Entretien avec

Ella NIKIEMA (Artiste chantre) : « Il est plus facile d’apprendre la musique à l’église »

L’artiste chantre Ella NIKIÉMA, dans le cadre de la célébration de ses 30 ans de carrière, elle s’est prêtée aux questions de notre reporter le mardi 20 septembre 2022. L’entretien a tourné autour du concert prévu pour le 30 Octobre prochain au Palais des Sports de Ouaga 2000.

 

On te cite comme étant la pionnière de la chanson religieuse. Comment es-tu entrée dans la musique ?

Merci beaucoup ! Effectivement quand on cite les tous premiers de la musique chantre, mon nom est prononcé. C’est vrai que dans l’histoire, il y’a des gens qui m’ont devancé… (Ndlr : rires). Certes, je ne me considère pas de l’ancienne génération, mais je ne suis pas aussi nouvelle. Donc je me retrouve au milieu.  Je ne suis pas de ceux qui viennent de commencer. Ça fait 30 ans c’est vrai : mais j’ai des devanciers dans le Gospel comme ; Nakelse Emmanuel, Séraphine Bancé, le doyen Issouf Compaoré, Maman Delphine Tassembedo et bien d’autres. Pour revenir sur la question ; c’est depuis l’école primaire, à la classe de CE1, que mes instituteurs ont vu en moi, une artiste dévouée. Quelques fois à l’école, mon cahier de récitation/chant était un support révélateur pour moi. Chaque fois que c’était mon tour de réciter, ou de chanter ; je le faisais de tout mon cœur avec du talent et de l’abnégation. C’est à partir de là que les instituteurs ont vu en moi, une petite qui a du talent. Si bien que chaque fois, il m’invitait les soirs après les cours devant la salle de classe pour chanter. Tout a commencé dans notre classe et par la suite, toute l’école et tous les élèves après les cours, venaient suivre mes prestations. Peu à peu, ça prenait de l’ampleur jusqu’à ce qu’un jour, on me demande d’apprendre un chant à toute la classe. Le chant s’intitulait ; «Mon père avait 500 moutons ». Tellement l’histoire a accroché les instituteurs ! Tous les soirs, il fallait appeler la petite pour qu’elle mette de l’ambiance (Ndlr : rires). Cela a évolué et ainsi à l’église, notamment la petite chorale, puis ensuite les gens ont commencé à m’inviter dans les églises et dans les mariages. Plus tard, j’ai sorti mon premier album qui date de 1998. Ca fait déjà 24 ans que l’album est sorti, mais je chantais bien avant cela. C’est exactement en 1992 que j’ai commencé à chanter.

Quels peuvent être les avantages quand on fait de la musique religieuse ?

C’est une très belle question ! Car quand fait de la musique Gospel, on a l’habitude de dire que la musique adoucit les mœurs, quel que soit la musique. Mais faire de la musique Gospel, c’est non seulement adoucir les mœurs, mais aussi apporter une plus-value dans la vie de ses frères et sœurs de son entourage. On adoucit les cœurs, on guérit les âmes, et on apporte quelque chose de positif dans la vie des autres.

 

En 30 ans de carrière, qu’est-ce qui t’a le plus marqué en tant que Chantre ?

Nous faisons de la musique Gospel, nous chantons pour Dieu, nous composons des chants qui apportent de la joie, qui guérissent les âmes. Donc par conséquent, ce qui m’a apporté plus de joie dans tout mon parcours, ce sont les témoignages qui me reviennent. Il y’a des actions de grâce, car beaucoup viennent vers moi pour me dire ceci : « Ta musique m’a fait du bien, ça m’a consolé face à une situation difficile ». Récemment, il y’a un témoignage d’une autorité qui m’est parvenu: « Quand je voyage, le tronçon Ouaga-Lomé ; c’est unique ta musique que j’écoute depuis 1999 ». Ça me réjouis le cœur, et je peux dire que c’est la plus grande joie qu’on éprouve dans une carrière pareille.

Quel a été ton plus beau spectacle ?

Dans la musique Gospel, tout est conduit par le Saint-Esprit. Tous les spectacles ne se ressemblent pas et les spectacles se font selon la direction du Saint-Esprit. Peu importe le lieu, que ce soit une grande salle où une petite, une église ; tous les spectacles m’ont donné de la joie et de la satisfaction, parce que c’est ce que Dieu veut que je le fasse. Tous les spectacles selon moi, sont égaux.

L’église protestante est réputée pour former de bons musiciens. Qu’est-ce qui la caractérise ?

C’est vrai et je peux dire que, quelque part c’est dû à la diversité dans l’église. On chante et on joue tous les rythmes. Lors d’une formation en technique vocale, quelqu’un m’a dit que l’avantage avec les chrétiens, est qu’ils touchent déjà à tous les rythmes. Les fidèles de l’église ont plus de facilité à apprendre la musique. Il y’a aussi le Saint-Esprit qui nous aide, donc la technique apprise plus le Saint-Esprit, ça donne encore plus de valeur.

 

“les trophées décernés n’ont jamais classé la musique Gospel comme une musique qui peut recevoir le plus grand prix. “

Pour une femme mariée et Chantre, quels sont les défis auxquels tu es souvent confronté ?

Je peux dire que ce sont les mêmes défis pour une femme entrepreneure. C’est une carrière et aujourd’hui, nous célébrons 30 ans de carrière. C’est pouvoir concilier ce qu’on fait et la vie de foyer. Pour se faire, on a besoin de sagesse, d’humilité, et du travail.

La musique religieuse est moins présente sur les ondes classiques et le show-business. Qu’est-ce qui caractérise cela?

C’est une question qui revient. C’est parce qu’on a déjà stigmatisé ou compartimenté la musique Gospel. Lors des différentes cérémonies de distinctions, les trophées décernés n’ont  jamais classé la musique Gospel comme une musique qui peut recevoir le plus grand prix. Mais j’ai toujours dit qu’avec beaucoup de travail et du don de soi, un jour viendra où on n’aura pas d’autre choix que d’accepter la musique Gospel. Nous avons de grands Chantres. Je pense que c’est le fait de catégoriser la musique Gospel qui freine sa visibilité au Burkina. Avec la génération montante, on se rend compte qu’il y’a des musiciens professionnels dans la musique Gospel et cela sera accepté bientôt.

Est-ce qu’un artiste Chantre n’a pas le droit de jouer dans les milieux snobs ?

Je dirai pour cette question que tout dépend ! Parce que la Bible nous dit que ; c’est ceux qui sont malade qui ont besoin d’être soignés. Nous aussi, vivons dans le monde. Particulièrement quand on m’invite, j’essaye de voir le pour et le contre avant d’y aller. Si je vois que je peux ; j’y vais. Mais si je n’ai pas la paix du cœur, je ne pars pas. A cette question je dirai que ça dépend. Je ne rejette pas tout de suite, mais si je peux y apporter quelques choses, je pars.

 

“Souvent on est obligé d’investir pour la réussite du spectacle. “

Est-ce que la musique chantre est rentable financièrement ?

La musique jusqu’à présent ne nourrit pas son Homme. Tous ceux qui nous ont devancés, ne diront pas le contraire. C’est la joie que cela nous apporte. La joie de voir que cela touche des vies. Souvent on est obligé d’investir pour la réussite du spectacle. Actuellement, notre lutte c’est pour que ceux qui viendront après, puissent bénéficier de leur activité.

L’industrie de la musique chrétienne connaît une véritable ascension. Qu’est-ce qui justifie cela?

Je peux dire que de nos jours, il y’a de plus en plus d’école de formation en musique et facilement on a accès aux formations. Ce qui fait que dans le milieu Gospel, il y’a une base. Les formations en voix, en instruments, et nombreuses compétitions telles que ; la Harpe de l’excellence, le Carrefour Gospel et bien d’autres sont des atouts pour les jeunes.

Tu avais célébré les 20 ans de carrière il y’a 10 ans. Le 30 Octobre prochain, tu vas réunir plus de 5000 personnes au palais des sports de Ouaga 2000. Qu’est qui fera la particularité de ce spectacle ?

J’ai eu à faire beaucoup de concerts après. Mon tout premier concert date de 2002, la Maison du peuple avait refusé du monde. C’était à la sortie de mon 2è album, et j’avais fait salle comble. Jusqu’à présent, ces deux albums sont intemporels. Après cela, j’ai fait plusieurs autres concerts. Ce qui fera la particularité de la soirée du 30 Octobre prochain, je vais revisiter tous mes albums depuis 1998 jusqu’à présent. Le concert sera exclusivement en live. Des artistes nationaux comme internationaux seront de la partie et la soirée sera merveilleuse. On va donner un spectacle inédit à la population Burkinabè, car 30 ans ça se fête.

 

“Nous avons toute une multitude de structures qui accompagnent le spectacle. “

 

Organiser un tel événement nécessite beaucoup de moyens. Quelles sont les structures qui t’accompagnent ?

Il y’a beaucoup de structures qui nous accompagnent sur plusieurs aspects. Spirituellement, nous avons du soutien tout comme matériellement et financièrement. Nous avons toute une multitude de structures qui accompagnent le spectacle.

Tu as invité tes collègues artistes à ce concert. Qui sont-ils ?

Sur le plan national, je n’ai pas hésité une seule seconde à inviter Nakelse Emmanuel, qui est un devancier dans la musique, Maman Bancé avec qui j’ai fait beaucoup de voyages. J’ai aussi invité, Sadia Bureau, et Lise Yao, de la jeune génération, et la sœur Anne Marie. Sur le plan international, il y’a Constance Ama, pionnière de la musique Gospel en Côte d’Ivoire, Nestor David, promet aussi de nous joindre pour la réussite de la soirée.

 

Vraiment la Ministre Valérie KABORE est un soutien multiforme et déjà qu’elle promet d’assister à la célébration”

Tu bénéficies du soutien de la Ministre Valérie KABORE, peut-on dire que c’est un soutien de taille?

Oui ; à partir du moment que c’est notre ministère de tutelle. Elle nous accompagne sur plusieurs plans. Car lors de notre visite, elle nous a beaucoup conseillé et nous profitons de votre présence pour lui dire merci ! Vraiment, c’est un soutien multiforme et déjà qu’elle promet d’assister à la célébration, c’est déjà bien vu qu’elle n’a pas assez de temps.

Quel est le message que tu vas adresser au public pour le 30 Octobre ?

Pour le 30 Octobre, j’invite tout le monde à sortir, parce que c’est plus qu’un concert ! Ça sera un contact direct entre moi et mon public. Celui-ci qui m’a toujours accompagné, que personne ne se fasse raconter. J’invite tout le monde, car je leur réserve un spectacle inédit pour la gloire de Dieu.

30 ans de carrière dans la musique, quel est ton secret ?

C’est la grâce de Dieu. Quand Dieu te fais grâce, tu penses que tu connais mieux que les autres, mais c’est la grâce de Dieu.

Un mot pour la fin.

Merci à OXYGENE MAG, pour l’interview accordée, et profiter dire merci toutes la presse nationale pour son accompagnement.

SAM Micaelle

 

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