Edito

«WEND’SO» de FLOBY : Un artiste inaltérable !

On parle beaucoup de stratégie dans le milieu musical. Mais sachez que les mêmes stratégies qui mènent au succès sont exactement les mêmes que celles qui conduisent à l’échec. A mon avis, le meilleur moyen d’atteindre ses objectifs dans ce showbiz, c’est de ne pas les calculer ni les viser. C’est de les réaliser tel que ça vient et tel qu’on le sent.  L’essentiel c’est de trouver son originalité et opérer des choix transversaux qui pourront vous distinguer des potentiels concurrents. Notamment ; commettre moins d’erreurs et savoir revenir à la case départ afin de ne jamais perdre ses racines. C’est-à-dire s’envoler tout en sachant qu’on reviendra atterrir au même lieu.

2006-2021, c’est-à-dire 15 ans de musique et surtout 15 ans au sommet de la musique Burkinabè. Ça peut paraître «Vouvouzélatique», mais c’est politiquement correct de l’affirmer.  De mémoire (sous le contrôle des anciens de la période de la Révolution), aucun artiste burkinabè n’est resté autant au sommet de son art. Floby est sur toutes les lèvres des journalistes, animateurs, mélomanes, politiciens, filles de joie, artistes, personnel de santé, DJ, diaspora, maçons, charpentiers, cultivateurs, geôliers etc. Bref, il est le symbole vivant de l’identité de la musique burkinabè.

En présentant son sixième album dans les conditions les plus dantesques ce soir à SPLENDID HOTEL, au cœur de la capitale du pays, c’est une preuve de son hégémonie nationale.

 

Mais intéressons-nous surtout sur le contenu de cette œuvre qui comporte…Dix-huit (18) titres.

 

Une dizaine de titres d’un niveau excellent

L’arrangeur Petit Jeano est celui qui se taille la plus grosse part du gâteau dans cet album. Onze (11) titres à lui tout seul. Pissi le talonne avec six (6) titres et Kevinson s’est contenté d’un tube  celui de «Bangui Zabdin».

Les styles des arrangeurs sont distinctes les uns les autres. Chacun s’est laissé évader dans ses inspirations avec bien sûr l’approbation de l’auteur.  Je découvre donc un Floby dans plusieurs genres qu’il a su badigeonner avec dextérité. Dans le tube «A Belga Mam» c’est du pure AFROBEAT goupiller par Pissi, dont le beat nous entraine tout droit dans les tréfonds du Nigéria et du Ghana. L’autre grande surprise, c’est l’Afrojazz fusion ! J’ai failli entrevoir Alif Naaba dans le tube «Tiin-Bo» où le timbre vocal est sensiblement le même. De l’acoustique  avec une forte inspiration des cuivres à l’instar du saxophone. Petit Jeano a démontré solennellement ses prouesses dans cet exercice pas aussi simple à harmoniser. Idem pour ce featuring avec l’indomptable King Mensah. Où le même arrangeur à cette fois-ci, fait cette fusion folklore en Ekwe et en Kabye venue de Togo. D’où cette grande variété de percussions et de voix d’outre contrée. Un tube comme «KIIBA» fera beaucoup parlé de lui. C’est du Floby à l’état embryonnaire avec des textes profonds. Des jeux instrumentaux hyper mélancoliques. Personne ne restera insensible à ce tube qui ne se raconte pas, mais se laisse nostalgiquement écouter. En auditionnant «Yob Yobé» arrangé par Petit Jeano, je comprends pourquoi, je sens un peu du Djeka dedans. Tout simplement parce que cet arrangeur est une virtuose de ce genre musical. Il est tellement bien goupillé que je m’attendais à un bon featuring avec un artiste de la région Bissa. De préférable une femme. Pas étonnant que «Wend’so» soit le tube qui donne le nom à l’album. Car en l’écoutant, c’est le résumé des six opus du double détenteur du KUNDE d’Or. On retrouve le même timbre vocal de toutes ses chansons et surtout beaucoup de similitudes aux précédents. Ce qui fait d’ailleurs son identité. Guitare voix, percu, émotion etc. Le second feat avec Soul Bang’s m’a paru comme un classique connu de tous. Une sorte de chant panafricaniste que tout artiste qui parle d’Afrique, est contraint de chanter de la même façon. Pissi en arrangeant la chanson «Méditation», tout porte à croire que, c’est un tube dont le caractère prétentieux était mis en primeur. Au regard des soubresauts intergénérationnels qui gangrènent en ce moment le milieu musical Burkinabè. Qu’on le veuille ou pas Floby est venu s’affirmer qu’il reste le Boss ! Bien qu’ils n’ont pas voulu l’avouer devant les fans et la presse, nous les consommateurs et les critiques ; nous affirmons que c’est de ça qu’il s’agit ! Lors des moments de gestation de Sofiano, Floby avait chanté le tube «Baba» (…C’est toi qui fait la bouche….). Tout comme lors des bisbilles avec feu Arafat, il avait également fait un tube pour le narguer subtilement. Ce n’est donc pas nouveau pour lui. Pour un artiste de la trame de Floby, ce n’est pas prétentieux de l’affirmer ou de faire parfois dans la provoc malicieuse. A nous de décrypter.  Mais comme la modestie est la devise du Burkinabè, on comprend. Des tubes comme «Zuuni», «Monica» sont ses classiques. Impossible de faire fi de ses chansons qui seront chantées en chœur bientôt par bons nombres de mélomanes. Surtout que certains noms des acteurs du showbiz y figurent. Il serait vraiment incongru de passer sous silence le tube «Bangin Zabdin». C’est le chant unificateur comme Kevinson sait si bien le faire. Le véritable bal poussière dans les discothèques, maquis, région, villages, canton, quartier etc. Le vrai terroir chanté avec le plus beau des folklores moaga. J’imagine les danseurs… «A Weed Paanga Sonnré» et «La Monnaie» sont des classiques internes au staff qui s’imposeront d’eux-mêmes sans forcer.

Mais…Mais…le coup de cœur du CHAT, c’est le premier tube de cet album ! «Nini Toogo». Pour celui qui possède une belle oreille critique, ne me dira pas le contraire. C’est à fois le condensé de cet opus mais aussi le pallier suprême dans lequel Belemgnegré se trouve en ce moment sur le continent. Ce titre incarne le succès de ce 6è album et de l’ensemble de sa carrière. Tant au niveau de la composition, du texte, de l’harmonie et surtout de la juxtaposition des instruments. Quand vous écoutez comment les accords sont plaqués sur le clavier et l’entrée de la voix du 12PCA 2019 ; impossible de ne pas hocher la tête. Avec une voix de rossignol saupoudrée de cette cadence rythmée ou la guitare d’accompagnement joue un rôle magistral. N’oubliez pas d’écouter les roulements des batteries qui amorcent les changements. Que dire alors de la guitare rythmique qui vient à la congolaise ! C’est tout simplement un chef-d’œuvre !

 

Les interventions de Commandant Papus n’ont été guère convaincantes.

 

Comme un coq d’une basse-cour entouré de poussins et poules, il a donné un discours aux antipodes de la lecture musicale du moment.

  • Concernant les featuring ; il affirme «qu’il y a des stars et des talents» et qu’il préfère le talent. Pourtant, il y a aussi les deux. On peut à la fois être star et talentueux. C’est ce qu’est Floby. Par conséquent, il a besoin de se comporter ainsi hors de chez lui et dans le monde. Qu’on lui motive à aller aussi titiller les stars africaines comme les autres. Il a l’étoffe et les moyens pour ça.
  • Il prend l’exemple de Koffi Olombide ! C’est justement parce que Koffi Olombide fait des collaborations qu’il demeure au top. C’est parce que Fally Ipupa fait des feat avec des sommités qu’il est connu partout. Ils sont à la fois stars et talentueux
  • Le Feat n’est pas seulement une question de fealing à sens unique. Comment peut-on regarder son collègue artiste à la télé et dire qu’on ne sent pas son fealing. Laissez Floby aller à la rencontre de ses stars, causer avec elles et surtout côtoyer la jet7 africaine, vous verrez qu’il sera sollicité de partout. Ce n’est pas en restant à la ZONE UNE ou à KARPALA, qu’on va faire des feat ou qu’on aura des feelings avec des artistes internationaux. C’est le marché actuel qui l’exige
  • Il faut s’adapter aux réalités musicales de l’heure. Bien qu’on ait du talent, il est aujourd’hui important de se mesurer aux autres. Si ça ne marche pas, on revient à la case départ et on recommence.
  • Floby a peur de l’échec, pourtant le showbiz est un enchevêtrement de risques. On gagne, on perd, mais on se positionne.
  • Si après 15 ans de succès national, vous allez toujours continuer à bourlinguer surplace pendant que d’autres avancent très vite en moins de deux voire cinq ans ; j’ai peur pour les 15 prochaines années.
  • Je m’interroge enfin sur le nom de la structure de production de cette œuvre. Il est écrit « PRODUCTION : Belemgnégré Florent ». Donc FLOBY ne possède pas de maison de production ? C’est de sa propre poche qu’il a financé son album ? Où se trouve donc cette industrie musicale que l’on prône tant ?

Respectez donc vos promesses

En guise de programme et projets imminents, le staff a parlé de sa traditionnelle tournée nationale dans…15 régions du Burkina. J’espère qu’il tienne compte des zones à risque. Au jour d’aujourd’hui, je ne suis pas certains qu’un artiste peut faire quinze régions. Ils ont parlé d’un concert au Palais de la Culture en Décembre à Abidjan. Dans 6 mois ?

Je déplore enfin la gabegie avec laquelle, une star comme FLOBY organise sa conférence de presse. C’est manque de respect à cette presse qui a accompagné l’artiste depuis 2006 jusqu’à ce jour. Entasser les journalistes comme des prisonniers dans un train avec les fans de l’artiste, c’est un manque de professionnalisme. Vous aviez su qu’il y aura du monde, prévoyez donc une salle appropriée. Le CENASA était idéal. Ce n’est pas parce que les autres artistes l’ont fait là-bas que Floby ne va pas le faire aussi sous prétexte qu’il est exceptionnel. C’est une question de masse populaire. Pire même, durant tout son speech, Floby remercié tout le monde, mais a oublié de remercier cette presse, qui pourtant, est toujours à ses côtés. Seul, son manager Papus l’avait fait à l’entame de son speech.

Ça mérite une «Méditation» !

La Rédaction

 

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