Edito

Bilan Culture 2020: L’année de la résilience

Malgré les crises…

En se référant aux besoins des acteurs culturels et parce que la filière artistique, culturelle et touristique entretient une forte connivence de valeurs et de fonctionnement avec le champ de l’économie et du développement du Faso, ce pôle s’est construit autour de l’expérience, des acquis, de la créativité et de l’innovation.

2020 aura été une année invraisemblable pour toute la planète en générale et particulièrement alambiquée pour le secteur de la culture et du tourisme. La transition de l’année 2019 à 2020 était attendue avec beaucoup d’optimisme, mais la suite s’est passée de tout commentaire.

La culture et le tourisme ont joué malgré tout leur partition, bien que les attentes préalablement énoncées ne se soient pas concrétisés de façon optimale.

Sur la question du Tourisme ;

Le Plan de la stratégie nationale de la Culture et du Tourisme 2018 à 2020 connaît son épilogue cette année, dont l’objectif primordial était de dynamiser les deux secteurs afin  qu’ils soient porteurs de l’économie et de l’emploi. Il est évident que ce Plan aura connu beaucoup de remous. Les crises sanitaires et sécuritaires sans précédents  qui ont émaillé le Burkina Faso ont eu un impact négatif sur l’évolution du tourisme. En effet, les arrivées de touristes ont baissé considérablement.

Le nombre de touristes était de 572 070 en 2019 à 213 014. Ce qui a permis au Ministère de la Culture des Arts et du Tourisme de développer le tourisme interne. Des mesures tangibles sur le terrain ont été entreprises par le Ministre Abdoul Karim Sango. Il s’agissait entre autre, d’organiser des conférences publiques sur des thèmes inhérents au tourisme en rapport aux valeurs culturelles des différentes régions. La question centrale de la cohésion sociale était toujours à l’ordre du jour. On se souvient encore de la conférence publique à Gaoua du 2 octobre 2020 sur le thème «Tourisme et valeurs culturelles de la région» qui avait connu un franc succès.  Dans cette foulée, des mesures tangibles ont été prises. Dans l’optique de promouvoir le tourisme interne, des mesures fiscales avaient été prises pendant les vacances ; Notamment, la réduction de la TVA de 18 à 10% et 25% de réduction sur les prix des hôtels.   Cela a même permis, de  développer le tourisme interne, qui est passé en 2018 de  395 898 touristes internes à 427 570 en 2019. C’est dans cette foulée que le ministère avait lancé une sorte de campagne promotionnelle du tourisme interne en étroite collaboration avec les responsables hôteliers. Une mesure qui s’est soldée en amont, par l’accompagnement technique et financier de 19 projets d’opérateurs touristiques d’un montant de 466 283 192 F CFA. La tenue de la deuxième édition du Prix de l’entrepreneur Touristique le 16 octobre 2020 a permis de galvaniser ces entrepreneurs qui ont été durablement  touché à cause de la pandémie. Certains sites et structures touristiques des régions, ont été soient rénovés ou construits. Le tout dernier en date est le Relai touristique de Boromo qui a été inauguré le 27 décembre 2020 et financé à hauteur de 400 millions F CFA par le Ministère de la Culture des Arts et du Tourisme (MCAT) avec la subvention du gouvernement.

Le Plan d’action de la stratégie nationale de la  Culture et du Tourisme 2018-2020 étant donc à son terme, la direction générale de la formation et de la recherche a mis à la disposition du MCAT avec le concours d’acteurs internes et externes, un document d’élaboration du Plan d’action 2020-2023 qui aboutira à la validation du plan stratégique de développement de la recherche dans les domaines de la culture, des arts et du tourisme.

Sur la question de la Culture ;

L’année 2020  a véritablement basculé le lendemain de la célébration internationale de la Journée de la Femme, le 9 Mars 2020. Suite à la décision drastique lors d’un Conseil des Ministres, les activités culturelles ont été suspendues avec effet immédiat à cause de la présence au Burkina Faso, de la COVID-19. De nombreux spectacles d’envergure internationale en l’occurrence les deux concerts solidaires de Tiken Jah Fakoly à Ouagadougou et Bobo-Dioulasso avaient été annulés. Dans la foulée, la Semaine Nationale de la Culture (SNC) tout comme le Salon International de l’Artisanat de Ouagadougou (SIAO) ont été purement et simplement annulé. Les évènements des promoteurs privés sont aussi et surtout tombés sur le coup de la « pandémie». Les KUNDE, les FAMA et nombreux concerts festivals ont été soient reportés ou annulés. Pendant un semestre de confinement, les artistes et créateurs ne sont pas restés pour autant attentistes face à la pandémie. Des singles saupoudrés de messages de résilience, ont alimenté à la fois la toile, les radios et plateaux de télévision. Plus de 200 tubes sur le COVID-19 sont sortis en six mois. Les artistes et promoteurs culturels ont également fait preuve d’ingéniosité en organisant des concerts en ligne soit dans leur domicile, studio et dans les salles vides. On peut citer entre autres ; le spectacle de Bil Aka Kora, les spectacles de SHAMAR EMPIRE sur la toile, la fête de la musique majestueusement organisé à la télévision BF1 sans public, le concept COVID-LIVE au CENASA en musique et en humour etc.

 

Pendant cette période de disette des artistes, bon nombres d’entre eux, passaient des moments ardus. Notamment pour ceux dont leurs principales sources de revenus provenaient des discothèques et maquis.  Des voix se sont levées en avril 2020 à Bobo-Dioulasso et Ouagadougou pour protester contre la fermeture des débits de boissons. Ce qui a poussé le Ministre Sango à rencontrer certaines associations pour en débattre et énoncer des propositions.

 

C’est à la suite du bilan du Ministre Abdoul Karim Sango présenté le 10 septembre 2020, que le monde culturel a commencé à envisager des lueurs d’espoir. Des réajustements et mesures d’accompagnements significatifs des deux secteurs se sont par la suite succédé. Ce qui a d’ailleurs permis aux artistes et promoteurs culturels de reprendre du service après les levés progressives des couvre-feu et fermetures de lieux de divertissements, en tenant compte des mesures barrières. Les télévisions ont commencé à recevoir le public sur leur plateau. Les artistes ont recommencé à donner des spectacles avec public en respectant la distanciation sociale à l’image du concert de Dicko Fils le 27 juin 2020. Néanmoins ; d’autres activités culturelles ont pu se tenir dans ce contexte sanitaire et sécuritaire précaire. On peut citer entre autres : Les RECREATRALES, DIALOGUE de CORPS, NAK, REMA, LES JOURNEES DE LA CLAIRIERE, AFROBEAT, FITINI SHOW, FESTHURIK, COULEURS VACANCES, MISS UNIVERSITE, MARLEY D’OR, SOTIGUI AWARD, WEKRE ECLOSION, OUAGA FILM LAB etc. Cette crise n’a pas pour autant annihiler l’esprit de créativité des artistes.  Dans le cinéma, une douzaine de films (long, court et documentaire) ont vu le jour. Les spectacles d’humour se sont admirablement bien illustrés avec 22 spectacles au total en cinq mois. 27 œuvres musicales en dehors des tubes  «COVID-19» ont vu le jour entre septembre et décembre 2020. La grande sortie entre Ouagadougou et Bobo-Dioulasso de la structure WEKRE pour les artistes plasticiens, a été l’activité fédératrice la plus saluée dans le secteur culturel.  Grâce à leur capacité de résilience, de nombreux acteurs culturels ont su tirer leur épingle du jeu pour hisser le drapeau burkinabè plus haut. Les réalisateurs Apolline TRAORE (DESRANCES), Hervé Eric Lingani/Abdoulaye DAO (DUGA) Omar DAGNON (bout de souffle) ont glané de précieux prix à l’international. Tout comme la chorégraphe Aminata Sanou qui a reçu le Prix Ambassadrice Culturelle 2020 décerné par le Centre UNESCO pour la Paix, basé à Washington (Etats-Unis). 

 

Au regard de la conjoncture sanitaire qui prévaut dans d’autres pays, il faut néanmoins affirmer que le secteur culturel au Burkina Faso peut s’en complimenter. La capacité de résilience associée aux dialogues permanents et francs entre administrateurs/administrés ont permis de «sauver» de justesse l’année culturelle 2020. Certains ont même, de surcroît bénéficié des bonus substantiels à travers la campagne présidentielle couplée de 2020.

Les 1 Milliard 250 millions du PF

C’est sans nul doute la bouée de sauvetage survenue en 2020 à l’endroit des acteurs culturels et touristiques.

Pour faire face aux effets collatéraux du covid-19, le gouvernement avait déboursé 1 025 000 000 pour soutenir le secteur de la culture. Un comité a été mis en place pour gérer ce fonds. Entendu par : Comité de gestion du fonds d’appui aux acteurs de la culture face au covid-19. La première action du fonds s’était attardée sur les aspects des préjudices: spectacles, festivals et tournées, productions, prestations sous contrats réguliers annulées ; des subventions et sponsoring pour des projets engagés suspendus ; des productions phonographiques et audiovisuelles impossibles (tournage de films, séries, …).

Faire des Industries Culturelles et Touristiques un élément majeur de la production des richesses nationales ; tel est l’objectif du Fonds de Développement Culturel et Touristique (FDCT). Pour l’année 2020, le budget a été réduit dû au COVID-19 et à  cause de cette pandémie, certains artistes n’ont pas pu atteindre leurs objectifs. Néanmoins, deux appels à projets ont été lancés cette année. Celui avec la coopération Suisse et le second relatif à une subvention classique. Ainsi donc ; plus de 210 millions F CFA ont été affecté pour la subvention et environ 300 millions de F CFA pour les prêts. L’autre aspect positif, c’est l’appui consistant de l’Union Européenne qui a paraphé avec le FDCT un financement de près de 5 milliards pour les trois prochaines années dans le but de développer les Industries Culturelles et Touristiques. Une phase salutaire sur le renforcement de capacité auprès de 300 opérateurs culturels et touristiques opérée par le FDCT s’est avérée bénéfique pour les différents impétrants.

D’autres investissements structurants énoncés en début d’année ont connu des dénouements enchantés. On peut citer entre autre, la construction d’ateliers au Musée National pour le transfert du Centre National d’Artisanat d’Art (CNAA). Ou encore  la construction d’un bâtiment R+1 flambant neuf à l’INAFAC.

Le Bureau burkinabè des droits d’auteur (BBDA) s’est illustré  grâce aux innovations. En dépit de l’augmentation continue des collectes. Entre 2016 et 2020, le BBDA a reparti 4 112 921 444 FCFA à ses 9000 membres.

L’un des arrêtés les plus coriaces a été relu. Notamment, L’arrêté N° 01-054/MAC/SG/BBDA du 20 mars 2000 portant règlement de répartition des droits du BBDA a été relu par un comité composé d’une équipe de techniciens du BBDA et ceux de la Commission Technique d’Identification des Œuvres (CTIOLA). Un nouvel arrêté N°2020-0394/MCAT/SG/BBDA, portant adoption du règlement de répartition des droits du 8 octobre 2020, a supprimé certaines terminologies. Il y a eu cette collecte de redevance de droits d’auteur auprès des partis politiques. 28 950 000 FCFA ont été collectés auprès de 17 partis politiques. Une première en Afrique. Le BBDA n’a pas échappé à cette vague COVID-19. En effet ; le Fonds de promotion culturelle a été réorienté. Il a été subdivisé en deux fonds appelés : Fonds Exceptionnel de Solidarité (FES) 1 et Fonds Exceptionnel de Solidarité (FES) 2 avec l’appui du Chef de l’Etat. Ces fonds sont en train d’être distribués aux différents membres.

Une année culturelle et touristique qui n’aura pas été aussi morose que ça, Bien au contraire ;  au regard des actions d’éclats menées de parts et d’autres à la fois par le secteur privé que public.

L’année 2021 ne sonne pas la fin de la pandémie encore moins celle de la crise sanitaire. Bien au contraire, les actions de résilience doivent se multiplier. L’Etat dans son rôle souverain de protecteur et garant du patrimoine culturel et touristique devrait particulièrement s’appesantir sur ces deux secteurs, surtout en ces moments tumultueux. Un budget considérable pourrait être augmenté à ce Ministère pour permettre d’accroître le développement du pays par la Culture et le Tourisme. Des infrastructures culturelles et touristiques doivent un défi majeur pour le gouvernement. Car les créateurs n’ont malheureusement pas de cadres aux normes internationales, pour créer et diffuser. Enfin ; la place des valeurs culturelles dans la transformation positive de la Nation, doit être le leitmotiv de l’Etat. Cette transformation doit s’opérer à partir des bancs de l’école. Un programme culturel et artistique doit être établi à l’endroit des enfants, dès leur initiation.

Bonne et heureuse année 2021.

Hervé David HONLA

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