Edito

Cinéma africain : Et si les opérateurs de télécoms étaient ce déclic ?

Des films primés à l’international, tel celui sud-africain « La Sagesse de la pieuvre », qui a décroché l’Oscar du Meilleur documentaire étranger en 2021, le long métrage « Desrances » d’Apolline Traoré du Burkina Faso, qui a remporté divers prix dans plusieurs pays, dont trois au Festival International du Kerala en Inde. Aux séries sénégalaises « Maîtresse d’un homme marié » et « Sakho & Mangane », qui ont embrasé le continent, ou encore le long métrage « La Graine » d’Alima Ouédraogo qui a remporté dans l’industrie de BOLLYWOOD en inde, trois grandes distinctions du très célèbre GOLDEN LEAF. Bref ; la production audiovisuelle africaine est en pleine croissance.

 

Si le secteur reste majoritairement tiré par les créations des studios nigérians de « Nollywood », d’autres modèles existent et continuent de se développer, à l’image du cinéma d’auteur en Afrique de l’Ouest. Ce cinéma d’auteur qui regorge des films de qualité et souvent très engagés. Ils sont produits par des financements publics européens, notamment français. Leur objectif, c’est de chercher moins de rentabilité mais une reconnaissance à l’international. C’est un modèle, qui ma foi, est inspiré du cinéma français centré beaucoup plus sur l’auteur et son œuvre.  Contrairement à cette grosse machine NOLLYWOOD, dont les productions sont centrées sur le plan local avec des mini-budgets et des sujets sensationnels. Le modèle de NOLLYWOOD est né au Nigéria dans les années 1990 et il continue d’évoluer et de s’exporter.  C’est la 2è industrie du cinéma mondial après BOLLYWOOD. Elle génère plus 1 millions d’emplois directs et indirects. Un exemple pour illustrer ce propos : L’un des plus gros succès de la décennie c’est le film « The Wedding party » qui a généré 1,5 million de dollars de recettes. Le Nigéria produit 7 films par jour et en 2021, ce pays a produit 2698 films.

Autre levier de croissance : les revenus issus de l’explosion de la VOD. C’est une évolution digitale du vidéo club, qui signifie « Vidéo à la demande ». Elle permet de choisir et de regarder un programme à n’importe quel moment. Il existe différentes plateformes qui proposent des films et séries soit à la location, soit à l’achat.  Les caïds du streaming l’ont bien compris et ils se livrent une bataille acharnée pour obtenir des parts des nouveaux marchés comme celui de l’Afrique.

Pour donc pallier les problèmes de débit d’Internet et la faible bancarisation, les plateformes nouent des partenariats avec les opérateurs de télécoms pour proposer des forfaits incluant l’abonnement au service de streaming. Et par ricochet, elles jouent la carte des productions africaines à destination du public local. Les nigérians l’ont très bien assimilé.  Le mouvement est certes encore timide en Afrique mais réel. Si elle est encore « sous-financée et sous-évaluée », l’industrie audiovisuelle du continent est aussi en pleine ébullition, à en croire un rapport publié par l’Unesco en octobre 2021. Les revenus annuels du secteur, qui plafonnent aujourd’hui à 5 milliards de dollars, pourraient en effet être multipliés par quatre et créer jusqu’à 20 millions d’emplois. A condition que les efforts de structuration et des investissements nécessaires soient réalisés. C’est le politique qui doit s’e charger !

Pourtant, la morphologie géo-cinématographique africaine est bien distincte et visible. Les terres des festivals en Afrique à l’instar du FESPACO au Burkina Faso créé en 1969, existent. On peut citer Discop Africa à Abidjan, le Ziff au Zanzibar, le Festival international de cinéma de Carthage en Tunisie ou encore le festival international de film de Marrakech… En ce qui concerne les véritables lieux de production qu’on y trouve en Afrique, certains pays sont des leaders. Grâce à leurs infrastructures cinématographiques et abattements fiscaux, ces pays accueillent de plus en plus de tournages de films étrangers. C’est aussi, en dehors du modèle lucratif, une belle ouverture touristique. On peut citer le Maroc, l’Afrique du Sud, l’Ile Maurice ou le Sénégal.

En plus, l’essor des VOD stimule la production ; rendez-vous compte que NETFLIX aux USA a produit la première série africaine « QUEEN SONO » sud-africaine en 2020. Canal+ et Showmax ont coproduite la série pensée par Layla Swart et Jahmil XT Qubeka. On parle même du futur « Game of Thrones » africain.  La première série africaine policière originale produite par CANAL+ est réalisée par le Sénégalais Jean-Luc Herbulot « Sakho et Mangane » en 2019 et est diffusée par NETFLIX.

Le Burkina Faso vient également de bénéficier d’une première production originale de CANAL+ avec la série « De plus en plus loin »

Hervé David HONLA

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