Edito

La vision du FESPACO : La méthode M.A.S

L’ensemble du monde de l’industrie culturelle s’interroge aujourd’hui sur les mutations économiques et techniques qui le frappent : La transformations des valeurs artistiques, le village planétaire, le foisonnement des cultures et l’évolution des modalités de diffusion et de consommation sont autant d’équations à résoudre.

Dans le 7è Art, cette notion de réseautage et surtout de « co-working » sont de plus en plus considérés comme les seuls sésames qui peuvent renforcer de cette industrie. Pour que l’Afrique se hisse dans ce marché concurrentiel et rigoureux aux côtés des américains, asiatiques et indiens, il faut repenser le FESPACO. Ce grand festival de cinéma a gardé néanmoins sa notoriété et son influence, mais a perdu de sa substance et de son contenu.

 

En installant ce quadragénaire révolu à la tête du FESPACO depuis le 14 octobre 2020, tout porte à croire que ce n’est nullement un effet de hasard. Cette biennale africaine était grippée voire rouillée. Qui de mieux qu’un spécialiste à la création et la gestion des projets culturels, ainsi qu’à la programmation des films d’Afrique, pour relancer cette institution. Moussa Alex SAWADOGO (M.A.S) serait le profil idéal, bien que son apparence blasée soit trompeuse. « On a affaire à une nouvelle génération prometteuse. La production est de très bonne qualité et parle à l’Afrique comme au monde », déclare ce titulaire en Master Professionnel de Management culturel et des médias.

 

En effet, M.A.S est à son deuxième FESPACO qu’il dirige de main de maître avec une méthode encore pas très comprise par le cinéphile lambda, mais très soutenu par ses pairs. Ce qui est certains, il a cassé littéralement avec l’ancienne méthode. Le FESPACO est de plus en plus destiné aux professionnels du 7è Art et de l’audiovisuel. La restructuration du Marché International de Cinéma et de l’Audiovisuel Africain (MICA) en FESPACO PRO en 2020, démontre la volonté manifeste de vouloir mettre objectivement en relation producteurs-réalisateurs-diffuseurs-acheteurs. Pour mieux entrelacer ses quatre grands piliers du marché, M.A.S a fait converger sur le même site ; les ateliers YENENGA, les colloques, Master-class et conférences. Il est désormais quasi impossible, pour un professionnel du cinéma de passer toute une journée au siège du FESPACO PRO, sans soumettre son projet.

 

Très ancré et imprégné de la culture Allemande pour avoir dirigé plusieurs projets avec succès tels que le Festival des Films d’Afriques de Berlin « AFRIKAMERA » ou encore le festival de courts métrages de Winterthur en Suisse, « Wie im Film » à Berlin, « Theater der Welt » 2014 (Mannheim), « Kampnagel » à Hambourg, et « Exterrtority Project » (Israël). Au Festival International de Film de Durban 2017 en Afrique du Sud, il a été chargé de la programmation des Films allemands (Focus Germany).

 

C’est donc un chevronné dans le monde du relationnel, du suivi et de l’élaboration des projets. Mais concrètement, qu’est-ce qu’il a envisagé de concret cette année au FESPACO ?

 

L’une des actions tangibles destinés directement aux réalisateurs, est la recherche des structures de production dans le monde qui pourraient financer et accompagner les projets des réalisateurs africains. Ainsi donc, il a organisé, à partir d’un simple appel à candidature de 10 réalisateurs à la base d’un pitch, un casting que 10 producteurs dans le monde qui choisiront sur la base d’un scénario ou idée, les meilleurs. Ils seront accompagnés dans toute la chaine de la production (De l’aide à l’écriture à la diffusion en passant par le tournage et la post production). C’est une fortune pour les réalisateurs qui éprouvent de plus en plus des difficultés à rassembler des moyens financiers consistants pour réaliser leur projet.

 

En axant surtout sa politique sur la recherche « be to be » des financements auprès des réalisateurs africains, M.A.S, non seulement voudrait trouver des producteurs qualifiés et fidèles, mais aussi rehausser la qualité des films et le niveau des scénarios. Cette méthode de sélection d’une fourchette de réalisateurs montrera la diversité du cinéma africain, avec de nouvelles formes d’écriture qui sortiront des sentiers battus dans les dix prochaines années.

 

 

Au-delà de ce challenge, le Délégué Général du FESPACO sera confronté aux exigences de l’administration et des soubresauts politiques burkinabè. Avouons néanmoins que M.A.S a pris le FESPACO dans une période asphyxiante. Rendez-vous compte qu’en 2020, il y a eu cette pandémie de la COVID-19 puis en suite l’accentuation de la crise sécuritaire avec l’extrémisme violent qui a changé la situation géopolitique du Burkina. L’Etat a réorienté ses relations bilatérales avec certains pays africains et européens qui étaient partenaires privilégiés du FESPACO. Sans ouvertement l’afficher, l’on constate souvent des « tensions » et des « incompréhensions » entre la méthode M.A.S et son employeur qu’est l’Etat. Lors de la 27è    édition les résistances étaient palpables. Pendant que directeur artistique du laboratoire de développement et coproduction « Ouaga Film Lab » s’efforce à trouver des voies et moyens pour sortir les professionnels du cinéma africain de cette léthargie, le gouvernement quant à lui, se préoccupe de son image politique et de ses invités de marque présents au FESPACO avec des prises en charge budgétivores.

 

Certes, le consultant Afrique pour le festival de film de Locarno (Suisse) et pour le Busan International Film Festival (Corée du Sud), bénéficie du soutien quasi unanime des cinéastes africains, mais il n’en demeure pas moins qu’il reste renfermé sur lui-même. Ne faisant que confiance à ses connaissances étroites qu’il associe dans son équipe, il évite des nouveaux visages et des nouveaux partenaires dont il ignore leur source et leur origine. Très hostile à la bureaucratie et au dictat de l’administration, « l’Homme à vélo » peut passer toute une journée à faire visiter le site du FESPACO à ses invités occidentaux, sans se soucier de son parapheur de rendez-vous. Très peu en connexion avec la presse nationale, certainement parce qu’il réside plus en Allemagne qu’au Burkina Faso, le patron de cette biennale préfère la retenue et la méfiance.

Loin de vouloir dresser un bilan des deux FESPACO qu’il dirige depuis sa nomination, Moussa Alex SAWADOGO n’a pas encore véritablement récolté les résultats palpables issus de ces réformes. Mais les bases sont claires, limpides et prometteuses. Dans sept voire dix ans, l’industrie du cinéma africain connaîtra un boum significatif.

Sa philosophie est pourtant simple et efficace. Elle consiste à donner la liberté aux créateurs de faire des films sans passer par le canevas déjà établi. Car cela attire de nombreux partenaires qui ne sont pas toujours enclin à pouvoir investir dans la visibilité des films, mais beaucoup dans la reconstruction des marchés, dans l’éclosion des nouveaux talents et surtout dans la redynamisation de l’économie du cinéma. L’objectif est donc d’avoir un espace économique fort, qui respecte aussi les normes des festivals internationaux, afin de pouvoir acquérir des partenariats.

Hervé David HONLA.   

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