Tapis Rouge

Joutes oratoires à la TV : « La popularité ne fait pas l’influence ! » Dixit Cyrille Bado

Jean Cyrille BADO est considéré aux yeux de plusieurs jeunes entrepreneurs burkinabè comme un exemple de réussite et de partage. Cet Entrepreneur | Graphiste-Designer | Brand Performer et Conférencier nous a fait l’immense plaisir de répondre à nos questions sur les multiples dérives que l’on constate sur nos chaînes de télévision africaines lors des débats.

 

Que représente selon vous le journaliste dans la société ?

Un journaliste est avant tout un témoin de l’histoire et en même temps qui a pour mission de transmettre une actualité. Il recueille des faits, des informations qu’il véhicule de la manière la plus objective et impartiale. Bref, il met en lumière des informations que la population ignore ou qu’elle n’a pas vu et entendu. Il a aussi la possibilité d’interroger le passé pour corroborer avec le présent et prévoir l’avenir.

L’on qualifie le plus souvent les journalistes d’être « très bavards ». Est-ce que nos jours, ces journalistes bavardent-ils bien ?

De façon générale, un journaliste doit pouvoir maîtriser l’art oratoire et l’art de l’écriture. Ce n’est pas seulement ce que la personne dit avec des mots qui est important. Mais surtout, comment il le dit et avec des mots qu’il emploie. Notamment sa gestuelle, son expression faciale sa posture, son attitude… tout cela crédibilise le profil d’un journaliste. Parce que s’il n’est pas capable de bien parler, notamment lors d’un débat ou d’une prise de parole en public ou encore sur un plateau de télévision, et n’utilise pas les mots appropriés, il peut passer complètement à côté. S’il ne tient pas compte de l’environnement dans lequel il est, notamment savoir s’il parle au grand public, ou devant des spécialistes, il peut également être incompris. On dit que le journaliste parle beaucoup, mais en réalité ce n’est pas le cas. Un bon journaliste ne parle pas trop. Il dit l’essentiel en exprimant des opinions, en faisant des analyses de sorte que son message soit compris par ses auditeurs, ses téléspectateurs ou son auditoire.

Au-delà des diplômes requis, comment un journaliste doit-il maîtriser cet art oratoire et cette gestuelle en public ?

C’est avant tout la formation. Savoir parler ne veut pas dire aligner des mots. Malheureusement dans nos universités, on met beaucoup d’accent sur la pédagogie, la connaissance, les diplômes etc. Pourtant le journaliste devrait aussi se former dans l’art de transmettre l’information. S’il est issu de la presse écrite, de la radio ou de la télévision, il doit maîtriser les différents comportements linguistiques. Ça passe par une formation en art oratoire, notamment ; comment transmettre un message. Cela se manifeste par la façon dont vous marchez, comment vous parlez aux gens, comment vous êtes habillés etc. Cela apporte surtout du crédit à celui qui vous regarde, qui vous lis ou qui vous écoute. Par exemple ; quand un journaliste va à la recherche de l’information, à la rencontre des gens, son choix vestimentaire d’abord doit être un élément fondamental.  Car votre look doit déjà rassurer votre vis-à-vis. Si vous allez dans un évènement prestigieux et que vous êtes habillé en tenue ordinaire, on ne vous prendra pas au sérieux et on peut même vous refuser l’accès, bien que vous ayez une invitation. Et si vous vous présentez comme journaliste, on aura de la peine à vous croire. Si vous n’êtes pas bien habillé, vous n’allez pas pouvoir avoir accès à certaines personnalités. Le journaliste doit pouvoir se faciliter aussi la tache ; par la manière de s’habiller et de prendre soins de soi. Prendre soin de soi, n’est pas forcément s’habiller cher, mais juste et bien selon l’évènement dans lequel on s’y trouve. Quand vous échangez avec quelqu’un, il faut que votre niveau de langage soit proportionnel à son statut. Quand vous devez interviewer un directeur d’une grosse institution, vous n’allez pas vous exprimer comme si vous échangez avec un artiste, un sportif ou un menuisier. Le niveau de langage doit toujours s’adapter en fonction de l’interlocuteur qu’on a en face de soi.

De nos jours sur nos plateaux de télévision africaines, les débats sont malheureusement de plus en plus houleux et d’autres virent au pugilat. Quelle appréciation faites-vous sur ses dérives ?  

Oui ! la question des débats télévisés pose véritablement des gros problèmes dans notre société. C’est vrai que l’un des objectifs des médias aujourd’hui, c’est la recherche de l’audience. Je pense aussi qu’un média a pour vocation d’éduquer ; De pouvoir créer un environnement qui permet de traiter l’information dans une cohérence intellectuelle. Un débat doit toujours aboutir à un enseignement. Quand on invite des panélistes sur un plateau télé, il faut se rassurer de la bonne moralité des invités. Quand on est sur plateau télé, l’art de la discipline oratoire doit être de mise. Chacun doit respecter son co-débatteur, bien que l’on puisse ne pas partager son point de vue, mais chacun doit pouvoir respecter le point de vue des autres. On peut débattre sur les idées sans tomber dans la banalité. Les médias doivent tenir compte de tout cela car de plus en plus cela pollue l’image de la télé et des panélistes. Quand les médias diffusent des joutes oratoires ponctués d’injures, cela donne du crédit aux jeunes. Selon eux ; l’on peut venir à la télévision et proférer de tels propos en toute impunité. Ça crédibilise la barbarie sur les plateaux de télévision. Il y va de la télévision de rester dans sa ligne éditoriale tout en tenant compte des valeurs qui incarne ce média. Il y a certes des médias qui font dans le sensationnel, mais quand on veut être un média sérieux qui possède des valeurs de cohésion, il faut éviter de tels débordements. De plus en plus au Burkina, on assiste à certains débats qui choquent. Tu es assis dans ton fauteuil et tu assistes à des éclats de voix offensants…moi je zappe immédiatement ! Parce que cela ne correspond pas à mes valeurs. Ce n’est pas parce que la personne est populaire, qu’il faut forcément l’inviter. La popularité ne fait pas l’influence !

Hervé David HONLA

 

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