Entretien avec

Bernard Oheix à Cannes : «Lingui» mérite un prix

Critique de cinéma à Jeune Cinéma et surtout ancien Directeur de l’évènementiel au Palais des Festivals à Cannes, Bernard OHEIX est surtout appelé «Agitateur culturel» dans la Côte d’Azur. Il a organisé de nombreux évènements tant dans la musique, le cinéma, le théâtre, la danse. Auteur de plusieurs livres dont le tout dernier «CAFE CROISETTE», il nous parle ici de l’Afrique et de son cinéma à Cannes.

  • Les artistes africains dans les programmations

 

«…J’ai toujours programmé beaucoup de spectacles africains ; musique, danse, théâtre…et d’ailleurs Salif Keita, Youssou N’dour, Mory Kanté… bref j’ai programmé des musiques du monde et ça marchait de façon spectaculaire… »

 

  • Le cinéma de CANNES et l’Afrique

«…Ce qui caractérise le festival de film de Cannes, c’est la connexion du cinéma dans toutes ces facettes, les producteurs, les acteurs, le marché, les films grand public, les films élitistes et une espèce de rencontre entre : d’un côté les stars systèmes, où les célébrités font des navettes et de l’autre, l’aspect populaire du cinéma. Il y a à la fois un mélange de cinéphilies, de fête, d’intelligence…Tout ce mélange-là, avec une évolution donne de la vitalité au Festival. Ce qui est quand même problématique, l’économie du cinéma est en train de changer, au regard de la Covid qui devient de plus en plus incontrôlable. Le marché est en train d’évoluer à une vitesse incroyable avec ; notamment, les nouvelles technologies où on peut discuter de son film d’un continent à un autre. Le cinéma est en train de changer. Je ne sais pas où ça va, mais personne ne peut dire où on va.  Ce qui est sûr, ce n’est pas pour rien que le Festival de Cannes est l’évènement le plus médiatisé au monde après les Jeux Olympiques. Donc le festival de Cannes ; c’est à la fois, les écrans qui projettent des films extraordinaires et en même temps, il y a cette connexion entre l’écran et les gens. Ce qui est encore plus fascinant à Cannes, c’est que tout ce jeu de stars systèmes notamment ; la montée des marches, les shootings etc. mènent inexorablement vers l’envie d’aller  voir les films sur l’écran. Je fais partie des gens qui ont hurlé parce que l’Afrique qui n’a eu qu’une Palme d’Or, l’Algérien Mohamed Lakhdar-Hamina en 1975 avec «Chronique des années de braise», pouvait l’avoir en 2014. Cannes avait programmé «Timbuktu» d’Abderrahmane Sissako ; Ils n’ont pas senti que c’était prémonitoire. Pour moi, à cette année-là, il devait avoir la PALME D’OR. Mais rassurez-vous, contrairement à ce que certains pensent, le jury à Cannes n’est pas acheté. Sauf qu’il y a un syndrome du jury. C’est-à-dire ; quand tu es dans le jury, tu veux faire différent de tes prédécesseurs. Tu veux marquer l’histoire et donc tu vas chercher là où les gens ne s’y attendent pas.  C’est peut-être d’hommage et c’est comme ça dans les festivals d’envergure internationale. Les jurys de plus en plus se laissent enfermer dans leur logique du genre, il faut faire différent, on ne laisse pas parler son émotion, son intellect et ça c’est malheureusement le syndrome du Jury et ça joue souvent»

  • Le Film «Lingui» de Mahamat-Saleh Haroun, nominé à Cannes

«…Le cinéma africain est en train d’atteindre un niveau technique moyen  qui est exceptionnel ! Le film de Mahamat, regardez la perfection avec laquelle les acteurs jouent. Ils jouent juste, les images sont impeccables…le temps où on disait que les africains ne sont pas à la page, c’est finit ça ! En plus, se mettre à l’idée de faire un film aussi sensible dans son pays où il réside ! Parler de l’avortement alors que c’est interdit dans son pays et interdit par les musulmans ! Ça serait tout de même surprenant qu’on ne lui donne pas un prix ! »

Hervé David HONLA

 

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