéfique. Nous avons invité en décembre 2022, un membre de l’Ecole Nationale des Eaux et Forets qui a effectué une mission ici et qui a vu comment nous travaillons. Quand nous nous sommes rendus au Burkina en janvier, nous avons rencontré le Ministre de l’Environnement actuel, Augustin KABORE, qui maîtrisait le projet avant même d’être Ministre. Il nous a félicité pour ce qu’on a fait et il était ouvert à nos propositions. Au final, il y a une volonté personnelle au niveau du ministère de l’environnement, d’implémenter cette politique au niveau du Burkina. Mais comment on fait ? C’est là, la question ! Il faut vraiment que l’on arrive à trouver des moyens en dehors de nos partenaires pour pouvoir lancer. Mais nous avons toujours besoin de notre partenaire financier pour mettre les choses sur les rails. C’est la Tunisie qui est venue après le Burkina est en train d’adopter.

Est-ce que ce projet, s’il se poursuit, va uniquement se limiter à Bobo-Dioulasso ?

Le projet était conçu pour l’étendre sur le territoire national. Justement en passant par l’Ecole des Eaux et Forêts, on pourra toucher toutes les communes en fonction du recrutement. On pourra avoir un centre où les communes pourraient envoyer leurs agents pour se faire former. Après Bobo-Dioulasso, pour la deuxième phase, on avait essayé d’ouvrir en prenant quelques communes qui sont au niveau de l’Ouest et progressivement, on allait ouvrir pour permettre à des communes qui n’ont pas encore des moyens d’en bénéficier. Ça reste en projet. On espère que les choses vont s’arranger d’ici-là pour permettre encore d’aller encore plus loin.

Mais nous saluons surtout la coordination de projet qui a été parfaitement piloté par Valérie CLAES. Elle a été dans tous les déplacements au Burkina. Elle n’a surtout pas hésité à faire le déplacement parce qu’elle trouvait que le projet avait son sens.

On a commencé avec vous et nous terminons avec vous. Pour un Burkinabè qui vit en Belgique. Quel est le souhait en ce moment pour son pays au regard de ce qu’il entend et de ce qu’il voit ?

Parfois, nous avons un double problème parce que nous sommes vus différemment. Quand tu es ici, tu es obligé de vivre comme un Belge et quand tu es au Burkina, tu es obligé de vivre comme un Burkinabè. Ici en Belgique, nous essayons d’être des ambassadeurs en portant haut le drapeau burkinabè. Tout ce que nous faisons ici, nous le faisons en tant que burkinabè ! Parce que je suis fier de mon pays. Aujourd’hui la Belgique profite de moi et de mon expérience. C’est-à-dire que le Burkina a aussi quelque chose d’autre à offrir. Mais il faut qu’on arrive à briser certaines barrières. De l’autre côté, tout n’est pas fermé, il y a des gens qui vous comprennent et qui ont confiance en vous en acceptant vous confier certaines tâches. Nous sommes ici comme des ambassadeurs. Quand je rentre à WBI, les responsables me voient comme un burkinabè qui lutte pour son pays. Parfois je défends le Burkina sur certains points en disant que ce que vous entendez ou lisez n’est pas perçu comme vous le pensez. Et quand nous arrivons au Burkina, nous défendons aussi l’Occident en disant qu’il ne faut pas généraliser. Il y a des gens qui ont envie de voir nos localités se développer.  Ce projet Eco-Conseiller a été financé à 100% par la Belgique. Même sur place au Burkina, la commune n’a pas injecté un copeck. Je pense que nous devons rester très humble et profiter de la coopération en Afrique et faire attention à ce qu’on donne et ce qu’on reçoit.

Hervé David HONLA

 

X