Entretien avec

Mister Mélo : « J’ai beaucoup contribué pour les Etalons »

Mister Mélo de son nom à l’état civile Mohamed Sidibé est un artiste chanteur, compositeur, interprète auteur burkinabé. Auteur de trois albums, dont le dernier « Pour toi » sortie le 31 juillet 2021, Mister Melo appartient aujourd’hui à la jeune écurie Amaown Production. OXYGENE MAG s’est entretenu le 18 aout 2021 avec le précurseur du concept « Afro Faso » et le premier galvaniseur des Etalons au moment où personne n’y croyait. Il nous parle de son nouveau statut et la nouvelle orientation qu’il donne à son art.

Déjà trois albums sur le marché du disque. Comment l’aventure musicale a-t-elle débuté ?

L’aventure a commencé depuis le collège, avec mon orchestre ‘’ force de frappe’’ dans laquelle j’étais le lead-vocal. Un orchestre qui a vu la participation de plusieurs personnes, qui sont devenues la référence en Côte d’Ivoire. Pitch du groupe VDA était mon choriste en son temps. On a commencé petit à petit avec les concours, les live organisés par ci par là. J’ai décidé de rentrer au Burkina. J’ai sorti mon premier single en 2010. Ensuite le son « soutien aux étalons » en 2011 au début qui n’a pas connu de succès mais bon. En 2012-2013 le succès est venu avec cette chanson qui m’a révélé. J’ai fait mon premier album en 2013 qui est baptisé « Yawoto », le deuxième en 2018 baptisé « Ambiance » et le troisième le 31 juillet 2021 baptisé « Pour toi ».

Certains voyaient en toi une carrière en berne, il y a quelques années, pourtant, tu as été l’auteur de plusieurs tubes à succès. Qu’est ce qui justifiait ce passage à vide ?

C’est le manque de moyen qui justifiait cela.  Y’avais pas de maison de production donc j’étais en auto-prod. J’essayais de faire sortir des œuvres de qualité. Quand tu sors une œuvre de qualité, c’est vrai que souvent cela peut prendre, mais lorsqu’il n’y a pas de mains derrière avec des fonds pour pousser l’œuvre, elle passe un peu inaperçu. Sinon les talents ne manquent pas au Burkina. Il y a beaucoup de belles œuvres, mais ne passent pas parce que souvent, il n’y a pas de moyens derrière, pas de fond pour promouvoir l’œuvre. La musique c’est vrai, il y a le talent qui est là. Cependant, ce qui fait falloir le talent c’est les fonds. On essayait de faire de notre mieux espérant qu’un jour, on allait tomber sur des bonnes volontés pour nous propulser.

“On essayait de faire de notre mieux en espérant trouver un producteur”

Pourtant, tu étais le premier artiste musicien qui avait donné sa voix pour soutenir les Etalons au moment ou ils étaient conspués par leur peuple. Qu’as-tu concrètement bénéficié à leurs cotées ?

A propos des étalons, j’ai bénéficié en visibilité. Financièrement, il y a des gens qui pensaient dans le temps que tel joueur m’avait donné cela, mais je n’avais pas eu l’occasion de les répondre. En réalité le soutien des étalons n’était pas trop ça. J’avais de bons amis, quand on se voyait, essayaient de gérer mon transport. D’autres m’appelaient pour me dire que ma chanson les accompagne partout. Lors des compétions internationales, cette chanson était comme un hymne des étalons. Une véritable chanson qui était collée à l’image des étalons. Il faut savoir que cette chanson, je l’ai faite à un moment où personne ne voulait chanter pour les étalons. Je me rappelle même quand je partais au studio pour chanter, les artistes qui venaient enregistrer souvent dans le studio de Kevinson écoutaient la chanson me disait « ‘’ djo’’, tu n’as rien à faire, toi tu veux chanter pour les Etalons, Etalon qui ne passe jamais au premier tour. Toi tu veux chanter pour eux. Tu veux gaspiller ton argent ? ». Je dis non, vous savez que quand on veut soutenir, on soutient quand ça ne va pas. Sinon quand c’est bon on n’a pas besoin de soutien. Ils me disent qu’ils ne vont pas chanter pour les Etalons, parce qu’ils déçoivent. Quand j’ai fait la chanson, j’ai commencé à prester dans les maquis et bars, histoire de faire la promo. Mais le retour n’était pas bon, parce que dans certains maquis on me chassait quand je disais que c’est une chanson pour les Etalons. On me chassait ! Je me rappelle, il y a un maquis à Tampouy où les gens m’ont lapidé parce que je chantais pour eux. Ils affirmaient que les Etalons mettent la honte au burkinabè. Donc j’ai persévéré dans ça jusqu’en 2013 où les étalons sont arrivés en quart de final. Dès ce moment, j’ai vu plusieurs artistes qui sont rentrés en studio pour composer des chansons à la gloire des Etalons. Quand ils sont arrivés en demi-finale, d’autres ont composé, chanté et réalisé des clips le même jour et ont bénéficié des sponsors. Ces sponsors que moi-même j’avais sollicité à une certaine époque et m’ont rejeté. Je pense qu’en fin 2011, je suis même allé déposer ma chanson dans une maison de télécommunication pour qu’on m’aide. Je suis allé aussi à la fédération pour qu’on m’aide à obtenir ne serait-ce que cent cinquante mille (150.000) FCFA pour compléter la finalisation de mon clip. Personne ne m’a aidé ! Ils ont commencé à financer des personnes, des groupes, parce que là, ils voyaient les Etalons avancer. Ils voyaient que les Etalons avançaient maintenant, ils ont financé des gens à hauteur de millions pour aller chanter. Mais moi, je ne me suis pas découragé. Je me disais que c’est un devoir pour moi de soutenir, parce que quand tu es patriote, ce n’est pas vivre dans un pays, mais c’est ce que tu fais pour ce pays qui importe. Donc je me dis quoi qu’il advienne, je sortirai gagnant. Car au fond de moi, j’ai fait quelque chose qui a servi, qui a contribué à magnifier mon pays. Même si c’est insignifiant, j’ai contribué pour les Etalons.

“dans certains maquis on me chassait quand je disais que c’est une chanson pour les Etalons”

Ensuite, tu t’es retrouvé entrain de bourlinguer dans les maquis en tant que manager/DJ. Qu’est ce qui justifiait ce revirement de ta carrière ?

Bien avant de chanter, j’ai commencé d’abord par les platines, histoires d’avoir des petits fonds pour m’autofinancer. Au Burkina Faso, il faut le reconnaitre que quand tu chantes et tu ne fais rien ; ah c’est compliqué ! A un certain moment, les soutiens se faisaient rares. Donc si tu ne travailles pas, tu vas toujours attendre les gens pour te donner quelque pour faire sortir une œuvre. Pourtant quand j’étais DJ, souvent mes pourboires et mon salaire me faisaient sortir des tubes. Les chansons que vous avez connues auparavant ; c’est dans la nuit je récoltais de l’argent pour aller au studio. Je ne pouvais pas m’asseoir et attendre un bon matin, un ange gardien m’aider pour me produire. Non ! J’aimais ce que je faisais bref, j’aime ce que je fais ! C’est ma passion. Donc j’essaie de me donner les moyens, en travaillant d’arrache pieds pour pouvoir me financer. Ici, quand un artiste est chez lui, il est en vogue. Au Burkina Faso se concentrer uniquement à la musique, pour vivre c’est un peu compliqué. Il faut faire quelques business autour, raison pour laquelle, je travaillais dans les bars et maquis. Maintenant il y a une maison de production qui a décidé que je ne travaille plus dans un maquis. Elle a injecté des fonds dans ma carrière pour que je me concentre à ma musique. Tant mieux !

” Au Burkina Faso se concentrer uniquement à la musique, pour vivre c’est un peu compliqué” 

Peux-tu officiellement nous confirmer que Mister Melo ; c’est fini avec le métier de Manager/DJ des discothèques ?

Pour le moment, je n’ai pas envie de repartir là-bas. Je prie Dieu pour que tous se passent comme il le faut pour ne pas que je retourne là-bas. Mais cela ne veut pas dire qu’un jour on ne me verra pas là-bas entrain de mixer. C’est un truc que j’ai appris. C’est un métier noble et hot. Il y a des DJ qui sont bien payés que d’autres fonctionnaires. J’en connais plein, qui roulent dans des voitures avec de belle maison. Sauf que partout il y a des brebis galeuses, mais c’est un métier qui nourrit son homme. Cela ne colle pas trop quand tu veux être artiste, parce qu’il n’y a plus de mythe. Tu deviens très accessible à tout le monde. C’est dans ce sens que la maison de production a demandé que je quitte là-bas, afin de créer ce mythe autour de moi.

Selon vous, qu’est ce qui caractérise la faible visibilité de nos artistes musiciens sur l’échiquier international. Pourtant, beaucoup de mélomanes affirment que vous avez du talent ?

On a du talent, mais c’est comme ce que j’ai dit au début, le talent seul ne suffit pas. Il faut la promotion, il faut élargir ton champ d’action. C’est-à-dire nous ; les artistes burkinabè on a tendance à ‘‘se suffire’ ’au Burkina. Une fois que l’on a fait quatre, cinq provinces on se suffit déjà et on ne vise plus loin. C’est ce qui fait qu’on est un peu coincé au Burkina. On ne s’ouvre pas aux autres. Pourtant, d’autres quand ils commencent, ils vont faire le tour partout dans les pays pour essayer de faire leur promo. Ils tissent des relations à l’extérieur pour envoyer leurs musiques loin, hors de leurs frontières. Mais ici, on se dit que prester dans les mariages, les provinces, dans les baptêmes, on gagne nos jetons c’est bon. C’est bon et on se suffit comme ça. Pourtant un artiste n’a pas de limite. Un artiste doit franchir les frontières de son pays pour le représenter valablement. Moi je me dis que si on essaie de collaborer, de s’ouvrir aux autres artistes, on sera plus professionnel.

Aujourd’hui, tu fais partie de l’écurie Amaown Sound. Peut-on dire que c’est la renaissance de Mister Melo ?

Ce n’est pas la renaissance, mais la continuité, parce que la vie c’est la continuité. Peut-être que j’ai stoppé quelque part ou Amaown Sound est venu me prendre. On va continuer ce que je n’ai pas pu faire auparavant. Ils vont faire plus avec les moyens qu’ils ont, parce que j’étais en auto-prod. J’essayais de faire les choses selon mes moyens. Maintenant Amaown Sound est venu, ce que je n’arrivais pas à faire, ils vont le faire pour apporter un plus. Ils sont venus trouver Mister Melo qui avait un nom. Ce nom est sur moi aujourd’hui, favorise beaucoup de chose et ouvre beaucoup à Amaown Sound. Ce n’est pas une renaissance, c’est une nouvelle personne que vous allez découvrir.

” les artistes burkinabè on a tendance à ‘‘se suffire’ ’au Burkina”

Comment s’est faite la rencontre entre Amaown Sound et Mister Melo ?

Amaown Sound, c’était d’abord une histoire de fraternité. On était ami, on faisait tout. Le boss d’Amaown était dans ses business, il n’était même pas dans la production. Un jour, le boss m’a dit qu’il voulait se lancer dans la production et son choix s’est porté sur moi, j’ai accepté. Souvent on dit que « l’amitié n’est pas trop bonne en business », mais connaissant l’homme, voilà comment, on s’est engagé. On a essayé le premier album, on y croit.

Qu’attends-tu de cette jeune structure ?

J’attends comme tous les artistes, quand tu signes avec une maison de production, c’est pour qu’il y ait une amélioration dans ta carrière, pour que ta carrière soit professionnelle et bien structurée. Comme tous les artistes c’est comme ça ! Sinon on n’a pas un intérêt à signer avec une maison de production. On signe avec une maison de production pour qu’elle vienne te prendre, où tu t’es limité. Pour qu’elle injecte des fonds pour que ta carrière brille. C’est ce que j’attends d’elle. Qu’elle se mette à fond pour booster et c’est ensemble que nous allons grandir.

Tu aurais affirmé que c’est elle qui t’a obligé à quitter le métier de Dj et par conséquent ; elle aurait intérêt à te faire vivre de ton art. Est-ce le cas ?

Ce n’est pas une obligation. Ils ne m’ont pas obligé à quitter la nuit, mais c’était une condition aussi pour que je travaille avec eux. Pour que les affaires puissent marcher. Ils se disent que si je suis dans les bars, vu le monde qui vient là-bas, je ne serais plus un mythe. Les gens ne vont pas m’accorder trop d’importance, ni d’intérêt. Ce n’est pas bon pour leurs business. Ils ont estimé que je quitte ce milieu pour me faire rare. Mais pour tout être humain, quand tu es quelque part et que tu as un salaire et on te dit de quitter cet endroit parce que c’est l’une des conditions pour que vous travaillez ensemble ; ah là… La maison doit me rassurer et mettre tout à ma disposition pour que je puisse vivre à l’aise car j’étais à un endroit où je travaillais. J’arrivais à payer mon loyer, à me gérer et on va te dire de quitter ?! Tu quittes et ton bailleur fait comment ? S’il te regarde et tu lui explique que « C’est ma maison de production, qui m’a dit de quitter et j’ai quitté donc faut me comprendre », ils vont te foutre dehors ! Donc si on te dit de quitter, tu ne vas pas aussi faire de la magie, ni la mendicité pour vivre. Donc, quand on te dit de quitter, il faut que des garanties soit mise en place, pour que tu n’aies pas faim.

Parlons de l’album « Pour toi » qu’est ce qui fait la différence aux deux autres précédents ?

La différence est que cet album est beaucoup plus chanté. Avant j’étais plus dans l’ambiance et dans cet album je m’affirme plus que les autres singles qui sont passés. Je me dis que c’est une production et Mister Mélo a un talent. Quand tu n’as pas les moyens, tu rentres dans le studio pour faire sortir des sons, ils vont sortir sans promo et c’est bizarre. Mais avec la production tu te donnes à fond et tu essaie de faire sortir ce qui était caché au fond de toi. Afin que la production soit fière de son artiste, que les mélomanes soient fiers et qu’ils se disent waouh ! Il a une maison de production qui ne s’amuse pas. Pour moi, dans cet album de huit titres, vous aurez des styles dans lesquels vous n’avez jamais vu Mister Mélo. Il y a beaucoup de collaborations et beaucoup de genres musicaux dans cet album. C’est à vous d’écouter et vous allez voir la différence entre le Mister Mélo dans les singles et Mister Mélo avec Amaown.

Huit titres jalonnent cet opus qui possède de nombreuses variétés d’inspiration urbaine. Comment comptes – tu (avec ton staff), conquérir ce marché musical qui devient de plus en plus concurrentiel ?

On a déjà mis beaucoup de stratégies en place. Pour cela, mon équipe à la réponse. L’équipe va tout faire. J’ai confiance à cette équipe qui va tout faire pour qu’on soit positionné au-dessus de la musique africaine.

Depuis la sortie le 31 Juillet dernier, quelle appréciation et avant bilan fais-tu de cet album ?

D’abord le bilan est positif, mais avant je ne peux pas parler de bilan parce que nous sommes en train d’étaler nos plans de communication. Donc on n’est même pas à 2/100 de nos plans de communication. Je ne peux pas parler de bilan mais on a de bonnes approches et de bon retour. Cela me motive et m’encourage à aller de l’avant. Je vais attendre, travailler, puis on va s’asseoir ensemble après faire le bilan.

“J’ai confiance à Amaown Sound”

Les quatre derniers mois (de septembre à décembre) s’annoncent assez bouillants artistiquement. Mister Melo possède -t-il déjà des dates consistantes ?

La production et moi, on est en train de réfléchir sur la date d’un concert. Mais d’ici la fin du mois vous aurez une conférence de presse à bobo. Ce qui est rare qu’un artiste qui réside à Ouaga fasse un le déplacement pour aller faire une conférence à Bobo. Je n’ai pas dit que cela n’existe pas, c’est rare. On essaie de faire ça. On essaie de toucher tout le monde. Après on va voir, dans quelle circonstance choisir une date puis faire un concert inoubliable.

Une vague de jeunes artistes inondent le marché discographique, quel regard portes-tu sur leur communication et leur style musical ?

Je pense qu’actuellement, les choses évoluent beaucoup. Quand on essaie de conquérir le marché international et la manière de communiquer aujourd’hui est basée à 75% sur les réseaux sociaux. Je pense qu’actuellement les jeunes maîtrisent les réseaux sociaux, les rouages et savent attaquer leurs cibles. En tout cas la communication sur les réseaux sociaux, la communication digitale… je vois qu’ils s’en sortent mieux. Tout a changé, le monde même évolue et il faut évoluer avec le monde. Actuellement les jeunes ont compris que c’est la communication, sans la communication, il n’y a rien.

Pour conclure, est- ce que Mister Melo, se sent – il à l’aise avec sa nouvelle vie d’artiste aux côtés d’Amaown Sound ?

Je me sens toujours à l’aise car j’ai la possibilité de faire ma passion qu’est la musique et je suis en bonne santé. J’ai la voix pour chanter et je peux me déplacer pour aller prester quelque part. J’ai toujours été à l’aise que ça soit dans la pauvreté ou dans la richesse. Pourvu que je puisse faire la musique. N’importe où je pourrais faire la musique je serais à l’aise.

Flora Younga/Priscille Yenntéma

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