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Les Arts du spectacle vivant: L’approche de Bouraima Barry

 De la pédagogie vers une technique d’adaptation

L’Administrateur culturel Bouraima Barry, conseiller culturel à l’Ambassade du Burkina Faso à Berlin a présenté le jeudi 5 novembre 2020 au CENASA son tout premier ouvrage «Les arts du spectacle vivant ; Approche conceptuelle, composantes et stratégies de promotion». C’est un livre assez digeste d’une centaine de pages condensé en un manuscrit pédagogique qui décrypte dans tous ses alvéoles, le monde très prisé des Arts du spectacle vivant avec en toile de fond, le théâtre.

 

C’est principalement par le théâtre dans les années 1990, que Bouraima Barry embrasse le milieu culturel. Le premier prix CASEO (Concours Artistique des Elèves et Etudiants de Ouagadougou) qu’il remporta à trois reprises successivement lui ouvrira grandement les portes d’une longue carrière dans le monde des Arts de la Culture. Un cursus qui le conduira en Lettres Modernes, puis ensuite en Arts, Gestion et Administration Culturelle. Metteur en scène et écrivain dramaturge, ce conseiller de l’Ambassade du Burkina à Berlin (Allemagne) est également le fondateur de la compagnie de théâtre Farafina qui a remporté plusieurs prix au Bénin et Togo.

En mettant sur la place publique «Les arts du spectacle vivant : Approche conceptuelle, composantes et stratégies de promotion», l’auteur voudrait mettre sur orbite, les notions théoriques et pratiques des arts du spectacle vivant d’un côté et de l’autre, l’épineuse question de management et de marketing des arts du spectacle vivant.

Bouraima BARRY, l’auteur

Cet ouvrage s’affiche comme un guide pratique destiné aux entrepreneurs de spectacle vivant. Il est adapté aux réalités culturelles des pays de l’Afrique de l’Ouest dont l’industrie culturelle n’est pas encore développée. Bouraima Barry a subdivisé son ouvrage en deux grandes parties : La genèse et les  définitions des termes liés aux arts à travers le chapitre I qu’il a appelé : «Approche conceptuelle des arts du spectacle vivant » et la seconde partie la plus pédagogique qui est le marché international dans le chapitre II «Management, marketing et stratégie de promotion des arts du spectacle vivant au plan local et international». L’auteur a, à juste titre, mis un accent particulier, dans un chapitre spécial, sur le théâtre en tant que principale discipline des arts vivants pratiquée au Burkina Faso.

Selon l’auteur, il a fait le distinguo entre les Arts du spectacle et les Arts du spectacle vivant. «Les arts du spectacle désignent un grand nombre d’expressions artistiques y compris le cinéma…on parle d’Arts du spectacle vivant, ce qui exclut le cinéma (spectacle enregistré)». Mais Bouraima fait néanmoins une grande nuance qui serait propre à l’Afrique. Tout en énumérant les différents modes d’expressions artistiques dans les Arts du spectacle vivant qui sont : le théâtre, la danse, les arts du cirque, les arts de la rue, les arts de la marionnette, l’opéra, le spectacle de rue, les contes, les déclamations et la musique live, il précise néanmoins que l’Afrique regorge deux types d’art du spectacle vivant. Celui moderne et celui traditionnel. Il fait allusion aux arts du spectacle traditionnel rattachés aux cérémonies culturelles traditionnelles liées aux rites.

l’ouvrage de Bouraima a eu le soutien et l’accompagnement technique et pédagogique des éminents personnalités culturelles

En s’appesantissant sur le théâtre, Bouraima Barry a voulu montrer que cette discipline, est de loin, celle qui se compose de tous les éléments caractérisant les arts du spectacle vivant, qui vont de la musique à la danse en passant par l’art de la parole. «…Il est de nos jours nécessaire de cerner et d’admettre que le théâtre dans son dynamisme existentiel, a toujours joué un rôle dans le processus du développement à travers les valeurs qu’il véhicule», précise l’auteur. Refusant de considérer le théâtre comme un art distractif ou une parenthèse du rire, le diplômé de l’ENAM estime que le théâtre joue surtout un rôle primordial dans le processus de développement d’un pays. «…les gens du théâtre cherchent ainsi à créer un miroir social, un reflet plus ou moins caricatural de la société, qui permet de mieux la comprendre, et de mieux dénoncer ses failles…le spectateur, comme l’auteur, vient chercher une réponse et se construire une identité…Le théâtre remplit trois importants rôles : éducatif, en sensibilisant les sociétés sur les maux, distractif, en offrant des cadres de divertissement et économique, en créant des emplois, des ressources de revenus et en créant des devises», renchérit-il.

En consacrant son dernier chapitre sur  le Management, marketing et stratégie de promotion des arts du spectacle, Bouraima Barry aborde là un sujet captivant, voir intrigant pour les entrepreneurs de spectacle et les acteurs eux-mêmes. Tout part selon lui de la dissimilitude des termes classiques : Le marketing culturel et marketing traditionnel.

En lisant l’ouvrage de cet auteur, l’on constate qu’il serait réducteur de ne pas assimiler le marketing à la culture. On peut clairement dire qu’on ne vend pas un spectacle, une œuvre d’art ou une pièce de théâtre comme on vendait des sacs de riz. Et pourtant, pour s’assurer une diffusion large et efficace auprès de sa cible, la culture ne peut plus aujourd’hui s’affranchir de la dimension marketing. En affirmant que le marketing culturel est orienté vers le «produit», Bouraima identifie le «produit » comme un évènement culturel à l’image d’une pièce de théâtre, d’un spectacle de danse, d’un festival, d’un concert etc. Le management culturel dans son fonctionnement n’est chose aisée. C’est d’ailleurs l’une des filières les plus vastes et complexes dans l’industrie culturelle. Car il comprend des improbabilités diverses inhérentes à la situation des producteurs, des diffuseurs, du staff des créateurs, de la logistique etc.

C’est la raison pour laquelle, l’auteur s’est également attardé sur les différentes étapes d’organisation d’un spectacle au Burkina Faso. Notamment ; les statuts, la licence, les espaces de spectacle, les fiches techniques, les partenaires, la communication, la régie, la sécurité, la billetterie, la rémunération des artistes et du comité d’organisation, le bilan…

La place de l’Etat dans l’organisation du secteur culturel est assez ambivalente. Son intervention dans le secteur à travers l’octroi des subventions, semble nécessaire. Mais selon le conseiller culturel de l’Ambassade du Burkina Faso à Berlin, elles ne suffisent pas pour résoudre les difficultés économiques du secteur. Il préfère se retourner vers le public qui selon lui devrait «…est la base même des institutions culturelles en termes de recettes propres et de légitimé sociale.» précise-t-il. Ce dernier chapitre est d’autant plus important, que l’auteur a voulu également donner des pistes de solution en fonction du contexte socioéconomique du Burkina.  Tout en admettant dans sa conclusion que : «Le secteur d’activité des arts du spectacle vivant au Burkina Faso souffre véritablement d’un appui conséquent pour se consolider afin de jouer pleinement son rôle dans le processus de développement».

«Les arts du spectacle vivant ; Approche conceptuelle, composantes et stratégies de promotion» est un ouvrage destiné effectivement aux acteurs de secteur culturel qui aspirent à innover. Ce livre dresse non seulement l’état des lieux en comparant parfois les méthodologies du Nord à celles des pays du Sud, notamment l’Afrique de l’Ouest et le Burkina en particulier, il ouvre également des petites parenthèses sur des bribes de solutions.

C’est un ouvrage destiné aux acteurs de secteur culturel qui aspirent à innover

Par contre ; certaines zones d’ombres restent encore à élucider, notamment dans son dernier chapitre. La question du mécénat dans le management et procédure d’organisation d’un spectacle n’a pas été explicitement évoquée. Le numérique et le digital également sont de plus en plus pris en compte dans les arts du spectacle vivant. Quelques coquilles sur l’orthographe et les accords apparaissent en filigrane. La pléthore des définitions, citations et analyses des experts européens ont meublé l’ouvrage qui demeure tout de même, agréable à lire grâce à une police aérée.

Edité par la structure MERCURY et préfacé par l’administrateur culturel/Juriste Docteur Idrissa Zorom, l’ouvrage de Bouraima a eu le soutien et l’accompagnement technique et pédagogique des éminents personnalités culturelles telles que : Prosper Kompaoré, Martin Zongo, Thierry Millogo, Patrice Kouraogo, Alphonse Tougouma, Mamadou Lamine Sanogo.

Hervé David HONLA

 

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