Entretien avec

MAI LINGANI, 20 ans de musique : Entre le passé et le futur

Elle est l’une des meilleures voix porteuses de la musique burkinabè à l’extérieur plus précisément. Maï Lingani célèbrera ses vingt années de carrière les 15 et 29 mai respectivement à Ouagadougou et Bobo-Dioulasso. Membre fondatrice du groupe «Burkina Electric» et Présidente de l’ABFAM (Association Burkinabè des Femmes Artistes Musicienne) s’est prêtée aux questions de notre reporter/journaliste Aida N’Douonmou, pour une interview sans faux-fuyant le 23 avril dernier.

La sublime MAI LINGANI 

 

Vingt (20) ans de carrière musicale ! Que ça va vite ! A quel moment peut-on exactement situer le début de votre carrière ?

J’ai intervenue pour la première fois dans une télévision nationale de la Côte d’Ivoire dans une émission musicale dénommée «PODIUM» en 1994; c’était un concours musical … Mais avant cela, je suis allée dans une école de théâtre et de danse d’art qu’on appelle INSAT.

Peut-on dire que l’INSAT en Côte d’Ivoire y a été pour beaucoup dans le lancement de votre carrière ?

L’INSAT en Côte d’Ivoire y a été pour beaucoup du fait que j’ai beaucoup appris sur le plan scénique, notamment ; la tenue qu’il faut adopter quand on est sur scène, l’occupation scénique, l’articulation, la diction, le théâtre et la danse m’ont beaucoup apporté et m’ont permis de me maintenir physiquement en forme. Ce n’est pas chose facile de pouvoir joindre la danse et le chant mais c’est une question d’habitude une question de conviction de vision d’objectif.

Qu’est-ce qui vous a fait revenir au Faso en 1990?

Je suis rentrée au Burkina Faso dans les années fin 1997 je crois…

“«Burkina Electric» qui a commencé en 2004 représente quelque chose d’extrêmement importante dans ma vie artistique “

Quels sont les artistes et musiciens à cette époque 90 avec qui vous aviez régulièrement collaboré ?

J’ai beaucoup collaboré avec l’artiste SAMI RAMA en son temps avec BIL AKA KORA et avec le groupe YOUMBA OSAKA qui était composé de certains membres dont je me rappelle les noms : Alain Nyamé grand bassiste résident en France actuellement, auteur compositeur et Jacob Salem grand compositeur guitariste, AKIM à la batterie, Alain Hema , Ben au piano. C’est beaucoup de nostalgie.

Que représente la formation «Burkina Electric» dans votre carrière ?

La formation «Burkina Electric» qui a commencé en 2004 représente quelque chose d’extrêmement importante dans ma vie artistique et en partie ; grâce à Burkina Electric, j’ai eu la chance de parcourir le reste du monde, les États-Unis, l’Afrique et de l’Europe. Donc c’est comme ça que je me suis développée musicalement, vocalement, physiquement. Bref, j’ai beaucoup appris avec Burkina Electric.

“…j’ai eu la chance de jouer sur les grandes scènes internationales “

Comment est né ce projet et quels sont ceux qui le pilotaient ?

Nous étions au Burkina et on se baladait vers la direction technique de la SONABEL à Tanghin ; le bruit des turbines de cette usine a donné une idée à un ami musicien américain Lukas Ligeti. Selon lui, ce bruit incarne l’électricité au Burkina Faso. Il nous a proposé qu’on nomme notre groupe Burkina Electric. C’est comme ça qu’est né ce groupe. Nous étions six membres dont ; Coudark, expert en musique électronique, Lukas Ligeti, producteur auteur compositeur batteur qui travaille beaucoup avec les orchestres et qui font beaucoup des musiques de films, Idrissa Kafando qu’on appelle affectueusement Vicky qui est chorégraphe danseur et Zoko Hugues qu’on appelle affectueusement Zoko-Zoko, chorégraphe du côté de la Suisse et Wendé Abdoulaye Kouanda qu’on appelle affectueusement Wendé K.blass auteur compositeur et très grand guitariste, enfin moi-même Maï Lingani. Nous sommes 03 qui résident au Burkina Faso Idrissa Kafando, Wendé K. Blass, et Maï Lingani et Hugues Zoko Zoko qui réside en Suisse, Lukas Lugeti qui réside au États-Unis et Coudark qui réside en Allemagne.

Combien de spectacle avec Burkina Electric ?

Si on pouvait comparer les spectacles à l’argent moi je serai millionnaire … façon on a fait des spectacles Dieu seul sait ! Je ne veux pas me jeter des fleurs, mais j’ai eu la chance de jouer sur les grandes scènes internationales tels que New-York, Californie  où les artistes comme Oumou Sangaré, Salif Keita, Angélique Kidjo, Michael Jackson etc. y sont passés. Bref, on a fait pas mal de villes ; de New-York à Lausanne en Suisse en passant par  la Hollande, la Belgique, la France l’Allemagne l’Autriche … En Afrique nous avons joué en Tanzanie, Angola, Côte d’Ivoire, Congo, Sénégal etc.

En compagnie de notre reporter Aida N’douonmou à l’ATB

Pourquoi le projet s’est subitement arrêté ?

Le projet ne s’est pas arrêté ! La covid19 est venue tout arrêter. On avait un projet en 2019/2020 en Belgique et en Allemagne mais la covid-19 est venue tout bloquer. Ces activités sont reportées en fin 2021 bientôt dans le dernier trimestre de 2021 et aussi en 2022on reprendra nos activités de plus belle avec Burkina Electric.

Est-ce cela qui vous a ramené au Burkina Faso ?

Non puisque la covid-19 était en 2019 ce n’est pas ça qui m’a ramené au Burkina Faso puisque je suis rentrée au Burkina Faso en 2010 définitivement  parce pour moi ; en tant que artiste musicienne, c’était comme une nécessité pour moi de revenir au pays pour être plus créative. Aller à la source pour apporter plus à l’extérieur… quand on est artiste africain et lorsqu’on va à l’extérieur, il faut être à même d’apporter quelque chose de chez soi. Nous sommes considérés comme des ambassadeurs de notre culture quand nous sommes à l’extérieur. Par conséquent ;  nous devons toujours revenir de temps à autre à la source…et cela ne m’empêchera pas de retourner au États-Unis parce que je suis artiste musicienne.

Pour tout artiste qui a vécu pendant longtemps aux USA, le retour et l’acclimatation n’était pas difficile ? Qu’est-ce qui vous a contraint à rentrer définitivement?

La réadaptation n’a pas été simple parce que j’ai grandi en Côte d’Ivoire. J’ai fait toute mon enfance et mon adolescence là-bas. Je suis rentrée au Burkina Faso, après le 1er prix national de la chanson moderne que j’ai reçue en fin 1998. Je rentre au Burkina Faso et un an après je suis lauréate. En 2000, je sors mon tout premier album solo au Burkina Faso, et en 2001 je prends la route pour l’Europe avec le groupe dénommé le BETAFÔLI que j’ai rencontré en Côte d’Ivoire en 1996 d’où j’ai été choriste. Ce même groupe qui me retrouve au Burkina Faso et nous voyageons pour une tournée en Europe. En 2002 je m’envole pour les États-Unis pour près de 10 ans donc je n’ai jamais connu le Burkina ! Je rentre dix ans plus tard au Burkina Faso en 2010… et j’avoue que ce n’était simple. Je suis dans mon propre pays étant une étrangère ! Ça m’a pris quatre années de galère ! Je roulais avec ma vieille motoIl y a eu beaucoup de polémiques et beaucoup d’amalgames autour de ma vie. En 2014, je suis ressuscitée musicalement par Seydoni Production qui produit mon album dénommé «Monti» et c’est comme ça que je me fais découvrir par l’Institut Français et c’était comme une renaissance pour moi. Quand je sors cet album ça balançait un peu et ce n’était pas toujours évident avec Seydoni Production. C’est 2014 que j’ai fait la connaissance de la directrice de l’Institut français Marine Leloup qui me découvre enfin.

Quel bilan dressez-vous lors de votre passage à Seydoni Production ?

Avec Seydoni Production ; il y a eu une compilation «Burkina Mousso», l’album «Monti» l’album solo en 2014… c’est tout ce que je peux tirer comme bilan à Seydoni Production.

 

En répétition à l’ATB avec une équipe de chorégraphe

Vous avez exactement combien d’albums et de créations artistiques ?

En 1998, l’album du premier prix de la chanson moderne au Burkina Faso avec tous les lauréats. Ensuite en 2000, mon tout premier album «Entrons dans la danse». En 2001 j’ai collaboré avec une structure allemande Ata Tak,  avec les membres de Burkina Electric pour un album intitulé «Nothing». En 2007 avec «Burkina Electric» l’album «Rêem Tekré». Ensuite viendra l’album «Paspanga».En 2005 et 2014 «Burkina Mousso», «Monty» et le tout dernier «TANGARÉ»

Travailler avec une icône de l’art contemporain comme Irène Tassembedo, ce n’est pas donné à tout le monde. Comment la collaboration s’est déroulée?

Il y a eu la collaboration avec Irène Tassembedo qui a commencé en 2010 sur une comédie musicale, ensuite ont suivi d’autres projets au FESPACO où j’ai collaboré avec elle. J’ai intervenue dans le film d’Irène Tassembedo en prestant en live sur un morceau qu’elle a beaucoup aimé. Avec Irène Tassembedo ça été une grande école pour moi c’est une dame travailleuse très objective et très pragmatique qui sait ce qu’elle veut. Elle sait où elle va et elle est ce qu’elle est.  Compliquée et difficile à cerner par moment, mais au regard de tout ça, il faut de la patience et beaucoup de tolérance pour travailler avec elle. Parce que je me dis toujours dans la vie ; quand tu as une vision et un objectif, le plus important, c’est de faire rigueur soi-même et accepter apprendre. Ma mère m’a toujours dit : «quand tu vas apprendre, ne regarde pas comment la personne qui t’apprends, apprends tout simplement». J’ai beaucoup grandit à côté de Irène Tassembedo et ça été une grâce pour moi de la rencontrer sur mon chemin.

On vous considère comme l’un des porte-étendards de notre musique. Est-ce que les autorités vous le rendent au centuple ?

(Rire…) On va le découvrir pendant la célébration de mes 20 ans de carrière. Laissons voir…

Vous allez célébrer les 20 ans de votre carrière les 15 et 29 Mai. Où en êtes-vous avec les préparatifs ?

Alors ce n’est pas simple mais on tient dure comme fer parce que la balle est lancée et il faut jouer. Je suis en pleine répétition avec les danseurs et bientôt, on va commencer les répétitions musicales et à bobo les choses sont en train de se ficeler petit à petit. Je suis entre l’organisation le travail,  les audiences, les répétitions, les rencontres avec les médias…

Est-ce que vous avez le sentiment que vos amis, les structures, les  institutions et autres vous accompagnent ?

Oui! J’ai ce sentiment que je suis accompagnée et au moment opportun, ils vont le faire. Depuis que j’ai lancé mes 20 ans de célébration il y a une positivité autour. C’est déjà ça l’essentiel et je ne peux que rendre grâce et prier de sorte que ça continue comme ça.

“…Je roulais avec ma vieille moto. Il y a eu beaucoup de polémiques et beaucoup d’amalgames autour de ma vie”

Que désirez-vous concrètement pour la réussite de ces deux événements ?

Ce que je désire au sortir de ces 20 ans de carrière musicale : je souhaiterais qu’à travers la célébration de mes 20 ans qu’il y ait un impact positif dans ce sens où SOS VILLAGES D’ENFANTS aura bénéficié des fonds et des dons. Surtout qu’il y ait une réalisation artistique en ce sens où, je pourrais aider les jeunes à développer une véritable carrière musicale. Je donne souvent des cours de chant, de techniques vocales, la diction aux jeunes. Je souhaiterais approfondir cela et avoir du matériel nécessaire pour des séances de répétition. Que le nom Maï Lingani soit vraiment un exemple de réussite et de transmission aux jeunes pour l’édifice d’une nation culturelle dans la cohésion sociale.

“…que tout le monde sortent pour qu’ensemble nous commémorons mes 20 ans et qu’autour de ses 20 ans, qu’il y ait des enfants en joie …”

Vous êtes présidente de l’ABFAM depuis trois ans, quel bilan pouvez-vous succinctement dresser depuis que vous êtes à la tête de cette institution ?

Depuis 2018 après AMETY MERIA qui m’a donné le flambeau, je lui fais un coucou de passage, grâce à mon bureau exécutif, nous avons pu sceller un partenariat avec l’Institut français à travers des prestations scéniques, à la cafète. Les artistes de l’ABFAM et Goethe  Institut ont aussi scellé leur partenariat pour la formation. Idem avec Médecin du Monde dans la lutte contre le cancer du col de l’utérus, des grossesses non désirées.  D’autres partenariats qui sont en train d’être scellé doucement mais sûrement.

Que devient ton association ?

J’ai créé une association humanitaire dénommée association APERSE qui est devenue Association AED (Association Enfance et Développement) qui organise le festival BEOG BIIGA qui veut dire «Enfant de demain». L’objectif est de récolter des fonds et des dons à l’endroit des centres d’accueil des enfants démunis. BEOG BIIGA a continué jusqu’en 2016 avec quelques difficultés. J’ai préféré arrêter pour reprendre de plus belle et notamment après l’organisation de mes 20 ans de carrière.

“…Afin que SOS VILLAGES D’ENFANTS puisse bénéficié des dons lors de cette célébration”

Quel regard portez-vous sur la musique Burkinabè d’aujourd’hui portée par les jeunes ?

D’une part je dirais qu’aujourd’hui la musique Burkinabè est en train de s’imposer d’abord au Burkina Faso parce qu’elle n’était pas assez présente.  Je vois cela à travers plusieurs activités qui se réalisent à la même période et les salles sont pleines simultanément. C’est extraordinaire ! Des prix d’entrée élevés mais on réussit néanmoins à remplir les salles malgré tout.

L’autre chose… ce qui reste d’ailleurs ma lutte c’est l’influence extérieure. Elle est toujours présente et ce qui fait penser aux jeunes que tout est facile surtout avec les nouvelles technologies. Ils oublient l’essentiel et le sens de la musique, de l’art. C’est ce qui fait parfois que la jeunesse passe à côté. Il y a de belles choses et de belles mélodies qui ressortent mais toujours dans cette influence extérieure. Je me dis que ; nous Burkinabè, pourquoi ne pas se servir de notre musique, identifier les rythmes et amener les autres nations à être influencé par nos différents rythmes…il y a des grandes voix de la musique au Burkina Faso et c’est à saluer mais il y a toujours du travail à faire pour ce qui est de la promotion musicale de notre culture.

Le corps de la femme devient de plus en plus un thème de convoitise dans les chansons. Quels sentiments cela vous fait ?

Il y a ce qu’on appelle faire la musique et faire du business avec la musique. Donc l’un dans l’autre je ne suis pas contre sauf qu’on se perd ! Faire du showbiz en copiant  les autres, ça nous rapporte quoi ? La musique est un couteau très tranchant, ça peut construire comme ça peut détruire et donc pourquoi ne pas choisir le côté qui construit ? Ce n’est par ce qu’on cherche de l’argent, qu’on doit dénaturer notre culture. Vu que la femme de nature est attirante, elle n’a pas besoin de se mettre nue. Parce que nous sommes burkinabè et nos parents n’ont pas connus cela. Quand la femme se met nue devant une audience, quel message elle véhicule ? Mais quand tu es bien habillée de façon avec une bonne prestation scénique teintée d’art et chorégraphie. Ce n’est pas le côté pervers ou sensuel que le public regarde. Mais plutôt de la chorégraphie, de l’art proprement dit. C’est un message que l’artiste véhicule à travers son expression corporelle.

“…Avec Irène Tassembedo ça été une grande école pour moi c’est une dame travailleuse très objective “

Parlant de message, pour conclure : Quel est le message que vous souhaitez adresser à l’opinion nationale pour cette double célébration de OUAGA et BOBO?

Je veux que le public Burkinabè, ceux qui me connaissent, ceux qui ne me connaissent pas et ceux qui ont entendu parler de moi ; qu’ils soient là dans mon passé, mon présent et ils seront là dans mon futur. Mes 20 ans de carrière musicale est un pont entre mon passé et mon futur. Je voudrais tout simplement leur dire que si je pars à la rencontre de toutes ces personnes qui ont fait de moi une personne de qualité, c’est leur dire merci. Je les invite à sortir massivement pour aller dans cet élan de solidarité pour l’entrée de 15 000 F CFA à Ouagadougou 5 000 F CFA à Bobo-Dioulasso. Sachant que pour chaque achat de tickets vous contribuez pleinement à apporter quelques choses au centre d’accueil d’enfants démunis SOS VILLAGES D’ENFANTS. Donc que tout le monde sortent pour qu’ensemble nous commémorons mes 20 ans et qu’autour de ses 20 ans, qu’il y ait des enfants en joie et qu’il y ait une reconnaissance nationale, une cohésion sociale. Bref, qu’il y ait tout simplement de l’AMOUR….

Aida N’douonmou

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