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Leila Ouédraogo (Productrice Burkinabè) : « Il nous faut un cinéma décomplexé ! »

Fille du célèbre comédien et homme de culture Rasmane OUEDRAOGO, Leila Ouédraogo se lance dans le 7è art par la production. Juriste d’affaire dans une entreprise informatique en France, elle est présente à Cannes avec son premier film produit « MAYOUYA » réalisé par la congolaise Claudia YOKA, elle-même présente à Croisette avec certains acteurs principaux. OXYGENE MAG est allé à sa rencontre, afin qu’elle nous raconte sa première aventure cinématographique.

 

Vous vous lancez dans la production d’entrée de jeu. N’est-ce pas prendre le taureau par les cornes ?

(Rires) Je ne pense pas. Pour la simple raison que c’est un défi ! Un défi de tous les jours car la production dans les pays africains et je parle spécialement du Burkina Faso, est partie du love-money. Les banques n’étaient aussi bien implantées, il fallait rechercher des financements étrangers. Aujourd’hui l’Afrique se veut indépendante sur le plan financier. Elle va chercher de l’argent auprès des acteurs locaux, d’opérateurs économiques locaux, même des femmes commerçantes veulent aussi financer le cinéma. Donc je me lance dans cela aussi pour permettre à certaines personnes de se dire que ; le cinéma ce n’est pas finalement cette grosse machine que l’occident veut nous présenter. Le cinéma burkinabè ou africain, n’a pas les mêmes réalités que le cinéma hollywoodien. Il faudrait qu’à notre propre échelle, nous arrivions à produire des cinémas qui sont compétitifs. Surtout qui nous ressemble plus, sans vouloir vendre du rêve mais qui parle de notre réalité et les assumer. C’est-à-dire qu’il faut vraiment un cinéma décomplexé. Il y a aussi un vœu qui me tiens à cœur, c’est de protéger notre patrimoine culturel. Je dirais que je suis tombée dans cette marmite du cinéma depuis que j’étais toute petite. Avec Rasmané Ouédraogo, Tonton Idrissa Ouédraogo, Toton Ildevert Medah, Tonton Abdoulaye Koumboudri (Rires)…votre fille a grandi ! Elle est aussi ici à Cannes pour défendre vos intérêts. Vous avez sacrifié votre temps, votre vie, mais vous n’avez aucun droit. On ne les valorise pas et aujourd’hui la retraite des acteurs burkinabè n’existe pas. La question des droits d’auteurs n’est pas prise en compte. Ça reste un défi permanent et c’est pour cela aussi, qu’il faut que je me lance dans le cinéma, pour mettre en place, cette mutuelle africaine qui puisse reverser quelques droits à nos stars locales.

“Le cinéma burkinabè ou africain, n’a pas les mêmes réalités que le cinéma hollywoodien”

Qu’est ce qui vous amène donc au Festival de Cannes ?

C’est une comédie africaine qui s’appelle « MAYOUYA » qui veut dire « escroquerie ou un piège ». Cela part d’un sujet très sérieux sur le problème de financement en Afrique. Nous avons une jeune réalisatrice qui cherche des financements pour son film « l’excision ». Elle cherche donc des financements auprès d’un directeur d’une banque africaine. Finalement, il ne veut pas produire le film, mais il veut plutôt « la produire ». Avec ses amies, elles décident donc de braquer la banque de directeur. C’est sur fond de comédies africaines très drôles avec surtout les femmes qui sont mises en avant. Elles mettent leurs talents respectifs en avant ; hackeuses, informaticiennes, juristes etc. pour arriver à leurs fins. L’année dernière nous étions venus à Cannes pour présenter le projet devant nos investisseurs locaux, africains. Nous avons été soutenus par Trace TV dans cet élan et par de nombreuses autres structures que je ne pourrais citer ici de peur d’en oublier. Nous avons tourné le film en janvier et aujourd’hui, nous l’avons fini malgré que ça été très difficile. Mais, on n’y est arrivé. Le film a été tourné au Congo à Brazzaville dans les conditions du Covid. Ça n’a pas du tout été de tout repos, mais il y a aussi cette économie locale que nous avons utilisé. C’est un film panafricain, on a réuni près d’une vingtaine de nationalités africaines. En termes de comédiens présents, je peux citer ceux que vous connaissez : Kader Gadji qui a joué dans « Maîtresse d’un homme marié », Phil Darwin, Serge Abessolo, Bruno Henry, Tatiana Rojo, Tata Osca, Stana Roumillac, Moni Lek, Habi Toure, Sorel Boulingui et même Rasmané Ouédraogo qui fait une apparition exceptionnelle dans le film.

 

Claudia Yoka, Réalisatrice

Quelles sont vos attentes en venant ici à Cannes avec ce film ?

Ce que nous avions promis l’année dernière, c’était de ramener un teaser. Le film est en montage et nous avons un teaser que nous allons projeter ce soir.

Pour le FESPACO, on va garder le secret !

Est-ce qu’on aura l’occasion de voir ce film à Ouagadougou et au FESPACO ?

Nous sommes dans les secrets des Dieux mais, nous sommes en train de batailler pour cela, afin que ce film soit diffusé dans les salles, notamment Canal Olympia. Pour le FESPACO, on va garder le secret !

Nous portons le flambeau de nos aînés et nous espérons que ce flambeau ne va pas vite s’éteindre. Nous ne cesserons jamais de dire merci de nous avoir ouvert les portes. On souhaite qu’ils continuent à nous accompagner.

Hervé David HONLA.

 

 

 

 

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