Interview

Kandy Guira : « Si on m’invite au Burkina, je viendrai »

Kandy Guira est une jeune chanteuse burkinabè vivant en France. L’une des plus belles voix de la musique Burkinabè. Oxygène MAG l’a rencontré pour échanger sur sa carrière et son engagement dans le domaine humanitaire. Elle vit hors du Burkina (France) mais reste attaché à la culture burkinabè. Entretien réalisé le 16 aout 2021 au siège du journal.

 

Commençons par le commencement. Comment Kandy est arrivée à la musique ?

Je pense que c’est la musique qui m’a trouvé. Je suis passionnée de la scène, donc j’ai commencé en tant que danseuse, mannequin et dans le théâtre. Aujourd’hui c’est la musique qui prime.

Combien d’album exactement sur le marché ?

Deux albums.

Lesquels ?

Il y a un premier album qui n’a pas vu le jour. Mais il y a un vrai premier, qui est sorti en 2019 en France sur les plateformes de téléchargements. Il s’agit de ‘’Tek la runda’’. Le prochain ‘’Nag taba’’ sortira le 22 octobre prochain. Un album qui parle de beaucoup de choses du vivre ensemble, de la bonté et des bienfaits. Pour ainsi inviter les gens à être ensemble car c’est ensemble qu’on est plus fort. Je touche beaucoup de styles, je suis inspiré par l’amour. Donc vous allez découvrir une autre facette de moi dans cet album, plein et de surprises agréables.

“J’ai trouvé l’équipe managériale qu’il fallait”

Beaucoup de collaborations nationales et internationales. Peut-on connaître avec qui ?

J’ai eu beaucoup de collaborations. Si je commence déjà par ici, il y a le groupe Kalyanga, George Ouédraogo et ZDESS du Burkina, Cissé Abdoulaye, Ali Koïta, Oumou Sangaré et Cheick Tidiane du Mali, Aicha Koné de la Côte d’Ivoire, et bien d’autres.

Vous résidez en France à Paris. Vous n’êtes pas très représentée chez vous au Faso. Qu’est ce qui justifie cela ?

C’est un peu de ma faute au départ. Mais, on va y remédier, parce que j’ai trouvé l’équipe qu’il fallait. Le problème c’était l’équipe dynamique et de confiance, là je viens de la trouver.

Votre musique est teintée de folklore et de rythmes contemporains. Comment la qualifiez-vous ?

Je la qualifie ‘’Faso électro pop’’. C’est le style que je fais. C’est un mariage entre la racine, le terroir, ma source d’inspiration, mon essence. Ce qui me permet de créer en mélangeant avec les musiques actuelles et la pop, que je faisais. Donc c’était pour créer un pont entre mon pays natal et le pays qui m’a accueillie. C’est un joli mélange que je voulais amener et ce joli mélange donne Faso électro pop.

“Je fais du Faso Electro Pop”

Les médias internationaux disent de vous, que vous êtes l’une des plus belles voix du continent. Qu’est ce que ça représente pour vous ?

Je suis fier. Je suis toujours dans le travail pour aller au-delà. Ce n’est pas une qualification qui me frêne. Mais une qualification qui met la pression pour aller plus haut.

Pourquoi l’on ne vous voit pas sur les plus grandes scènes burkinabè comme le FESPACO, les KUNDE, les NAK, la SNC ou encore les 12PCA ?

On ne me voit pas parce qu’on ne m’y invite pas. Si on m’y invite, je serai là. Entre Ouaga et la France, il y a que 5 heures de vol. Et ça me ferait plaisir aussi de participer. Je porte le drapeau du Burkina à l’extérieur, donc c’est bête que je refuse les invitations à l’intérieur. C’est juste qu’il n’y ait pas. J’invite les gens à le faire.

” Je porte le drapeau du Burkina à l’extérieur”

Justement il y a les 12PCA qui arrivent, on espère que si on vous invite vous viendrez ?

On croise les doigts.

Quel est le regard que vous portez sur cette nouvelle vague de la musique burkinabè qui casse les codes ? Croyez-vous-en leur musique ?

Oui ! Moi j’y crois. J’aime bien cette discipline par ce qu’elle n’a pas de couleur, ni de frontière. On s’en fout de la différence, c’est juste qu’on vibre au même son et à la même sensibilité. C’est pour cela que je suis passionnée de ce métier. Le dynamisme qu’il y a aujourd’hui autour de la musique burkinabè, me plait beaucoup. C’est un dynamisme positif. Une concurrence ou, tu es haut, on va plus haut et ainsi de suite. Du coup ; cela amène tout le monde vers le haut. Sincèrement j’adore ce dynamisme qu’il y a et aussi cette reconnaissance musicale qui commence à se dessiner autour de la musique burkinabè. Le problème c’est que le burkinabè ne supportait pas beaucoup sa musique. A présent, la jeunesse est en train de faire changer la donne et je trouve cela franchement très bien.

” Le dynamisme qu’il y a aujourd’hui autour de la musique burkinabè, me plait beaucoup.”

Vous venez de lancer un tube en collaboration avec Alif Naaba. Que représente-t-il pour vous ?

C’est une chanson dans laquelle j’avais envie de dénoncer les gens qui se cachent derrière des faits de société, d’une crise, pour profiter des autres. J’ai choisi Alif car avec lui, on a commencé à vouloir faire des trucs ensemble. Cette chanson était déjà en single et ça lui avait plus. Il m’a dit avoir une proposition dessus. Quand il a proposé, on l’a repris ensemble en une nouvelle version. Voilà pourquoi la collaboration est arrivée.

Vous séjournez depuis quelques jours au Faso. Qu’est ce qui explique l’objet de votre présence ?

Je suis là pour la promotion du single de mon album qui sort bientôt. C’est aussi pour voir la famille. J’en ai profité pour faire la promotion et annoncer au burkinabè que j’ai mon prochain « bébé » qui arrive, d’être prêt. Je me suis rendue compte que je suis beaucoup plus suivie au Burkina Faso que partout ailleurs. Mes gros fans sont au Burkina. C’est une grande surprise que j’ai apprise quand je faisais les statistiques de ceux qui me suivaient. Franchement j’en suis très fière. C’est la raison de ma venue. Pour leur dire merci et dire qu’ils méritent que je vienne faire plus de choses.

La musique burkinabè n’est pas assez connue à l’extérieur notamment en France où vous vivez. Qu’est ce qui explique cela ? Quelles peuvent être des pistes de solution ?

N’est pas très connu parce que, comme je le dis, c’est une question de porter la musique. Aussi, on n’est pas nombreux. Moi je suis seule actuellement, internationalement je parle. A par ma sœur Rokiata Ouédraogo mais qui n’est pas dans le domaine de la musique, on n’est pas nombreux. Il faut qu’il ait plus d’artistes, qui sortent hors des frontières. En ce moment-là on pourra s’imposer. Pour qu’on soit nombreux, il faut que la jeune génération puisse passer les frontières du Burkina. Moi j’ambitionne aller au-delà, casser toutes les frontières et être connue partout dans le monde. J’aimerai inviter d’autres artistes à faire de même. C’est ensemble qu’on va y arriver comme s’appelle mon album ‘’Nag taba’’.

” Je permets à des jeunes malentendants de rêver à autre chose”

Kandy Guira est-elle mariée ? Des enfants ?

Oui j’ai un garçon de 06 ans.

Vous évoluez également dans le domaine humanitaire notamment dans le volet social. Que faites-vous concrètement ?

Je permets à des jeunes malentendants de rêver à autre chose, qu’à être sur des métiers, que j’appelle un peu ingrat pour eux. Parce qu’ils ne sont cantonnés qu’à ces quelques métiers à cause de leur handicap. Donc, le travail que je fais auprès de ces enfants, c’est de faire tout pour avoir des appareils pour eux. Afin qu’ils puissent mieux entendre. Je veux aussi les montrer qu’il y a des possibilités d’autres boulots. D’autres enfants l’on fait. Ils doivent rêver à autres choses qu’à être soudeur, mécanicien ou tout simplement un handicapé. Egalement, j’ai mis en place des ateliers d’apprentissage des langues de signe. Chose qui va permettre aux malentendants de se sentir plus intégrés car s’il y aurait plusieurs personnes qui comprennent leur langage. Ils se sentiront moins isolés. Si on est capable d’aller payer des cours d’anglais de chinois, je pense qu’on peut se permettre aussi des cours de langue de signe

Un bilan de cette activité ?

J’ai appareillé 96 enfants. On est à ce nombre parce que depuis on en n’a pas fait. La raison est qu’on avait plus de partenaires. D’où le fait que j’en parle souvent pour trouver des partenaires afin de continuer l’aide des appareils. L’appareil coût 600 000 FCFA, donc ce n’est pas donné à tout le monde. On essaye de l’amener et de l’offrir à des enfants qui en ont besoin. On évolue en tant qu’une association, dénommée ‘’Que du bonheur ensemble’’.

Quel est le regard que Kandy porte sur la situation sécuritaire précaire du Burkina Faso ?

C’est triste. Je trouve qu’on gagnerait tous à rester ensemble. De fois ce sont des guerres qui ne sont pas des nôtres. On nous invite dedans et on se laisse prendre. Je pense qu’en s’unissant, on va créer un grand pont qui va leur faire peur. Mais quand eux ils décident de nous faire peur et que nous, on se mette en petit groupe, on devient vulnérable. C’est en se donnant la main et en restant ensemble qu’on va réussir. Donc j’invite tous les burkinabè à être solidaire, à se faire confiance mutuellement et à faire un gros paquet de blocage vis-à-vis de ces gens. Si on se disperse, on sera vraiment vulnérable et c’est en ce moment ils vont nous avoir.

De plus en plus on parle de réconciliation nationale de votre pays. Comment voyez-vous la matérialisation de cette réconciliation nationale ?

Cette réconciliation viendra au moment où on va considérer tous les burkinabè pareils, de la même façon, sans différence. C’est comme cela que je la vois. Car si on met une différence dans la manière de gérer les choses, de certains et de d’autres, bien sûr il n’y aura pas de réconciliation. Mais il faut qu’on traite tout le monde pareil, qu’on fasse une table ronde et qu’on discute. Tout est dans la discussion. Dans la réconciliation, il y a le pardon aussi.

Un dernier mot

Je veux dire merci à tous les fans du Burkina, qui sont restés fidèle, malgré tout le temps que je mets pour revenir, artistiquement parlant. Merci de rester fidèle et de me grandir. Restez toujours connecter, car on va prévoir des choses et je vous inviterais à sortir au moment venu. Il ne faudrait pas me décevoir en ce moment-là.

Yenntéma Priscille

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