Entretien avec

Koudbi Koala, Directeur des NAK: «Personne ne peut vivre d’un festival. C’est archi-faux !»

1/4 de siècle d’existence 

C’est grâce à son étroite collaboration avec le promoteur des Nuits Atypiques du Lagon en France, Patrick Lavaud, que les Nuits Atypiques de Koudougou sont nées en 1996. C’est donc à Koudougou, ville natale de Koudbi Koala, fondateur de l’association Benebnooma  qui accueille les Nuits Atypiques de Koudougou. Cet enseignant, fils de forgeron est également un fervent musicien. En créant les NAK, il a toujours voulu s’inscrire dans une démarche de coopération culturelle qui repose sur la complicité et l’échange. Les NAK fêteront du 23 au 29 novembre 2020 ses 25 années d’existence. OXYGENE MAG est allé dans la cité du Cavalier Rouge le 22 octobre dernier, pour réaliser cette interview exclusive. Il revient sur les grands moments des NAK et la prolifération des festivals identiques au Burkina Faso.

 

 

Contrairement aux évènements culturels d’envergure internationale, vous avez pu maintenir la tenue de la 25è édition des Nuits Atypiques de Koudougou (NAK) qui auront lieu du 23 au 29 novembre 2020 dans la cité du Cavalier rouge. Qu’est-ce qui vous a poussé à organiser cette activité quand on sait que la situation sanitaire dans le monde a pesé lourd sur les manifestations culturelles cette année ?

Après la tenue du MASA (Marché Africain des Arts et du Spectacle) à Abidjan, Nous nous sommes dit que les NAK n’auront pas lieu. Contre toute attente, le Ministère de la Culture des Arts et du Tourisme au Burkina Faso, a délégué la directrice générale des Arts pour nous rencontrer afin que nous puissions trouver des voies et moyens pour que les NAK se tiennent. Selon le Ministère, si en plus de tous les grands évènements culturels qui ont été annulés, les NAK aussi viennent s’ajouter, ce n’est pas bien pour le Burkina. Ce message m’a sincèrement galvanisé. On fera donc tout pour que les NAK se tiennent cette année. Quand la Directrice Générale des Arts est repartie sur Ouagadougou, j’ai mobilisé immédiatement mon équipe pour leur remettre au travail. Peu importe ; même si nous n’aurions pas d’argent, la location des stands va nous permettre d’organiser cette édition. Même si on n’aura qu’un seul artiste, nous avons promis de faire les NAK ! Nous avons déjà 56,60% comme apport personnel. Nous n’avons encore rien reçu comme financement, mais  avec ça, nous pouvons déjà commencer nos activités. Nous allons mettre tous les moyens en œuvre afin que le site soit plus resplendissant que l’année précédente avec l’argent que nous avons déjà. Tout en espérant que les structures et personnes physiques vont nous accompagner.

En 25 années d’édition des NAK, quels ont été des faits marquants ?

Avant la crise financière au niveau de la culture, on avait des partenaires à l’extérieur. Nous avions deux festivals : Le festival de Langon et le Festival mondial de Tilburg. Ces deux grands festivals du monde qui se passent pendant trois jours. Mais malheureusement avec la politique européenne qui a changé, aucun gouvernement ne veut financer la culture aujourd’hui. Par conséquent, tous ces festivals n’existent plus de nos jours.  Résultat ; nous n’avons plus de relations avec eux, mais nous nous battons avec ce qu’on a ici et grâce à notre gouvernement. C’était des moments forts où on arrivait à faire venir, chaque année, des artistes de tous les quatre continents. Des indiens sont venus aux NAK, des brésiliens, tous les artistes des différents pays sont venus, sauf l’Australie. Les artistes burkinabè étaient également invités dans ces festivals. Je prends l’exemple du festival de Tilburg qui avait reçu près de quinze artistes burkinabè issus des NAK. Tout comme en France, plus d’une dizaine d’artistes burkinabè ont été reçu dans les festivals grâce aux NAK. Certains ne veulent pas l’avouer ; Tiken Jah Fakoly a eu son premier contrat ici au NAK. Magic System a eu leur premier contrat ici grâce à nos partenaires. Il y a des artistes aujourd’hui, qui, grâce aux NAK, tournent à travers le monde entier. Il y a ceux qui sont restés, je pense à Bonsa par exemple qui réside aujourd’hui au Canada. Il est surtout très reconnaissant car à chaque fois, il dit que «c’est grâce au NAK que je suis devenu ce que je suis au Canada». Il y a également Awa Sissao et bien d’autres…Dicko Fils aujourd’hui, s’il n’y avait pas cette pandémie, c’est qu’il est en train de tourner à travers le monde. C’était des grands moments.

“…Il y a des artistes aujourd’hui, qui, grâce aux NAK, tournent à travers le monde”

Parlons de cette édition qui va se dérouler du 23 au 29 novembre 2020. Quelle certitude pouvez-vous nous donner afin que les bisbilles entre le comité d’organisation des NAK et les exposants ne se reproduisent plus comme l’année dernière ?

Ce qui s’est passé l’année dernière était un malentendu.  Il suffisait de payer le ticket à 500 F pour toute la journée, ça te permet de sortir et de revenir. En plus, tu as droit à toutes les activités. Ça nous a couté cher, car il y a eu une certaine révolution qui nous avait pénalisées pendant une demi-journée. Après des explications, ils ont compris. Suite à notre petite enquête, nous avons constaté qu’il y avait des meneurs de troubles qui n’avaient pas de stands. Ce sont eux qui avaient créé ce désordre. Cette année, je vous rassure, qu’il n’y aura pas ça cette année. Depuis le 26 octobre, la vente des stands avait été lancée et en une journée, les 250 stands avaient déjà été achetés à 50 000 F CFA l’unité. Ça nous aide déjà pour l’organisation.

” Depuis le 26 octobre, la vente des stands avait été lancée et en une journée, les 250 stands avaient déjà été achetés”

Il y a une pléthore de festivals au Burkina Faso, le Ministre Sango parlait d’une fédération d’actions. Les festivals possèdent tous les mêmes méthodes de fonctionnement. En tant que doyen, que préconisez-vous ?

Je pense que les gens créent pour créer et c’est ça qui fait mal ! Je vois des gens qui ne sont même pas dans le domaine, ils n’ont aucune licence et n’ont aucune autorisation, ils ne sont pas artistes, ils ne possèdent aucune compétence…ils montent des évènements en pensant que c’est du commerce. Personne ne peut vivre d’un festival. C’est archi-faux !  Certains veulent en faire une activité commerciale, pourtant c’est avant tout de la passion pour l’industrie culturelle. J’ai créé ce festival parce que j’aime la musique, je suis artiste et j’ai créé une troupe qui a tourné dans le monde pendant 16 ans. J’ai rencontré des directeurs de festivals qui m’ont inspiré et je suis venu adapter ce que j’ai vu ailleurs. Ici à Koudougou, il y a déjà près de six festivals ; Mais quand tu les regardes, tu te demandes quels sont leurs contenus et qu’est-ce qu’ils recherchent ? Mais quand tu en parles, certains pensent que tu veux les empêcher d’organiser. Les prochaines réflexions que nous allons mener ici à Koudougou, ça sera de les inviter, afin que nous fassions quelque chose de rentable, de profitable et de complémentaire pour tous pour le bien de la culture. Ce qui manque ; c’est la formation des promoteurs de spectacle. On ne peut pas réinventer la roue, il faut plutôt apprendre, s’inspirer et on te donnera des conseils.

Liste des 30 Artistes retenus pour cette édition

Hervé David HONLA

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