Entretien avec

Abdoul Karim SANGO face à la presse : « La culture rapporte beaucoup d’argent dans un pays ! »

  Certains sites touristiques ont été réhabilités et aménagés

Avec la pandémie de COVID-19, les arts et la culture, comme tous les autres secteurs de la société et de l’économie affectés, traversent une année sanitaire assez tumultueuse. Plusieurs activités culturelles ont été soit reportées, soit annulées ou encore réajustées. Les acteurs et créateurs ne savent pratiquement plus à quels saints se vouer. Bien que la reprise des activités est palpable, la fougue de janvier dernier sera difficilement rattrapable. Le Ministre Abdoul Karim Sango, quant à lui a été au-devant de la manœuvre avant et pendant la crise. Fondamentalement, son département n’est pas resté en confinement. De nombreuses actions ont été menées sur l’ensemble du territoire national. En rencontrant l’ensemble de la presse nationale à Ouagadougou ce jour 10 septembre2020 à la Splendide Hôtel à la faveur d’un déjeuner de presse, le patron de la Culture, des Arts et du Tourisme a dressé pendant deux heures et demi d’horloge, le point des activités de son département.

 

En prenant la parole pour sa déclaration liminaire qui a duré 46 mn 47 s (le temps d’une première manche d’un match de football y compris les prolongations), Abdoul Karim Sango a abordé de façon franque et extensible comme toujours, l’ensemble des sujets importants et récurrents de son département. Du Tourisme à la Culture en passant par les Arts, les conférences publiques, les décisions et actions majeures, son département aura été de bout en bout, à la manœuvre.  L’une des actions majeures que l’on pourrait citer ; c’est la valorisation et la protection du patrimoine culturel. 22 446 biens ont été inscrits dans les registres d’inventaires des musées sur une prévision cumulée de 32 000 biens, soit un taux de réalisation physique de 70%. Le rapport périodique de la convention 1972 a été soumis à temps à la commission du patrimoine mondial le 20 mai 2020.

Selon le Ministre :« Il ne faut pas se faire d’illusion ; la construction de l’identité culturelle burkinabè ou africaine, va être un vain mot, s’il n’y a pas une transformation structurelle des programmes d’enseignement. Le Ministère de la Culture peut courir comme il veut. Mais ; si on n’enseigne pas aux enfants d’une école, qui ils sont ; ça ne sert à rien !». C’est la raison pour laquelle, 220 Classes d’établissements pilotes au Burkina Faso, ont été soumis un enseignement de modules culturels et artistiques. La dynamique serait bien engagée de façon collégiale entre le Ministère de l’Education Nationale. Afin de joindre la parole à l’acte, l’Institut National de Formation Artistique et Culturelle (INAFAC) sera bientôt doté d’un bâtiment R+1 avec une centaine de salles de référence sous régionale.

 

En abordant le secteur du tourisme, Sango a surtout salué les efforts qui ont été opérés dans ce secteur qui est le plus touché à la fois ; par la pandémie et l’insécurité dans certaines zones. Etant lui-même à la manœuvre ces derniers mois grâce aux multiples descentes sur le terrain à la faveur du tourisme interne, le projet « Connais-tu ton beau pays ?» a été relancé. Et surtout un projet de loi d’orientation sur le tourisme a été adopté le 6 août 2020 en conseil des Ministres. Il consiste à instituer un cadre juridique plus favorable à l’économie du Tourisme. Certains sites touristiques ont été réhabilités et aménagés à l’instar ; des infrastructures du site de sculptures sur granite de Laongo, le relais touristique de Boromo, les sites de Sindou et de Karfiguela ou encore des campements touristiques de Gorom, de Kompienga …

« Quand on parle de la Culture, on croit toujours que c’est le folklore ! Il n’y a pas beaucoup de secteurs dans le monde qui rapportent autant d’argent comme la Culture. En France ; l’industrie Culturelle vient bien avant, l’industrie de l’automobile » Dixit SANGO

« Quand on parle de la Culture, on croit toujours que c’est le folklore !” Abdoul Karim SANGO

Sur la problématique du financement et de l’accompagnement des acteurs culturels, les structures rattachées au MCAT sont particulièrement sollicitées en cette période. Le Fonds de Développement Culturel et Touristique (FDCT) et le Bureau Burkinabè du Droit d’Auteur (BBDA) ont été presqu’au chevet des créateurs, pour les épauler sur le plan financier.  Le FDCT pour cette année en cours, a paraphé son 4è appel à projet pour la subvention du 16 décembre 2019 au 16 janvier 2020. Les résultats ont été publiés en fin août dernier. En termes de chiffres ; 90 004 250 FCFA ont été octroyés à 23 associations issues de 8 régions du pays. 1 201 748 643 F CFA ont été accordés aux promoteurs culturels et touristiques au titre des prêts. Concernant le Fonds d’appui du Président du Faso aux acteurs et promoteurs culturels, victimes de la maladie à Coronavirus, le ministère a transféré au FDCT 700.000.000 F CFA pour gérer la première phase.

Quant au BBDA, le Ministre s’est longuement attardé sur cette institution qui fait chaque mois, des heureux récipiendaires tant chez les membres créateurs et aujourd’hui chez les journalistes. « Une première en Afrique ! ça n’existe pas ailleurs ! Il n’y a qu’au Burkina qu’on paie les droits d’auteurs aux Journalistes ! Malgré tout ça ; on dit qu’il n’y a rien !!!! » clame haut Abdoul Karim Sango.

La répartition des Fonds octroyés par le Chef de l’Etat (1,25 milliards de F CFA + 225 millions F CFA) aux acteurs et promoteurs culturels dans le cadre des mesures liées à l’impact de la Covid-19 suscite beaucoup de débats dans le secteur. Le ministre a tenue à clarifier certains aspects :

« J’ai mis en place un comité de gestion du fonds d’appui. Ce comité est principalement animé par des acteurs autres que ceux de l’administration. Je l’ai fait à dessein. Parce qu’après on va dire que… ah le Ministre a fait des deals etc. Si marche c’est bien ! Si ça ne marche pas ; on met les acteurs face à leurs responsabilités. Sachez aussi que les fonds sont débloqués !!! c’est là !»

De nombreux acteurs et promoteurs culturels affirment avoir subi beaucoup de préjudices et le Ministre rassure que tous ceux-là seront dédommagés. Mais à une condition :

« J’ai dit au Président du Comité ; comme les gens ont subi des préjudices de plus de 800 millions ; c’est simple : Il faut demander leur état financier des trois dernières années. On va aller voir avec les impôts. S’il y a quelqu’un qui peut subir autant de préjudices, ça veut dire que son activité marche très correctement ! Les gens croient souvent qu’ils sont plus malins que les autres ! Non…non…non ! Où tu te caches là, c’est là où nous on dort ! »

“Les gens croient souvent qu’ils sont plus malins que les autres !”

Le chef de la culture est également revenu sur la Grande conférence à Dori de novembre 2019, qui s’est tenue sur l’extrémisme violent. Les acteurs de la culture et du tourisme des différentes communautés s’étaient réunis pour discuter de l’apport de la culture dans la cohésion sociale et du vivre ensemble au Burkina Faso. Cette conférence a engendré une série de 13 conférences dans les 13 régions du Burkina. Le Ministre a profité de la présence des journalistes pour faire une brève exposée sur l’importance de s’approprier sa propre culture. La relance de l’Institut des peuples Noirs (IPN) a été également à l’ordre du jour. Surtout que le 6 août dernier, le gouvernement burkinabè a mis en place un secrétariat technique pour l’IPN (ST-IPN). Lancé au cours d’un symposium en 1986 par le Président Thomas Sankara, l’IPN avait pour mission de réunir tous les peuples noirs dispersé. En effet, cette structure a été voulu comme institut de recherche et de diffusion des produits des recherches. Mais surtout, un outil d’affirmation du potentiel historique et culturel pour une participation égalitaire de tous les peuples à la civilisation mondiale. En relançant donc cet institut le gouvernement à travers le MCAT, voudrait le rendre plus opérationnel avec un siège à part entière, doté d’une portée internationale.

Le FESPACO s’est naturellement invité au débat avec même déjà une date confirmée (27 février au 06 mars 2021). « Il faut enlever dans le FESPACO tout le folklore. C’est une activité du cinéma et par conséquent, il faut se limiter à ça. Si on vient au FESPACO ; la première personne à être vu et à être valorisé ; c’est le cinéaste ! On va arrêter de donner les voitures aux gens qui viennent faire du tourisme. Les belles voitures doivent être données aux cinéastes.  C’est eux qui produisent le cinéma ». Des mesures sanitaires et exceptionnelles seront prises pour faciliter les professionnels du 7è Art à vivre pleinement ces moments à Ouagadougou, rassure SANGO.

Le FESPACO aura lieu du 27 février au 06 mars 2021

Autour des échanges avec la presse, la question du mécénat dans le milieu culturel a été évoqué. Le Ministre a davantage appuyé cette démarche tout en affirmant que cette option est sur la table du gouvernement et sera bientôt analysée avec acuité. Tout en restant à la fois compatissant et remonté sur la vétusté des abords du siège de la CDC La Termitière, il espère que ce centre connaîtra très vite des lendemains meilleurs. Voie d’accès presque inexistante, dépotoir d’immondices et quartier complètement enclavé.

Saluant également le dévouement de certains journalistes qui tirent souvent la sonnette d’alarme au gouvernement sur certains sujets, le fils de Garango a invité le 4è pouvoir faire plus de recherches sur les données statiques et les articles de fond. « Les questions d’analyses comparatives de résultats chiffrés peuvent permettre aux gouvernants, d’avoir des éléments tangibles pour mieux soutenir et comprendre le secteur » Conclut le Ministre.

Hervé David HONLA 

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