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Claudia YOKA (Réalisatrice congolaise) « Arrêtons de traiter des sujets qui n’arrangent pas l’Afrique ! »

Considérée comme étant la fille spirituelle de Rasmané Ouédraogo, la cinéaste congolaise Claudia YOKA (Réalisatrice, productrice et scénariste) est présente à Cannes avec son film « MAYOUYA » coproduit par CLAP CONGO PRODUCTIONS et KONGO FILMS FACTORY. Très active pour la cause de la femme africaine, elle a créé d’ailleurs le festival du Film des Femmes africaines en 2014. Claudia est omniprésente dans le cinéma africain depuis 2000. C’est aux côtés de Rasmané Ouédraogo qu’elle a, non seulement été coachée mais également maîtrisé les rouages de l’industrie cinématographique africaine. Elle nous en parle sans langue de bois, aux côtés de sa productrice Leila Ouédraogo, dans cette interview réalisée ce jour 24 mai 2022, à la Croisette.

 

Vous êtes présentes à Cannes avec votre film « MAYOUYA ». Comment est né ce projet ?

 A force de parler des sujets qui nous minent, plus personne ne nous écoute. On sait que par le billet de l’humour, ça peut être une meilleure façon de passer notre message. Le film effectivement, s’appelle « MAYOUYA » qui est une comédie sur une réalisatrice qui peine à trouver des financements. Elle se retrouve dans une situation très ambiguë et décide de riposter contre ce banquier qui lui fait un chantage à caractère vicieux teinté de beaucoup d’humour.

l’acteur Kader Gadji du Sénégal

Nous nous sommes entourés d’un casting exemplaire et surtout panafricain dont nous en sommes très fiers.  On s’est entouré des acteurs venus du Sénégal, de la Côte d’Ivoire, du Gabon, du Burkina Faso, du Congo…on a ratissé large sur le continent, parce que l’autre idée, était de se dire qu’ensemble, nous sommes encore plus fort.

“…On s’est entouré des acteurs venus du Sénégal, de la Côte d’Ivoire, du Gabon, du Burkina Faso, du Congo…”

Au regard de l’absence des films africains en compétition officielle ici à Cannes, peut-on affirmer que les films du contient ne sont pas à la hauteur ?

Je ne pense pas ! Et c’est ça qui est d’autant plus grave ! Vous n’allez pas me dire que dans tout le continent africain, aucun film n’est à la hauteur du Festival de Cannes. Ce n’est pas vrai ! Je pense qu’il y a une décision politique des africains concernant le cinéma qui n’est pas visible et qui n’existe peut-être même pas. Ce qui est très triste ; on reste dans la position du demandeur. Moi j’ai une anecdote pour vous, concernant le festival de Cannes l’année dernière. Je venais avec l’espoir de voir un film. Et le seul film pour lequel je reçois un billet, c’est un film africain. Comme si c’est pour nous expliquer que ; ce qui peut nous aller le mieux, c’est de rester entre nous. Moi je ne suis pas partisane de ce genre de chose. J’ai le droit d’aimer David Cronenberg. J’ai le droit d’aimer les films de Sean Peen. J’ai le droit d’avoir des réalisateurs coréens ou autres…On ne peut pas me cantonner ! C’est justement ce qui nous empêche de briller à l’international. Le fait qu’on nous rappelle que nous devons traiter que de certains sujets et nous devons rester entre nous. C’est très grave ! Il y a des films qui sont présents ici que par pure volonté politique. A un moment donné, nos dirigeants doivent savoir quelle image ils veulent pour nous. Quelle image ils veulent pour l’Afrique. En tout cas, nous on est parti sur une comédie, sur quelque chose de drôle, de vrai, moderne aussi. On n’a pas toujours envie de traiter, nous africains, des sujets qui apitoient le sort de l’Afrique pour qu’on nous voit à l’extérieur. Donc, Il faut qu’on arrête de nous proposer des sujets qui ne nous arrange pas. Pour trouver après des moyens pour s’apitoyer sur notre sort. Je ne suis pas d’accord!

Hervé David HONLA  

 

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